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#1 (permalink) |
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Adhérent
Date d'inscription: juillet 2007
Messages: 167
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Le pétard mouillé de la Scène Nationale de Cavaillon.
Il est 20h00. 16° dehors, température de 10° ressentie au vent. Je quitte prématurément le théâtre de Cavaillon: dépité, frigorifié, anesthésié par ce jeu de rôles qui semble avoir été inventé un soir de fumette entre amis.
Imaginez la trouvaille: convoqué à 19h, le public poireaute pendant plus d’une heure en lui faisant croire (alarme à l’appui) que le spectacle n’aura peut-être pas lieu (le matériel est inondé). On nous abreuve d’informations rocambolesques pour finalement voir les comédiens en habit de scène, jouer leur mésentente sur des tréteaux. Des acteurs cachés dans le public alimentent le processus: la réac (“C’est encore un coup des intermittents!”), l’intello (“cela me rappelle un extrait d’une thèse…), le poivrot (un clochard qui répète ses idioties), l’administrative du théâtre (tiens, une femme) complètement dépassée par les événements. Pas besoin d’avoir fait une thèse pour deviner l’intention de la Direction du Théâtre et de la Compagnie des 26000 couverts: en créant la perturbation, les spectateurs désireux d’assister “passivement” à du Shakeaspeare, vont se voir jouer, dans un miroir déformant. Le jeu permet de visualiser le lien artiste – public mais offre finalement ce que nous ne serions jamais venu voir un soir d’octobre: un spectacle de rue! Quelle trouvaille! En d’autres termes, cette compagnie a dû s’inspirer du bouquin de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, “la soumission librement consentie”. On y apprend comment par certaines techniques (le pied dans la porte, l’amorçage) on peut amener les citoyens à faire des choses qu’ils n’auraient jamais faites spontanément. Le théâtre n’est donc plus à l’abri des manipulateurs, ce que nous savions depuis longtemps, sauf qu’ici, la manipulation est quasiment institutionnalisée! Pourquoi pas! Mais encore faudrait-il que le metteur en scène Philippe Péhenn soit en mesure de nous faire réfléchir sur notre lien au théâtre dans une société de consommation. Or, que fait-il? Il utilise les mêmes grosses ficelles que le marketing si bien que les spectateurs ont passivement accepté de s’asseoir dans l’herbe pour voir du Shakeaspeare. Où est donc le changement? C’est toujours plus de la même chose! Sauf que la Compagnie, en promettant d’intégrer une salle dans la revue “Chut” du Théâtre de Cavaillon, joue finalement dehors. Rien ne change pour elle aussi. Or, quand l’art ne bouge pas les lignes, à quoi sert-il si ce n’est de produire du divertissement dont nous sommes quotidiennement abreuvés dans les médias. Tout ce barnum pour ça? Débat impossible puisque la Compagnie devance le public avec un sous-titre qui coupe court la discussion (“Beaucoup de bruit pour rien”). Je me suis souvenu d’une soirée en mars 2005. Le chorégraphe Jérôme Bel présentait “The show must go on” au Théâtre des Salins de Martigues. En interpellant directement le spectateur sur sa place, Bel provoqua un joli chahut et des protestations véhémentes. Nous débattions dans le théâtre, dans la rue. Jamais je n’avais vu cela: nous étions inclus dans le processus artistique. Suite à cette soirée, j’ouvrais deux mois plus tard ce blog. “Beaucoup de bruit pour rien” répondront certains! Pascal Bély www.festivalier.net Shakeaspeare. Beaucoup de bruit pour rien par la Compagnie 26000 couverts a été joué le 12 octobre 2007 à la Scène Nationale de Cavaillon. Pour en lire plus... |
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#2 (permalink) |
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Administratrice
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Re : Le pétard mouillé de la Scène Nationale de Cavaillon.
J'avais oublié de répondre à ce post : pour ma part j'avais vu Les Tournées Fournel de la compagnie des 26000 Couverts, et j'ai aussi lu les livres de Joule et Beauvois sur la manipulation. C'est pourquoi j'aurais bien aimé pouvoir voir ce spectacle!
Les Tournées Fournel m'avaient en effet assez plu : sans être du grand théâtre, j'avais passé un excellent moment en trouvant ainsi bien vu le discours sur la pratique amateur du théâtre (l'histoire, si je m'en souviens bien : une famille se découvre un ancêtre comédien et auteur et décide de monter la pièce, sauf qu'évidemment, ils ont du mal...) et j'avais été épatée par le talent des comédiens (et j'ai aussi énormément ri, car il faut bien avouer que c'était aussi assez drôle). La critique de Beaucoup de bruit pour rien parue dans Télérama (mais ce n'était pas Fabienne Pascaud) était, elle, assez élogieuse. Bref, tout cela m'intrigue! Quelqu'un connaît les 26000 Couverts?
