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Vieux 27/02/2007, 14h15   #1
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Hamlet by the big Willy S

Bon allez... J'attaque ZE ENORME morceau du thèâtre (cf titre du sujet).
Chuis en forme, j'ai un peu de temps devant moi, j'en profite.

Ya tellement de choses à dire sur cette pièce que je ne sais pas vraiment par où commencer...
J'pense que je vais juste me contenter de vous parler de la façon dont je l'ai appréhendée. (Message subliminal pour Entropie: Rassure-toi, mon parcours à ce niveau-là n'a absolument rien d'universitaire ^^ )

D'abord, c'est une pièce que je me suis longtemps empêchée de lire, et que j'ai ouvert pour la première fois au début de l'année.
La raison est toute simple. Je n'adhère pas vraiment au principe (très universitaire pour le coup- bon ok j'arrête avec ça) de lire le texte d'une pièce avant d'aller la voir. Pour moi, cela renforce la séparation "texte-scène", alors que je pense qu'en tant que public, on doit recevoir le spectacle comme un tout, avec ce qu'on comprend ou non du texte.


Donc, Hamlet, je ne l'ai pas découvert dans un vieux bouquin, mais sur scène.

Ca a commencé avec un spectacle de Philippe Avron sur Shakespeare (dont je ne me souviens même plus du titre). L'un des premiers spectacles que j'ai vus. A vrai dire, cette pièce ne m'a guère marquée, je me souviens juste que j'en étais sortie plutôt contente (mais ça ne nous avance pas beaucoup), et qu'à un moment yavait un jeu d'écho/miroir: on pouvait voir le fantôme de Shakespeare s'adresser à P.Avron, en référence direct au spectre d'Hamlet.
Dit comme ça, c'est pas génial génial, mais je dois avouer que c'est le seul moment du spectacle dont je me souvienne.


Ensuite, j'ai eu l'occasion de voir la fameuse mise en scène de Brook. Et je suis loin d'en avoir un souvenir impérissable. Bien sûr, c'était joli tout ça, le tapis rouge, les belles étoffes, la "musique exotique"... Mais à part ces quelques images, il ne m'en reste quasiment rien. Rien au niveau dramaturgique. La seule chose qui m'avait marquée, c'était la façon dont tout le monde mourrait les uns après les autres à la fin: à dire vrai, je trouvais ça assez ridicule.


Puis il y a eu Platonov, que j'ai eu le loisir d'étudier en terminale ya deux ans. Cette pièce m'a immédiatement replongée dans Hamlet, ou dans ce que je savais de l'histoire. C'est peut-être un lieu commun, ou c'est peut-être même déplacé de dire ça, mais pour moi, Platonov n'est rien d'autre qu'un Hamlet qui aurait vieilli, et Hamlet un Platonov adolescent. Ce sont deux fous feints, sans père, qui dérangent le monde dans lequel ils vivent, mais qui dans le fond n'agissent véritablement à aucun moment...
Cette inaction durerait jusqu'à la scène finale dans Platonov, et serait rompue dans Hamlet au moment de la mort de Polonius, qui est l'événement déclencheur de la tragédie, selon moi.


Cette soudaine passion pour Hamlet par l'intermédiaire de Platonov m'a poussée à aller voir la mise en scène d'Enrique Diaz, l'an dernier, au Théâtre de la Cité internationale, Ensaio. Hamlet (ou Essaion). Paf! ZEU REVELATION.
Le spectacle se présentait sous la forme d'une répétition (= "ensaio" en portugais, qui renvoie également au terme d'"essai": on va essayer de jouer Hamlet). Il s'agissait d'essais, d'esquisses autour de la dramaturgie d'Hamlet.

Les acteurs enfilaient différents rôles, essayaient chaque personnages...
L'espace s'ajustait également à la dramaturgie, essayait lui aussi plusieurs pistes: la (dé)structuration du plateau par la présence d'objets, de tapis, de raies de lumière (comment crée-t-on des diagonales? Comment sépare-t-on l'espace?), les figures de styles diverses et variées (métonymie avec un bout de viande cramé au fer à repasser au moment des funérailles d'Ophélie), les jeux de miroirs...
Et puis la langue employée, bien sûr. Sur le programme, on nous le présente comme un spectacle en portugais surtitré. Mais c'est bien plus que ça. Il n'y a pas que du portugais. Mais aussi du français. Et de l'anglais. Et tout n'est pas toujours surtitré. Ca permet de nous interroger dans un premier temps sur la traduction: qu'est-il nécessaire de traduire? Faut-il garder la poèsie de Shakespeare? Comment la garder, quand on sort de l'anglais? La traduction idéale existe-t-elle? Et ce qui apparaît au cours de ce spectacle, c'est que quelle que soit la langue, quelle que soit ce qu'on comprend d'elle, la tragédie est là. Et c'est ce qui fait la force des pièces de Shakespeare, et de cette mise en scène: elles dépassent le langage.
Enrique Diaz reste dans le concret des mots. Ou du moins y revient toujours.

Que ce soit par le décalage (mise à distance de la représentation -il n'y a que deux ou trois moments où le lien avec la salle et le public disparaît complètement-, utilisation d'"objets pauvres" -couronnes de fourchettes, squelette miniature automate) ou par l'étrange position des mots dans ces trois langages différents, il parvient à mettre en évidence Hamlet dans sa perception la plus concrète.
C'est difficile de parler de ce spectacle, il y aurait tellement de chose à en dire! Je laisse Amandine compléter...
Et pour ceux qui habitent à Bordeaux ou dans le coin, je viens de voir que le spectacle passait fin mars au TNBA



Pour terminer, la dernière mise en scène que j'ai vue est celle de Lavaudant à l'Odéon, Hamlet. Un songe.
Je l'ai trouvée magnifique, mais sur un plan purement plastique: le travail sur la lumière était très riche et très intéressant...
Mais au niveau de la dramaturgie... Ben comme Brook ça ne m'a pas marquée plus que ça. Mais là je pense que c'est parce que j'avais vu celle de Diaz avant.



