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Les spectacles Théâtre, danse, cirque, arts de la rue, opéra, concerts...Tous les spectacles à voir, à revoir, ou à fuir, et surtout pourquoi ?

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Vieux 27/03/2008, 13h32   #1 (permalink)
 
Date d'inscription: mars 2008
Localisation: Paris
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La Chauve Souris opéra au piano - étudiants du Conservatoire de musique de Paris (CNSMDP)

Dans le cadre de leurs études, les étudiants du CNSMDP montent des opéras (entre autres). La représentation de la Chauve Souris de Johann Strauss est un bel exemple de maturité et de créativité. L'excellente surprise était de voir à quel point les chanteurs lyriques et les musiciens également ont nourri le jeu. (J'ai souvent trouvé les chanteurs très timides dans leur jeu pour préserver leur fameuse colonne d'air).
Sur la scène (espace Maurice Fleuret, une petite salle pour répétation et petites représentations), une trentaine de chanteurs (3° et 4° année, département des discipines vocales) et une orchestre simple (une dizaine d'étudiants du département des disciplines instrumentales). L'orchestration a été faite par les étudiants du département d'écriture, composition et direction d'orchestre, la direction musicale par Yann Molénat et la mise en scène par Emmanuel Cordiolani.

Je ne suis pas adepte de l'opéra et je ne m'y connais guère en musique classique: c'est au hasard d'une invitation que je suis allée à cette représentation. Et j'ai adoré tout en étant un (ou une, en l'occurrence, moi-même!) inconditionnel(le) du théâtre contemporain. C'est que l'opéra a été monté avec une certaine simplicité malgré la débauche de qualités artistiques, instrumentales qui sont déployées (quel volume sonore quand l'orchestre accompagne le choeur des 30 chanteurs sur un final!). C'était un travail d'étudiants: on peut le dire non parce que le niveau, la perfection n'était pas ceux de professionnels (je suis assez mal placée pou en juger mais mes oreilles n'ont pas été agressées) mais parce qu'ils ont osé des choses qu'on ne voit que trop rarement sur des représentations traditionnelles. Entre les chants beaucoup de scènes d'impros, du vrai jeu et une chaleureuse proximité avec le spectateur. J'ai beaucoup ri grâce aux chanteurs qui avaient mille trouvailles. Ce que j'ai le plus aimé - et j'ai presque regretté de ne pas l'avoir filmé, - c'est le prélude: un morceau de musique et les différents chanteurs, au fur et à mesure, sans que cela ressemble à du "à la queue leuleu", font des traversées de scène, avec un objet, parfois avec des tics gestuels, parfois seulement des expressions du visage et cela était comme l'expression de l'essence du personnage (par exemple, le prince Orlovski, jeune, russe, qui organise le bal, est joué par une femme: dans le prélude, elle a un tailleur d'homme, entre en scène pieds nus et se livre à une espèce de domptage de ses escarpins rouge, puis les met à ses pieds et ils deviennent incontrôlable et elle aura toutes les peines du monde à se déchausser, une délivrance...).
Un autre chanteur a beaucoup utilisé sa différence physique (il était typé asiatique): dans le premier acte il est confronté à la scène d'adieu entre une femme et son amant et il est tellement touché par le caractère romanesque de la scène, archétypal, qu'il sort un kodak de sa poche et prend des photos! ou encore, lorsqu'il doit avouer des choses inavouables à un interlocuteur, il se détourne et sort tout un charabia, puis s'excuse en expliquant: ah quand je perds mes esprits, je parle en chinois... écho à la réplique de l'interlocuteur "je ne comprends rien c'est du chinois"...
La mise en scène pouvait se lire comme la volonté de mettre à portée du public l'opéra, de le rendre plus actuel par certains aspects, non sans assumer parfois le quasi kitsch des scènes d'amour. ainsi, la femme qui a le rôle pivot dans l'histoire (son mari part en prison et l'amant le remplace...) est souvent sur un jeu feint et très bipolaire (je ne trouve pas les mots préis): elle est à fond, très sincère dans ses chants, et soudain, du tac ou tac, sort une réplique tout à fait triviale (exemple: elle pleure le départ de son mari, superbe chant, "non je serai courageuse, forte, je ne vais pas me montrer accablée, etc.", et d'un coup elle prend la pose de la bêcheuse, signe du scout et dit "d'ailleurs, je vais dès ce soir convier mon amant"...
Je ne dirais pas qu'il y a pour autant dénégation du caractère irréel de l'opéra (il l'est par nature) et la vanité qu'il y aurait à vouloir en faire un morceau de réel (notamment avc un acte tout consacré au bal masqué et le dernier acte qui se passe dans la prison). l'ambition était peut-être de nouer le contact entre le public et la scène (un des ténor, entre deux chants, se livre à une émouvante confession farcesque, truffée de paroles de Balavoine). Il y a surtout l'introduction du 3° acte par un chanteur jouant un des gardien: la scène débute par un apparté où il s'adresse directement au public et confronte la prison de l'opéra aux caractéristiques des prisons relevées par l'Observatoire national des prisons. Après plusieurs simulations, sur ce que serait vraiment la taille de la cellule, sur l'invraisemblance d'être seul dans une cellule, etc. il nous raconte comment il a construit sa scène, son texte: « puisque le rapport de l'observatoire n'est pas une source qui permette d'ancrer la pièce au réel – trop d'incohérences – allons voir dans la gazette de l'opéra, les commentaires de livrets ». Il achève sur un rapprochement entre la peoplisation de la vie politique et les intrigues sans que ni tête et à rebondissements successifs que nous voyons sur scène. (ce dernier commentaire n'est pas vraiment celui que j'ai le plus apprécié, je l'ai trouvé badin, un peu style convenu des « fous du roi », une émission de Stéphane Bern sur France Inter, où l'on singe et se moque de nos politiques en reprenant leurs petites phrases.)
L'orchestre lui-même n'était pas relégué dans une fosse (de toute manière c'était une petite salle et il n'y en avait pas) et les chanteurs au premier plan étaient extrêmement proches des musiciens. Il y avait même à voir derrière l'orchestre! Dans l'acte du al, pendant que les chanteurs discourent au premier plan, on voit toute une sarabande de chanteurs se trémousser à l'arrière scène (ce qui parfois perturbe le regard et l'attention). Au 3° acte, après l'entracte, les musiciens entrent en scène tous vêtus d'un tricot rayé, comme pour faire le décor de la prison
La scénographie était peut-être le parent pauvre: pas de décors, des éclairages parfois un peu brutaux... (ils ne doivent pas avoir d'étudiants en photographie!) mais cette sobriété participait à la simplicité de la mise en scène et la volonté de ne pas complètement embobiner le spectateur (qu'il garde sa distance critique, se focalise sur le jeu et les répliques).
Je ne peux que vous encourager à découvrir leur programmation (que je vais poster très rapidement), car j'ai vraiment l'image d'une institution décomplexée, dé-guindée.
Celinko est déconnecté   Réponse avec citation
Vieux 28/03/2008, 09h47   #2 (permalink)
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Re : La Chauve Souris opéra au piano - étudiants du Conservatoire de musique de Paris (CNSMDP)

Merci beaucoup pour cette description très complète et bienvenue à toi!
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Vanille est déconnecté   Réponse avec citation
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