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#1 (permalink) |
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Administratrice
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Pastiche
Voilà un texte que j'ai écrit récemment. Notre prof nous a demandés d'écrire un court pastiche de l'auteur de notre choix (oui oui on s'amuse bien en Arts du spectacle
Le théâtre des Estropiés Adage, le danseur tronçonné Tragos, l?acteur défiguré Gabriel Adage et Tragos répètent éternellement sur une scène de bois. Quelques chaises poussiéreuses gisent de part et d?autres. Sur l?une d?elles, Gabriel semble assoupi. Adage est porté par deux jambes de bois et des béquilles. Tragos n?a plus de visage. ADAGE. Reprenons ! TRAGOS. Nous ne cessons de reprendre. Nous reprenons ce jeu sans fin. Tristes marionnettes d?un castelet déserté par les bambins. ADAGE. Nous sommes au théâtre, et le théâtre est. Nul public pour des artistes esseulés, éloignés du monde. Le théâtre vit parce que nous vivons. TRAGOS. Toi tu as la foi. Moi je ne crois plus. Cette attente de spectateurs qui ne viendront pas est devenue la métaphore de l?absence d?un dieu. Une vierge aguicheuse qui se fait désirer pour finalement finir au couvent. ADAGE (jouant). Mon sexe frotte le bois avec le même acharnement que mes pieds, lorsqu?ils polissaient le parquet de la salle de danse. Le bois est aussi agile à se métamorphoser que Zeus. Lustré, chaud et familier sous les pieds du danseur. Rigide, étranger, bourreau, réticent à soutenir des moignons encore frais. Ou est-ce le bois qui torture mon sexe ? Le pénis rougi et sanglant, hérissé d?échardes, refuse tout plaisir, même celui de souffrir. Mon sexe n?est plus que le prolongement de la souffrance de mon âme. Irrité par la vie et par la matière. TRAGOS (jouant). L?horreur de la bataille chimique. La chair désintégrée dégoûtant sur le rideau rouge de l?Espoir. Bombes sacrificielles qui puisent leurs explosifs dans la foi. Des bulles de champagne brouillent ma vue, ce sont mes yeux qui s?évaporent. Ma peau élastique renie les contours de mon être. Etre ? Ultimes sursauts d?agonie d?un corps vidé de sang, de sperme, de vin. La charogne décomposée n?a même pas droit à une tombe bénie. Il paraît que c?est Dieu. Alors je dois vivre en remerciant Dieu. Avec comme gratification suprême le privilège d?être au monde sans que le monde ne me voit. ADAGE. Tu n?en fais pas un peu trop ? TRAGOS. Peut-être. ADAGE. Ce n?est pas trop autobiographique à ton avis? TRAGOS. Peut-être. ADAGE. Je crains que les spectateurs n?apprécient pas. TRAGOS. Adage nous n?avons pas de spectateurs. ADAGE. Justement. Un public imaginaire dupé, n?est-ce pas pire que des spectateurs qui se contentent de quitter la salle ? TRAGOS. Gabriel a gardé le distique élégiaque pour la fin ? ADAGE. Gabriel ne prévoit pas de fin. Il veut juste que tu cesses de gémir. Il te trouve ridicule. TRAGOS. Je le suis. Répétons la dernière scène, qui n?est pas la dernière en réalité puisqu?il s?agit d?une histoire sans fin. ADAGE (jouant). Je ne vis que par procuration. TRAGOS (jouant). Tu préfères les jeunes adolescents. ADAGE (jouant). J?aime leur peau douce et imberbe. J?aime leur façon de dire « je suis vivant » et j?aime les voir jouer à l?être, sans se douter encore que tout n?est que représentation. J?aime les regarder croquer dans une pomme avec la solennité d?une communion. J?aime les mains délicates de ces étudiants persuadés de détenir le Savoir. J?aime l?odeur d?herbe fraîche qu?ils laissent flotter à leur passage, tout comme une mariée laisserait traîner son voile blanc. J?aime Ariel. TRAGOS (jouant). Tu ne peux pas l?aimer. ADAGE (jouant). Toi tu le peux. Il est déjà les pétales qui se pressent autour de ton pollen, à vous deux vous formez une corolle. TRAGOS (jouant). Je le sais. Mais que gagnes-tu à ce qu?il m?aime ? ADAGE (jouant). Je te l?ai dit : je vis par procuration. Je regarderai et je jouirai. C?est encore ma seule douceur. Dans l?ombre de ce mur, je vous laisserai tout à votre extase. Il vient ! TRAGOS (jouant). Oui c?est mon amour ! Ils arrêtent de jouer et se retournent vers la chaise de Gabriel. ADAGE. Il ne s?est pas réveillé ! TRAGOS. Il dort encore ! ADAGE. Gabriel ! TRAGOS. Crie plus fort, il a le sommeil profond. ADAGE. GABRIEL ! Gabriel, un jeune homme d?une grande beauté, s?extirpe péniblement de son sommeil. ADAGE. Gabriel c?est la scène où tu interviens. GABRIEL. Laquelle ? TRAGOS. Il n?y en a qu?une. GABRIEL. Celle où je chante en arrivant ? ADAGE. Oui, c?est ta scène ! GABRIEL. Adage, Tragos, nous ne jouons rien n?est-ce pas ? ADAGE ET TRAGOS. Ce que nous jouons c?est le monde. |
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#5 (permalink) |
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Spectateur assidu
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woh ! sacré texte !
j'avoue que j'hésite... mais comme j'ai peur de dire une connerie, et d'avoir l'air un peu obsédée, je ne dis rien... à part : beau texte !
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Je veux être un Orphée qui ne se retourne pas. Et ne pas, lorsque viendra la mort, découvrir que je n'ai pas vécu. (c'est beau hein ?) |
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