Marseille inspire et exaspère. En octobre dernier, Yves-Noël Genod proposait dans le cadre du Festival Actoral, une œuvre provocante (
Monsieur Villovitch) mais salutaire sur cette ville au bord de l’abîme, rongée par le racisme et le clientélisme.
Un mois plus tard, l’auteur Serge Valletti avec
Jesus de Marseille au Théâtre des Salins de Martigues, nous donne une fois de plus l’illustration que cette ville n’a plus grand-chose à nous dire. Et pourtant. Il faut avoir une haute idée de cette cité pour imaginer Jesus Christ y avoir séjourné afin d’y être crucifié. Oserait-on une telle transposition avec Lyon, Toulouse ou Paris ? Avec Marseille, tout est possible : ici Jesus, demain Cléopâtre et pourquoi pas Gandhi dans quelque temps!
Avec elle, l’artiste peut créer librement tant que le cacou a le premier rôle avec son accent, sa démarche, ses bijoux et son caleçon siglé OM. Le public est heureux de ces pagnolades qui le rassurent dans sa vision réductrice du Monde, car Marseille réunit « toutes les nationalités ».
À quelques minutes du début de la représentation, ma voisine me chuchote : « j’espère que l’on va se marrer ! ». Mais rire de quoi ? De cette mise en scène aussi pauvre que les caisses trouées de la ville ? De ce décor en carton-pâte, aussi tape à l’œil qu’un texte qui se voudrait théâtral ?
Christian Mazzuchini, épatant dans
Psychiatrie / Déconniatrie fait peine à voir dans ce rôle bien qu’il soit l’un de nos plus grands acteurs. Dans sa bonté, Serge Valletti lui offrira les cinq dernières minutes où il peut démontrer l’étendue de son talent.
Cruxifié, menotté, en slip OM, il nous jette à la figure un « démerdez-vous » libérateur. Cinq minutes où tout est dit sur cette ville, gangrénée par la religion du foot.
Elle se donne une fois de plus en spectacle, à Martigues, sous les applaudissements d’un public qui n’a manifestement pas compris que l’heure était grave. La ville défèque chez Genod et se fait crucifier, enchaîner par Valletti.
Pascal Bély
www.festivalier.net
Jésus de Marseille de Serge Valletti a été joué le 9 novembre 2007 au Théâtre des Salins de Martigues.
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