![]() |
|
|||||||
| S'inscrire | FAQ | Membres | Calendrier | Recherche | Messages du jour | Marquer les forums comme lus |
| Etat des lieux Intermittence, subventions, aide à la création, à la diffusion, état des lieux des différentes politiques culturelles, les questions et les idées, les débats sont ouverts ! |
![]() |
|
|
LinkBack | Outils de la discussion | Rechercher |
|
|
#1 | ||
|
C'est qui l'chef???
Date d'inscription: octobre 2005
Localisation: Rouen
Messages: 2 521
|
Bonjour à tous.
Nous avons reçu, il y a quelques jours, un email d’Arnaud Chéron, comédien, entre autre, dans « Les Barbares » mis en scène par Eric Lacascade. Cet email est intitulé « j'ai honte, suite au changement de direction à la comédie de Caen... » Bien entendu, avec Elliania, nous avons tout de suite pensé aux diverses discussions sur les tumultes au CDN de Normandie et avons immédiatement demandé à Arnaud Chéron l’autorisation de publier cet email. Et très vite, nous nous sommes dit qu’il serait bon que sa réponse arrive avant dimanche à 20h, car, à notre sens, cet email dépasse le « simple » problème de changement de direction du CDN de Normandie et de l’endettement de cette structure en interrogeant bel et bien le rôle de l’artiste dans notre société. Ce matin, j’ai lu une phrase de Bigorzazou : « J'arrête pas de penser à ce que notre responsabilité d'"artiste" qui est d'éveiller la conscience des gens... », et un mail d’Arnaud Chéron est arrivé : « Bonjour Yann Ok pour la publication en ligne, je voudrais pouvoir diffuser cette lettre le plus largement possible, alors votre site me paraît un bon support, j'ai cherché en la rédigeant à ne pas m'adresser qu'aux seuls professionnels de la profession, mais d'interroger aussi le rôle de l'artiste dans la société... Après le second tour, ce rôle va peut être se politiser davantage, ou bien se radicaliser davantage? En tout cas, un changement... À bientôt Arnaud » Tout ceci fait que cet email va ouvrir une nouvelle discussion plutôt que d’être mis simplement à la suite du topic consacré aux tumultes du CDN, en espérant que s’en suivront des questionnements, des échanges sur le rôle de l’artiste dans notre société qui, semble-t-il, prend un tournant assez radical. « J’ai honte, suite au changement de direction à la comédie de Caen... J'ai travaillé comme comédien pendant treize mois sur la création, puis l'exploitation du spectacle "Les Barbares", de Gorki, sous la direction d'Eric Lacascade. Ce dernier était aussi, jusqu'en décembre 2006, le directeur du Centre Dramatique National de Normandie. Puis, après neuf ans à la tête de cette institution, il a quitté ses fonctions, étant arrivé à la fin de son troisième mandat. En tournée depuis un an avec Les Barbares, je voudrais aujourd'hui réagir au déficit annoncé depuis quelques semaines par la nouvelle équipe dirigeante du Centre Dramatique National de Normandie. On m'objectera peut-être que ce déficit financier ne me concerne pas et qu'en tant qu'interprète de plateau, je n'ai pour ainsi dire pas voix au chapitre. Je répondrai alors que cela me concerne: il s'agit d'argent public, je suis moi-même comédien, j'accomplis à ce titre un travail public, j'ai reçu une formation en alternance dispensée par un organisme public, je me suis produit, depuis dix ans, sur les scènes du secteur public, je suis donc concerné au premier chef par ce problème public. J'aurais été très peiné d'apprendre que le déficit puisse entraîner des suppressions de poste parmi les permanents du théâtre. Heureusement, nous savons aujourd'hui qu'il n'en sera rien. On nous a pourtant alarmé là-dessus. Les permanents eux-mêmes ont été très alarmés par la nouvelle direction là-dessus: et c'est ainsi qu'entre deux portes a grimacé le spectre glaçant du licenciement économique. D'ailleurs, en décembre, lors de la tournée des Barbares à la "maison-mère", l'accueil a été plutôt froid de la part des permanents. Nous nous sommes tous sentis "persona non grata", j'avais l'impression qu'il valait mieux raser les murs, un peu comme le voleur qui prend la fuite avec le contenu du coffre sous le bras. En effet, jouer dans le spectacle "Les barbares" nous rendait visiblement complices de ce déficit. Et le travail accompli, les heures passées à répéter, à faire et défaire ce spectacle, la