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Umwelt de Maguy Marin
Umwelt de Maguy Marin
La danse, qu'est-ce que la danse lorsque l'on parle de Maguy Marin ? Elle qui a suivit Béjart, Goris et Shiren en ses débuts, semblait-elle vouée à sa recherche actuelle? Car il s'agît bien d'un perpétuel questionnement que son travail n'a jamais cessé de construire. L'Homme, point d'interrogation. Pas étonnant alors, cette amorce en 81 avec un spectacle phare construit autour de pièces de Beckett, May b. Sur scène, une dizaine de danseurs enfarinés, un travail sur la répétition, la notion de groupe (humain?). Le corps y est mécanique, pulsionnel. Ca étonne et ça marche, les tournées internationales s'enchainent. Une troupe se forme, les rencontres se multiplient, apparaissent Cathy Polo, Françoise Leïck et Ulises Alvarez. On s'installe à la Maison de Créteil puis dans son CCN pour arriver aujourd'hui au CCN de Rillieux-la-Pape(Rhône). Alors quoi de neuf? Rien si l'on s'attache au fait que son travail ne s'est jamais trop éloigné de la non-danse, genre émergent au début des années 80. « Peut-être un peu trop usé! »Diront certains. Mais Marin s'y accroche, surtout lorsque l'on jette un œil sur sa dernière création.
Le concept est simple, minimaliste. Lumière crue, digne des insipides motels des films de Wim Wenders. Prenez neuf danseurs, installez trois guitares électriques en avant scène et faites glisser un fil sur les cordes. Attention, c'est très bruyant, à la limite de l'audible. Ensuite munissez vos artistes de divers objets et costumes: plantes vertes, seaux remplis de pierres, robes de soirée façon Dalida, mitraillettes. Bref, faites un tour à la brocante du coin, vous y trouverez les bons ingrédients. Invitez vos protagonistes à sortir et entrer synchroniquement entre des paravents de PVC transparents et miroitant que vous aurait préalablement alignés au fond du plateau. Installez deux souffleries en coulisse. La poussière s'envole, elle salie autant que les objets que vos danseurs viennent de jeter devant le décor. Vous obtenez : Umwelt ("l'Environnement"). Rassurez vous, il ne s'agît pas d'un coup de gueule écolo. Non, on est loin, très loin?
L'évolution n'a guère de place, le rythme est uniquement d'ordre chorégraphique, parfois brisé par un moment de répits que s'offre un ou deux danseurs. Ils sortent du dispositif, s'arrêtent, regardent les spectateurs. A cet instant l'éclairage devient plus chaleureux. On respire. Cela ne dure pas, il faut à tout pris reprendre la cadence, rejoindre le troupeau pour marcher au pas. Ca continue de plus belle. "Finit. C'est finit. Ca va peut-être finir...". Les danseurs apparaissent, disparaissent. Quelques objets et postures scandent la représentation et se font écho, s'interpénètrent. On tante de donner du sens cette atmosphère chaotique. Le temps paraît totalement dilaté, voir anéantis. La musique même ne peut pas le fragmenter. Une transe s'installe, incontrôlable. Les déchets envahissent l'espace. Une femme poursuivie par un pervers pousse des cris d'affolement qui se fondent dans la masse sonore. Apocalypse. Poussé à la destruction, on se croirait à un concert de rock, on supplierait même Kurt Cobain de venir casser les guitares.
Les réactions du public sont fortes au point de se demander si le spectacle n'est pas dans la salle. Une partie sort, d'autres préfèrent improviser des boules-kies avec leur mouchoir, les plus féroces attendrons la fin pour crier au remboursement. Est-ce la puissance du continuum sonore qui dérange le plus? Ou est-ce des images que l'on refuse de voir? Danseur montrant ses fesses, ou jouant à l'hélicoptère en secouant son sexe. Danseur gaga avec une peluche comme il a été précédemment avec un poupon. Danseur qui mange, sali, baise, fume. Tantôt militaire, tantôt charognard, l'Homme sociale, l'Homme primate, tout les clichés dérangeants de notre société sont réunis en une même compile. Profitez-en! Série limitée. Nous ne sommes pas près de revoir un bilan aussi juste de l'être humain. Cliché que réalise le danseur en nous prenant en photo. On nous accuse. Simple constat de l'artiste du haut de sa tour d'ivoire? Engagement? Qu'importe, la vérité est là, devant nous. Libre à nous, d'en apprécier la peinture.
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