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Sans retour de François Verret (c) Christophe Raynaud de Lage |
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#3 (permalink) |
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Spectateur assidu
Date d'inscription: avril 2006
Localisation: Lyon
Messages: 896
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Re : Le pétard mouillé de la Scène Nationale de Cavaillon.
J'ai vu Beaucoup de bruit pour rien, et je ne suis pas du tout d'accord avec la critique qui a été faite.
Je reprends le principe du spectacle: on assiste à une alerte incendie dans le théâtre (ça commence une demie-heure avant le spectacle). L'alarme incendie hurle, tout le monde doit sortir dehors, on voit des gens (genre régisseurs, techniciens, nana responsable de la salle...) courir à l'intérieur l'air préoccupé. De temps en temps l'un d'entre eux sort dit deux mots à une personne de la billeterie (celle-ci étant placé dehors) et repart. Tout ceci au milieu du bruit d'alarmee et des coupures intermittentes d'électricité. Le public dehors ne sait pas trop ce qu'il se passe, prenant la chose avec plus ou moins d'humour. En attendant on discute, on échange (ce genre d'évènement rapproche toujours les gens). Certaines personnes commencent à faire des remarques à hautes voix, à râler (notamment une dame enceinte à qui on apporte une chaise). Une représentante de la direction du théâtre, dépassée par la situation, improvise un discours expliquant comme elle peut le problème (une lentille de projecteur qui aurait éclater, déclenchant l'alarme incendie, qui aurait elle-même déclencher le système incendie, le plateau est donc inondé). Des réactions se font alors entendre plus ou moins forte: la dame enceinte qui accuse un coup des intermittents du spectacle, le monsieur à la barbe qui nous racconte des anecdotes au temps de Shakespeare, un sdf qui hurle n'importe quoi la guitare à la main... La nana de la direction essayant de gérer tout ce beau monde. Il s'installe ainsi un jeu de va et vient, où chacun fait alternativement ses commentaires de son côté pour son voisin, et des remarques à haute voix pour être entendu de tous. Peu à peu le public comprend que tous ces gens sont des comédiens (encore que le déclic est plus long pour les plus crédules...). Puis les comédiens arrivent, on apprend que le metteur en scène est parti aux urgences parce que le régisseur s'est un peu énervé et lui a "juste balancé un rack dans la tête". Chaque personnage est très typé mais sans jamais trop tomber dans l'excés, les costumes (des vêtements de la vie de tous les jours) nous permettent de reconnaître tout de suite les différents types de personnages. Le public est finalement assis en cercle par terre et on assiste à un simulacre de réprésentation (avec des comédiens manquant remplacés par des gens du public (bien entendu ils font tous partis de la compagnie), des comédiens plus ou moins doués pour dire leur texte, des interventions inopinés du sdf, de la dame enceinte ou de la directrice...). Voilà pour le descriptif général du spectacle (je garde la fin secrète pour ceux qui iraient voir le spectacle). Après, moi j'ai beaucoup aimé toute la première partie (avec l'alarme incendie et les réactions de chacun). La compagnie joue avec nous: elle sait qu'on veut entrer et s'asseoir au chaud. Elle joue avec notre inquiétude et notre impatience. Tout est beaucoup dans l'humour (quand on a compris que ce sont des comédiens), mais de l'humour où l'ai de rien on se retrouve un peu chacun (les personnages représentant bien les différeux styles de théâtreux que nous sommes). Au final c'est un spectacle qui fait réfléchir sur différents points: notre place de spectateur (on est pris au piège sans le vouloir dans notre propre rôle de spectateur), la place du théâtre et du théâtre de rue (parce que le spectacle n'est nullement annoncé comme un spectacle de rue et tourne dans pas mal de scènes nationales) et les choix esthétiques des spectacles (la pièce de Shakespeare que la compagnie est censée jouer est truffée de vidéos et à l'air très conceptuelle. Alors que le spectacle qui nous est proposé est très simple, sans décor et avec pour seule lumière des flambeaux). Par contre je comprends tout à fait que ce spectacle soit très dur à apprécier en plein froid automnal en extérieur (je pensais d'ailleurs qu'en ce cas la compagnie se rabattait au mois dans un lieu plus chaud, mais apparemment non). Je m'étonne dans ce cas que le spectacle soit programmé à cette période de l'année. Néanmoins je trouve très bien qu'il ne soit indiqué nul part que c'est un spectacle de rue (encore que je suis sûre que les puristes du théâtre de rue ne considèrent pas ce spectacle comme du théâtre de rue). Il y avait ainsi beaucoup de gens qui ne seraient pas venus s'ils l'avaient su (eh oui les à prioris sur le spectacle de rue sont très forts). J'y suis ainsi allée avec un ami qui n'avait jamais vu du théâtre de rue (et qui ragardait ça plutôt de haut), hors le spectacle lui a beaucoup plût. Cette démarche des 26000 couverts de se rendre dans des grosses scènes nationales permettra (j'espère) de faire découvrir le théâtre de rue aux théâtreux fermé et, qui sait, peut-être à les amener à réfléchir. Seul bémol: la deuxième partie (quand tout le monde s'asseoit en cercle) est à mon avis beaucoup moins intéressante. Le fond et la forme semblent moins bien travaillés. La compagnie a essayé de créer une apothéose entre les "acteurs" et "spectateurs" mais ils manquent encore quelque chose: le ryhtme retombe, on attend quelque chose qui ne vient pas et certains personnages finissent par tomber un peu trop dans la carricature où le "n'importe quoi" (la directrice qui pète son cable et finit défoncer après avoir fumé un joint, une nana très timide qui se met à danser de manière démansielle...). Dommage, dommage... Bref, c'est un spectacle qui est je pense à voir (surtout par nous, théâtreux intéressé par la question de la place du théâtre)., ne serait-ce que du fait de son caractère non-conformiste...