joie de le montrer et de le partager avec un public parfois enthousiaste, parfois critique, mais toujours attentif, tout ce qui construit un spectacle ne pesait visiblement pas lourd face au caractère absolu et effroyablement concret d'un tiroir-caisse vide. Je ne prendrai pas la défense de celui qui m'a dirigé sur le plateau, Eric Lacascade, qui n'a par ailleurs que faire de mon soutien (il se débrouille très bien tout seul, voir notamment la double page centrale de "Charlie Hebdo" daté du 18 avril 2007). Voilà quelques semaines que je cherche à comprendre ce qui a pu se passer par moi-même, essayant de déchiffrer le rapport d'audit du rapporteur des finances, m'interrogeant sur les causes précises du déficit, lisant la presse régionale et nationale ou m'intéressant à l'analyse éclairée et indépendante du Synavi Basse-Normandie (Syndicat National des Arts Vivants) sur la question. Quand nous nous sommes engagés dans l'aventure des Barbares, l'administrateur du spectacle nous a averti: pour que ce projet soit viable financièrement, il fallait le vendre au moins cent fois. Il fallait faire un objet de qualité, et pouvoir l'offrir au moins cent fois. Ce spectacle, nous l'avons donc joué cent fois. Nous étions prévenus de son économie. Les artistes ne vivent pas sur un nuage confectionné en barbe à papa. Non: ils doivent souvent répondre à des questions très concrètes. C'est précisément à cet endroit là que toute cette histoire m'est apparue comme une menace, mais pas une menace pour moi-même ou pour mes camarades de jeu. Il est très sain de pouvoir opposer nos points de vue, de les confronter, parce que la dialectique accompagne depuis toujours la démocratie et qu'elle lui est nécessaire. Si on élimine l'opposant, alors on tombe dans le totalitarisme. Alors, selon cette même logique, pourquoi le rapport d'audit n'a pas été établi de façon contradictoire? Pourquoi seule la nouvelle direction a pu y prendre la parole, quand l'ancienne, qui était concernée au premier chef, a été écartée du bilan financier? Bien sûr, un artiste-gestionnaire comme doit l'être un directeur de centre dramatique qui ne remplit pas ses fonctions, c'est grave. Mais pourquoi les bilans que j'ai lus jusqu'à présent ne font-ils état que de bilan financier et non de bilan artistique? Je sais: ce n'est pas l'objet d'un rapport d'audit. Mais il n'est nulle part question, jusqu'à présent, d'un quelconque bilan artistique. Pire: je le répète, cette histoire de sous fait visiblement écran à dix années de spectacles, de créations, de coproductions, de soutien à des artistes émergents. Il m'apparaît simplement très artificiel et très dangereux de séparer, dans un document officiel, la fin et les moyens. Combien j'ai gagné: 182 euros nets par représentation en tournée, payés au cachet; 90 euros nets par représentation payés en mensuel, comme au théâtre de la Colline en janvier. 2392 euros nets par mois durant les trois mois et demi de création, ainsi que sur l'exploitation en Avignon. 437 000 euros de déficit, dit l'audit, pour l'année 2006, mais 813 000, a annoncé la nouvelle direction, information relayée par le maire de Caen, Madame Lebrethon. Dans une surenchère d'alarmes et de cris à la maison qui brûle. En insistant bien sur le fait que "Les barbares" est un gouffre financier. Toute cette affaire m'a plongé d'abord dans la perplexité puis dans la honte, logique de la honte quand on fait passer les logiques comptables devant les logiques artistiques. "La responsabilité de cette situation critique est imputée à l'ancien directeur du CDN, Eric Lacascade dont "Les barbares", la dernière création a été un véritable gouffre financier. Un projet trop ambitieux et pas à la hauteur des dépenses engagées selon la nouvelle équipe dirigeante." (Ouest-France du 2 avril 2007) Ca veut dire quoi, "pas à la hauteur des dépenses engagées"? J'ai mal fait mon travail? Je ne suis pas à ma place? Comment oublier ça quand, physiquement, je cherche face à 500 personnes à défendre une oeuvre de fiction? Je voudrais renvoyer "la nouvelle équipe dirigeante" à la revue de presse des Barbares, à son épaisseur. Qu'en est-il de notre capacité à remettre le travail sur les planches? Et tout ce que j'ai entendu pendant la tournée? "C'est tellement bien de voir vingt personnes sur un