Pirandello et Lazennec sont sur un bateau…
L’Athénée présente le nouveau travail de Jean-Yves Lazennec. Il met en scène Luigi Pirandello que nous connaissons pour son Prix Nobel de Littérature (1934) et ses inévitables Six personnages en quête d’auteur. Nous le découvrons ici avec ses premiers textes dramatiques. Dans une traduction de Jean-Loup Rivière, les Cédrats de Sicile et La Fleur à la bouche constituent Le Voyage en Sicile, comme un retour à la terre natale de l’auteur.
Le choix de regrouper deux textes courts de Pirandello s’avère d’une grande logique car ils traitent tout deux d’une même problématique : Comment, lorsque tout change autours de nous, pouvons nous ne pas perdre nos repères, notre force de vie, nos envies, nos désirs ?
Dans une première partie (La Fleur à la bouche) qui pourrait constituer une introduction, un père aimant et aimé se retrouve dans une gare, les bras chargés de cadeaux pour sa famille. Face à lui se pose un homme dont l’âge fait rapidement office de sagesse et donc les propos constitue une prédiction d‘avenir perturbé suite à un malheur. Et celui-ci arrive juste après, dans la deuxième partie (Cédrats de Sicile) avec l’histoire de Micuccio souhaitant retrouver son amour d’autrefois : Teresina. Malheureusement celle qu’il avait aidé à faire carrière à bien changée et l’amour n’est plus réciproque. Que va devenir Micuccio ? Telle est la question !
Cette question, Jean-Yves Lazennec semble l’éluder alors qu’elle est sans cesse au centre de son spectacle. On nous raconte l’histoire d’un homme resté dans le passé alors que tous les autres sont ancrés dans le présent et que ce décalage va perturber l’avenir de chacun. Le défaut de ce spectacle est très certainement son aspect de « défilé du présent » devant un personnage en quête de bonheur et qui ne peut assister qu’à la chute du château de cartes qu’il avait édifié par le passé. Cet aspect est accentué par la succession des apparitions des personnages. Parlons-en de ses personnages ! Ils ont, dans le texte, du coffre, de la chair, un passé… donc un puissant imaginaire pour les acteurs. Or, ces mêmes acteurs, échappent à toute incarnation et dressent un portrait en creux à leur personnage respectif. Là où Lazennec souhaitait mettre en scène un spectacle « où l’émotion [est] revendiquée comme une manière d’élégance de l’esprit, et où l’humour [est] bien là, présent tout autant » nous n’avons, nous, spectateurs, ni sourire, ni rire, ni larme, ni émotion.
Dans ces conditions, saluons tout de même le travail de Chantal Deruaz et Sophie Tellier qui s’avèrent être des comédiennes à la hauteur de leur rôle devant des comédiens masculins échappant aux leurs.
La scénographie est efficace mais à l’image du reste : froid. Elle marque par une touche d’ingéniosité une ouverture vers le futur ( la porte au lointain ainsi que le chemin de lumière nous faisant penser que les personnages viennent et ne vont en réalité nulle part ) mais ceci reste cependant bien peu. Alors que nous aimerions que le metteur en scène se serve de ce texte pour nous parler de nous, de notre futur, de nos problèmes d’identité, Jean-Yves Lazennec reste lui aussi dans le passé et nous parle d’un temps bien ancien et révolu.
Pirandello et Lazennec sont sur un bateau… Lazennec tombe à l’eau et Pirandello avec. La scénographie à l’image d’un radeau n’y fera malheureusement rien.