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C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière... |
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Spect'acteur
Date d'inscription: avril 2006
Localisation: Paris
Messages: 1 512
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Re : Le pétard mouillé de la Scène Nationale de Cavaillon.
Je crois que ça m'aurait plu aussi cette forme ! (c'est presque dommage de savoir que ça se passe ainsi maintenant ! vite vite je me dépêche de l'oublier !!
Toutefois tu vois Luna, je crois que finalement ta critique, même si elle est dans l'ensemble plus enthousiaste, rejoint la critique de Pascal Bély faite plus haut : en effet tu dis que tu as été déçue par la deuxième partie ; et finalement c'est ce qu'il dit aussi : que cette manière de jouer avec les apparences et de tromper le public, qui n'est somme toute pas nouvelle c'est vrai (moi ça me rappelle beaucoup le travail du Théâtre de l'Unité, qui fait ça depuis au moins 20 ans), que cette manière donc de chambouler un peu les codes, ne sert pas à grand chose si après elle n'est pas suivie d'un propos un peu plus construit, d'une forme un peu plus surprenante et élaborée...Pascal déplore ainsi que toute cette construction ne serve finalement qu'à jouer la même pièce dehors plutôt que dedans, sans réelle nouveauté... toi tu parles de "déception" par rapport à ce que le début pouvait laisser présager...... et c'est vrai qu'on peut s'interroger, aussi, sur la pertinence de tels procédés quand ils ne sont utilisés que pour eux-mêmes (juste pour surprendre finalement, d'où le rapport au "marketting" peut-être qu'a établi Pascal)...
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Chaque soir l'acteur vient nous redonner sa vie, qui est une maladie propre à la chair. Valère Novarina |
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Spect'acteur
Date d'inscription: avril 2006
Localisation: Paris
Messages: 1 512
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Re : Le pétard mouillé de la Scène Nationale de Cavaillon.
C'est vrai ! Voilà c'est tout de suite intéressant quand deux personnes ont vu le même spectacle et peuvent en parler avec leur point de vue différent (ou pas) !
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Chaque soir l'acteur vient nous redonner sa vie, qui est une maladie propre à la chair. Valère Novarina |
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Spectateur assidu
Date d'inscription: avril 2006
Localisation: Lyon
Messages: 896
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Re : Le pétard mouillé de la Scène Nationale de Cavaillon.
Citation:
Oui... je sais pas... peut-être... ![]() En fait ça me laisse très preplexe ce que tu me dis-là... Ce n'est pas vraiment qu'il n'y avait pas de fond, mais plutôt qu'ils ont tenté quelque chose qui a manqué d'une petite étincelle pour embraser le tout. Par exemple à un moment le sdf se met à jouer de la guitare de manière excentrique pendant que les comédiens jouent un extrait de Shakespeare, tout d'un coup ça a commencé à donner une autre dimension, une nouvelle force à la pièce... mais au bout de quelques secondes ça s'est perdu... et s'était un peu ça tout le long, il y avait des tentatives pour assimiler le "fictif" du "réel" mais qui malheureusement finissaient par un peu se casser le nez. La deuxième partie manquait un peu de cohésion (ça faisait plus pièces rapportées mises bout à bout). Donc je pense qu'il y a eu recherche de propos, mais que dans la forme ça a eu un peu de mal à tenir la route. Euh... je ne suis pas sure d'avoir été très claire, étant donné que j'ai du mal à cerner mes idées...
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