plateau..." Combien de fois l'ai-je entendue, cette appréciation? Cette parole sincère, dois-je la remettre en question? Faut-il produire des preuves, donner le nombre exact de spectateurs (autour de 50 000), faire le bilan des rencontres avec le public qui ont émaillé la tournée, fournir la liste des rencontres avec les lycées, les collèges, les étudiants, faut-il produire la revue de presse exhaustive du spectacle? Et tout ça devrait être avalé par un soi-disant "gouffre financier, trop ambitieux et pas à la hauteur des dépenses engagées"? "C'est quoi un artiste? Un artiste, c'est quelqu'un qui organise ses loisirs de façon créative". Je cite Robert Filliou (artiste pluridisciplinaire, notamment rattaché au mouvement Fluxus) et j'acquiesce à cette définition minimale et j'ajoute à sa suite: Et qui cherche à étendre ses capacités, c'est-à-dire son temps de loisir créatif. C'est du travail, c'est-à-dire du temps, c'est-à-dire de l'argent. Mais quelle honte, je parle de "loisir" et je prétends qu'il s'agit d'un travail! Ces deux termes-là, on nous a tant appris à les opposer! On nous a tant appris à structurer nos vies autour de cette soi-disant antinomie: travail contre loisir = labeur contre plaisir = effort contre récompense... Et puis j'ai peur d'être contrôlé sur mes compétences d'acteur. Quand je joue, je travaille. Comment évaluer mon travail? Je ne fais pas moi-même le compte de ma peine... Ca va être facile de m'attaquer avec une logique procédurière...Merde, je n'ai jamais pointé de ma vie! Où sont passées mes longues semaines de loisir créatif non-rémunérées? Et le loisir de jouir de mon travail? On observe assez facilement en ouvrant le journal une certaine systématisation du contrôle, exercé sur le citoyen par le pouvoir. Mais comment le pouvoir va-t-il évaluer ma capacité d'artiste? Cette capacité, je la remets moi-même en question à chaque fois que je l'exerce: c'est selon ce principe que ce métier m'a été enseigné. Selon quels critères convient-il de juger d'une chose singulière? Au cours de l'histoire, on a vu souvent des artistes crever la gueule ouverte et dans l'indifférence générale, Vivaldi ou Mozart finissant dans la fosse commune, Vincent Van Gogh suicidé à l'âge de 37 ans. Ces personnes étaient très disciplinées, il y avait une grande rigueur dans leur démarche. On apprend aussi en lisant Van Gogh qu'il s'est battu toute sa vie pour faire reconnaître, en premier lieu par son frère Théo, par ailleurs marchand d'art, que ce qu'il s'acharnait à faire constituait un travail, et peut-être même une oeuvre? "Pour atteindre le vrai, il faut travailler beaucoup et longtemps". Il lui arrivait aussi d'avoir honte, dans des moments de découragement, d'adversité, parce qu'il s'imaginait alors que son travail était inutile et vain. Van Gogh, Mozart ou Vivaldi n'étaient certainement pas des guignols qui se la coulaient douce en attendant les allocations chômage. Pour finir, je citerai une nouvelle fois Robert Filliou, pour qui les "motivations et valeurs authentiques de l'artiste" étaient l'innocence, l'imagination, l'intégrité et la liberté: comment gagner de l'argent avec ces choses-là? Il disait: "...à chaque fois qu'une discussion sur l'art devient insensée, et elles le deviennent toujours, je répète: "il n'y a pas de problème dans la création, hormis l'argent, que la création ne créé pas nécessairement". Oui, aujourd'hui encore, nous travaillons. Ce travail a un prix. Oui, nous faisons aussi partie de cette France qui créé des richesses. Alors permettez-moi, avant les dernières dates des Barbares au théâtre du Nord à Lille, d'être fier de jouer à travailler. Arnaud Chéron »
__________________
Et la mort est pour nous la dernière créance. |
||
|
|
|
|
|
#2 | ||
|
Spectateur assidu
Date d'inscription: février 2007
Localisation: Cherbourg
Messages: 542
|
C'est normale qu'on l'ai (enfin que " je l' ai " parceque les autres je ne sais pas..) reçut ce post dans notre boite mail perso ?
__________________
La Démocratie est fatale en matière d’arts ; elle ne conduit qu’au chaos ou qu’à la production de produits nouveaux mais correspondant au plus petit dénominateur commun en terme de qualité. |
||
|
|
|
|
|
#4 | ||
|
Spectateur assidu
Date d'inscription: février 2007
Localisation: Cherbourg
Messages: 542
|
ok !