Hamlet
est une pièce qui me touche affreusement, tout comme Platonov, de différentes manière aux différents moments de ma vie.
J'ai le sentiment de pouvoir toujours y rattacher quelque chose, que ce sont deux pièces inépuisables.
....
Bref j'ai un peu trop parlé, à vous maintenant...!
__________________
"L'homme n'invente rien. Il ne fait que découcrir quelque chose qui existe déjà et il le transforme pour en faire autre chose, pour lui donner une valeur, que ce soit sientifique ou tout ce que vous voulez." André Durupt, peut-être.
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Vieux 27/02/2007, 19h38   #2
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Date d'inscription: février 2007
Localisation: Cherbourg
Messages: 542
Re : Hamlet by the big Willy S

Oula y a beaucoup de choses la dedans !
Jolie intervention en tous va je trouves.

Un peu unniversitaire peut être !

Naaaan je rigole ,pas taper Bigorzazou

Hamlet , comme l'ensembles des oeuvre de Schakespear pose par ailleurs de grosse question sur la qualité, disont plutot la pertinence, et la varieté des traduction.
Tu as une préference ?
entropie est déconnecté   Réponse avec citation
Vieux 27/02/2007, 22h39   #3
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Avatar de Bigorzazou
 
Date d'inscription: décembre 2006
Localisation: Au coin de la lippe de la France.
Messages: 321
Re : Hamlet by the big Willy S

Citation:
Envoyé par entropie Voir le message
Hamlet , comme l'ensembles des oeuvres de Schakespeare pose par ailleurs de grosse question sur la qualité, disont plutot la pertinence, et la varieté des traduction.
Tu as une préference ?
Comme je ne l'ai lu qu'une fois, dans une seule édition, je vais avoir quelques difficultés à dire quelle est ma traduction préférée...
Et comme je l'ai dit précédément je pense que l'oeuvre est telle qu'elle dépasse le langage, et donc la traduction.
Je dirai même que la traduction est un moyen excellent pour se débarasser de toute "frioriture", et d'aller à l'essentiel de la pièce.
Toujours pour revenir à la mise en scène d'Enrique Diaz, j'avais par moment l'impression de mieux comprendre le texte quand il était dit en portugais...
__________________
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Vieux 03/03/2007, 01h08   #4
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Localisation: Paris
Messages: 1 516
Re : Hamlet by the big Willy S

Super Bigorzazou !!

Une fois de plus il est hélas encore trop tard pour que j'aie le temps de développer (j'y reviendrai si besoin), mais hormis tout ce que tu as dit (sur le spectacle d'Enrique Diaz) avec quoi je suis entièrement d'accord, je peux ajouter qu'il y avait une utilisation du "réel" très intéressante : les objets minimalistes dont tu as parlé, étaient vraiment utilisés, saisis, empoignés... comment dire... par exemple Ophélie avant de se sortir de scène pour se suicider se vide une jarre entière d'eau sur le corps : l'image est très belle, et ce qui est très beau et très parlant aussi, c'est de voir la comédienne se vider ainsi l'eau sur la tête sans s'arrêter, inondant la scène, ses habits, se "noyant" presque sous cette eau... puis disparaître dans un rai de lumière laissant voir toute la transparence qu'avait créée l'eau sur sa robe... L'instant réellement saisi en quelque sorte, la magie de l'instant par l'utilisation du réel.
Ce passage du réel au fictif est aussi très intéressant dans le jeu des acteurs : comme cette scène où Hamlet, devenu une sorte de metteur en scène de la "répétition" (puisque "ensaio" signifie à la fois "essai" et "répétition"), dirige avec violence et brutalité la comédienne-Ophélie... La violence de la scène de Shakespeare apparaît beaucoup plus intense à travers cette mise en abîme où l'on perçoit le surgissement du réel dans le théâtral...
Théâtre dans le Théâtre qui, en dévoilant le reél, le procédé théâtral, rend encore plus fort l'impact du théâtre sur notre réalité...(ok ok là ça fait un peu prof...)

Il y aurait encore beaucoup à dire, sur les poupées gonflables qui représentent les amis d'Hamlet, sur les balles de Ping Pong qui s'aparpillent sur la scène, sur l'utilisation de caméras vidéos et de postes télévisés pour créer des relations d'intimité ou d'intrusion, en fonction des cas....On complétera...


En tout cas j'ai découvert ce spectacle à la Ferme du Buisson (où j'ai pu voir un autre Enrique Diaz tout aussi étonnant, La Passion selon G. H.), et c'est un exemple (parmi d'autres) qui montre que vraiment la Ferme du Buisson est un lieu-clé pour la découverte de spectacles forts et d'avant-garde... (car c'est là que Diaz a joué son Hamlet Ensaio en premier si je ne m'abuse, même si c'téait mal médiatisé)....
__________________
Chaque soir l'acteur vient nous redonner sa vie, qui est une maladie propre à la chair. Valère Novarina
Amandine est déconnecté   Réponse avec citation
Vieux 07/03/2007, 01h35   #5
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Localisation: Paris
Messages: 54
Re : Hamlet by the big Willy S

Citation:
Envoyé par Bigorzazou Voir le message
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