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Hedda (troublante Katharina Scüttler) vient d’épouser un historien rassurant et méticuleux alors qu’elle se destinait par amour à rejoindre un écrivain loufoque et talentueux. Au retour du voyage de noces, tous les protagonistes de sa vie s’égarent dans un huis clos étouffant et tragique où chacun, pris dans des jeux de domination - soumission, finit par s’écrouler tel un château de cartes élaboré minutieusement par cette caste bourgeoise. Au départ, la pièce s’étire doucement et la lourdeur s’installe: tout est sous contrôle et l’on s’accroche à la fragilité des mots et des corps pour se rassurer face au chaos émergeant où tout peut basculer à chaque instant. C’est ainsi que l’exceptionnelle scénographie joue un rôle capital: loft au design dépouillé (comme si la forme primait sur le fond); grande baie vitrée où la pluie dégouline (tel un chagrin qui n’en finit pas), larges miroirs en hauteur où les spectateurs voient les coulisses tout en lisant la traduction (magnifique trouvaille!), où la scène tournante transforme l’appartement en grand écran vidéo pour l’ouvrir vers la ville et leurs vies cachées. Il finit par tourner sur lui-même comme une bourgeoisie qui ne cesse de s’auto-enfermer. La scénographie campe les interactions entre les acteurs; elle est d’une minutie extraordinaire à l’image du mari enseignant -chercheur qui colle par terre des bouts de texte pour faire sa recherche macabre. Elle fluidifie les relations telles les portes coulissantes des baies vitrées qui tantôt isolent, ouvrent les cases et autorisent les simulations. Les mouvements des corps sont tout aussi sublimes, à la frontière d’une chorégraphie: ils s’articulent entre eux comme des automates telle une culture qui répète plus qu’elle ne crée. Hedda Gabler écrit dans les années 1870 par le norvégien Henrik Isben devient alors une tragédie moderne où la concurrence entre les acteurs trouve une résonance dans notre société où le culte du chacun-pour-soi est exacerbé en valeurs de la République. Il convient donc de saluer l’immense talent de ce metteur en scène qui part d’un puzzle pour lui donner corps, où le public est inclus dans des allers – retours permanents entre rire et drame, comme si ce paradoxe alimentait le processus dramatique. Car loin de nous rendre observateurs, Thomas Ostermeier cherche à nous immerger dans cet espace tournant et retournant et crée la voie qui mène du voyeurisme à l’émotion partagée. Il a compris qu’il y a une part d’Hedda Gabler en chacun de nous. Triomphe. Pascal Bély Tadorne, le blog du spectacle vivant. Hedda Gabler a été joué le 27 septembre 2007 à La Criée de Marseille.
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#2 (permalink) |
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Administratrice
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Re : Thomas Ostermeier éblouit : l’avenir est décidément allemand.
Hedda Gabler étant une pièce très difficile à monter, et dont d'ailleurs je n'ai jamais vu aucune mise en scène réussie sur les quatre vues (et même de mon idole Lacascade, bou-ou-ouh
), cette critique me donne très envie de voir la version d'Ostermeier! Je vais essayer de voir si cela passe ailleurs en France....
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Sans retour de François Verret (c) Christophe Raynaud de Lage |
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#3 (permalink) |
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Administratrice
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Re : Thomas Ostermeier éblouit : l’avenir est décidément allemand.
Voici les dates trouvées sur Evene.
Du 27 au 30 septembre 2007 Théâtre national de Marseille, la Criée 20h, le dimanche à 15h De 10 à 25 euros Renseignements : 04.91.54.70.54 Du 28 au 29 mars 2008 Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine 20h30 De 10 à 25 euros Renseignements : 05.56.33.36.80 Du 2 au 4 avril 2008 Théâtre national de Bretagne - Rennes 20h De 8 à 23 euros Renseignements : 02.99.31.12.31 Je me demande si je ne vais pas me déplacer à Bordeaux pour le voir moi... ![]()
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Sans retour de François Verret (c) Christophe Raynaud de Lage |
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#4 (permalink) |
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visiteur
Messages: n/a
Mon Humeur
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Re : Thomas Ostermeier éblouit : l’avenir est décidément allemand.
j'ai vu Hedda Gabler à la Criée le 27 septembre et franchement j'ai adoré .
J'ai été trop surprise par la mise en scène moderne (l'ordinateur par exemple) je m'attendais à quelque chose de plus ancien. Bref c'était GENIAL !!! |
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#5 (permalink) | |
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Administratrice
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Re : Thomas Ostermeier éblouit : l’avenir est décidément allemand.
Citation:
Même si la mise en scène, le jeu des acteurs, la scéno, sont déjà exceptionnels, c'est la fin qui me laisse définitivement baba! D'ailleurs c'est encore plus fort pour ceux qui connaissent la pièce, car on se dit que c'est vraiment LA touche d'inventivité qu'il fallait trouver. A voir et à revoir... c'est bien dommage qu'elle ne tourne pas plus! Ca fait presque un an que je l'ai vu et j'ai été amenée à pondre deux dossiers sur la pièce, et à chaque fois je suis bêtement submergée par l'émotion quand je me la remémorre! Sinon rendez-vous les 31 janvier, 01 et 02 février à Chaillot pour un Shakespeare version Ostermeier, en collaboration avec une danseuse de Sasha Waltz! J'ai hâte...! |
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#6 (permalink) |
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visiteur
Messages: n/a
Mon Humeur
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Je suis moi-même allé voir Hedda Gabler d'Ostermeier au Tnba fin Mars.
Je m'attendais moi aussi à une mise en scène vieillote et quelle ne fut pas ma surprise !!! J'ai adoré et je n'ai pas vu le temps passer. Toute la mise en scène est vraiment exeptionnelle mais le moment du suicide est ... divin : j'ai même eu les larmes aux yeux !!! Du grand spectacle, brillant **** |
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