__________________
La Démocratie est fatale en matière d’arts ; elle ne conduit qu’au chaos ou qu’à la production de produits nouveaux mais correspondant au plus petit dénominateur commun en terme de qualité. |
||
|
|
|
|
|
#5 | ||
|
visiteur
Messages: n/a
|
J'ai bien reçu l'e mail. Cela ne vient que confimer les craintes que j'ai pour les intermitents du spectcles sous ce nouveau gouvernement de droite. Sans parler droite gauche, ce qui m'a frappée dans la campgne éléctoral c'est que très peu de personne on parler de culture, sauf le joli appel de pascal feran au césar je crois. Cela me révolte, je sias qUE cela fait des années que les intermitantes se battent pour une révision de leur statue, or ils n'ont jamais eu d'autre impact médiatique que lors du festival d'avignon. Quellles solutions pourrait-on proposé pour avoir un meilleur impact politique et surtout comment montrer combien l'art est fondamental pour l'homme et que cela n'appartient pas seulement à une élite?
|
||
|
|
|
#6 | |||
|
Spect'acteur
Date d'inscription: novembre 2006
Localisation: Brocéliande
Messages: 2 091
|
Citation:
je l'ai reçu aussi
__________________
Tu n'es pas bon à rien , tu es mauvais à tout ! Mais ça tu le fais très bien ... (M.Pagnol) |
|||
|
|
|
|
|
#7 | ||
|
Administratrice
Date d'inscription: avril 2006
Localisation: Dijon
Messages: 2 758
|
J'ai l'impression d'être en ruines de l'intérieur, je vois que je ne suis pas la seule.
C'est le "pas à la hauteur des dépenses engagées" qui me fout les boules. Mais qu'est-ce que ça veut dire.... Je sais bien qu'il est important de penser en termes d'efficience économique dans tous les secteurs, mais l'analyse de l'efficacité me semble ici très mal placée. On devrait parler en termes d'utilisation des ressources et on se retrouve à juger en termes de résultat : donc les Barbares ne seraient pas à la hauteur. Outre que j'ai adoré le spectacle, je constate donc qu'il faudrait avoir plus d'exigence artistique en cas de gros budget. Que si c'est raté mais économe, ben c'est pas grave. Et vous espérez éveiller les consciences? Mais je crois bien que c'est trop tard. Qui écoute encore ce qu'on a à dire? Ne nous voilons pas la face, la démocratisation culturelle a pratiquement échoué et l'artiste n'a pas sa place au sein de la société : n'oubliez pas que l'art semble être un luxe, pas un luxe nécessaire non, mais apparemment plutôt un loisir pour des catégories de classes sociales. Une autre amandine se demande comment les intermittents pourraient avoir plus d'audience et déplore que la culture ait été si absente du débat. Je suis bien d'accord, mais cela tient à une raison toute simple : la culture, tout le monde s'en fout. Certaines réactions vont même au-delà de la simple indifférence et confinent au mépris : être acteur n'est pas un travail, l'université de théâtre est remplie de hippies qui fument du shit en faisant les guignols sur scène, et on se demande bien pourquoi les intermittents nous font chier alors que la collectivité leur paye leurs loisirs.... Je suis bien amère ces derniers temps, et au vu des résultats électoraux ça ne risque pas de s'arranger....
__________________
Sans retour de François Verret (c) Christophe Raynaud de Lage |
||
|
|
|
|
|
#8 | |||
|
Adhérent
Date d'inscription: décembre 2006
Localisation: Au coin de la lippe de la France.
Messages: 326
|
Citation:
Ce n'est pas au public d'aller à la culture, mais à la culture d'aller au public. Le Royal deLuxe a réussi cet exploit. De faire un spectacle à une ville entière. Certes, il était ultra subventionné. Comme nous ne pouvons rien espérer pendant cinq ans, c'est à nous d'aller vers les gens, de nous battre avec nos tripes, notre amour de l'art, de trouver les moyens de le faire. C'est ça, éveiller les consciences. C'est consentir à une part de sacrifices, même inacceptables, pour défendre nos droits. Consentir à travailler non pas pour subvenir à nos besoins mais pour servir une idéologie. De toute manière, ce n'est pas comme si on n'avait vraiment le choix...
__________________
"L'homme n'invente rien. Il ne fait que découcrir quelque chose qui existe déjà et il le transforme pour en faire autre chose, pour lui donner une valeur, que ce soit sientifique ou tout ce que vous voulez." André Durupt, peut-être. |
|||
|
|
|
|
|
#9 | ||
|
Administratrice
Date d'inscription: novembre 2005
Messages: 2 036
|
Télérama, il y a quelques mois, avait mis comme titre de numéro une phrase du genre "c'est la culture qui déterminera le vainqueur" ou "sans la culture ils n'y arriveront pas"... Je les avais trouvés bien loin des réalités!
|
||
|
|
|
|
|
#10 | ||
|
Date d'inscription: mai 2007
Messages: 7
|
Je suis nouvelle sur ce site et contente d'y être. Enfin un site qui parle de culture. Mais je suis aussi d'accord que c'est aux gens de culture d'aller vers le autres qui n'ont pas toujours envie de faire la démarche.
|
||
|
|
|
![]() |
| Outils de la discussion | Rechercher |
|
|