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Vieux 03/03/2008, 19h54   #41
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Re : Théâtre de l'absurde

Citation:
Envoyé par Sylvain Voir le message

Sinon, petite question HS : ça existe, du théâtre surréaliste ?
Si je ne m'abuse ce serait Antonin Artaud le défenseur du genre en théâtre. Mais bon le pauvre on a plutôt retenu ces écrits théoriques que ces pièces
Enfin c'est assez sympathique d'y jeter un coup d'oeil quand même!

(sur ce je vous laisse avec Schopenhauer)
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Vieux 04/03/2008, 14h23   #42
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Re : Théâtre de l'absurde

Oui j'ai pensé à Artaud mais il s'est détaché du mouvement et dans «*le théâtre et son double*» les propositions qu'il fait ne ressemblent pas trop à des idées surréalistes...

Merci beaucoup Casimir !

Citation:
Contrairement à ce que dit Vanille, c'est effectivement très drôle. Cependant, il est vrai que, selon les mises en scène, cela peut vite devenir assez glauque.
A lire en tous cas ça peut paraître plutôt glauque oui...
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«J'ai dû oublier mon parapluie dans l'ascenseur. Mon parapluie doit être très inquiet de m'avoir perdu.» Erik Satie
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Vieux 08/03/2008, 16h45   #43
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Re : Théâtre de l'absurde

Un article sur Godot que j'ai écrit dans le cadre d'un dossier sur Beckett... peut-être pourra-t-il apporter quelques informations...

En attendant Godot, une œuvre majeure

Pour longtemps encore, le nom de l’auteur irlandais restera associé à ceux d’Estragon et de Vladimir, ces parias espérant l’impossible, attendant Godot.
Godot n’est bien sûr pas sans rappeler Dieu, le God anglais. Un « Dieu » qui ne vient pas à l’aide des Hommes mais n’est pour eux qu’un espoir toujours déçu mais jamais enterré. Un Dieu dont la réalité est aussi floue que la mémoire embuée des personnages.
ESTRAGON -Il s’appelle Godot ?
VLADIMIR -Je crois.
La seule certitude est qu’il faut sans cesse l’attendre, puis sans cesse revenir le lendemain. L’espoir est la seule chose qui reste dans le cœur des personnages : il s’agit d’attendre ou de mourir, ce qui mène au même point, le néant.
VLADIMIR -Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
ESTRAGON -On attend.
VLADIMIR -Oui, mais en attendant ?
ESTRAGON -Si on se pendait ?
C’est un rapport étrange au sacré qui se dessine, seul remède et seule désillusion.
Mais En attendant Godot n’est pas que religieux, il est avant tout la mise en place d’un être face au vide, à la fatalité et à l’espoir. Ce jeu de l’espoir est vain mais il est nécessaire d’y croire totalement pour continuer… L’attente est la conséquence de l’espoir, qui, à force de s’user, semble être la conséquence de l’attente, les liens de causalité se brouillant dans la perte du sens. Car l’attente n’a pas pu être vaine, elle se doit de continuer (pour toujours ?) pour trouver sens.
Ainsi, c’est l’angoisse et l’ennui qui oppressent, imposés par une force surpassant implacablement les deux personnages, esseulés, désabusés. Comme une tragédie aussi moderne qu’intemporelle, la pièce nous raconte l’être aux prises avec le monde, le néant, la violence des rapports de domination (la relation Pozzo-Lucky en est à ce titre un bon exemple), l’être aux prises avec sa spiritualité et son manque de sens.
Et puis, les thèmes de la mémoire, du souvenir, de l’inconstance du temps, reviennent, lancinants. Ce qui s’est passé la veille n’a plus de sens, n’est plus rien pour Estragon, un vague souvenir à peine chez Vladimir. Le passé est instable et incertain par son manque de clarté quand le futur l’est par la futilité de l’espoir.
Les deux actes, de plus, se répètent, suivant mécaniquement le même schéma. Le temps et la mémoire s’engluant. L’impression ressort d’une attente qui fut de tous temps et sera à jamais. Cette répétition fait en outre écho à celle, fatale, des crimes de l’Homme et de l’Histoire. Le fait qu’il y ait deux actes, spectres possibles des deux guerres mondiales, n’est, en ce sens, peut-être pas anodin.
La forme, enfin, est proprement inédite, par l’absence de ce qui, jusqu’alors, faisait pour beaucoup théâtre : l’unité. Beckett se joue des codes, s’affranchit des attentes, surprenant en proposant le tableau d’un « rien ». Une pièce où il ne se passe rien, et deux fois de suite qui plus est, et qui ne manquera pas de créer polémiques et vives disputes entre les spectateurs (voir interview de Roger Blin). Il ose écrire, pour la première fois, une pièce qui se libère de l’anecdote. Il n’y a pas d’intrigue mais un état de fait, une vision, qui se trouve comme étalé sur scène, sans évolution, durant deux heures.
En attendant Godot restera comme l’une des pièces majeures de l’après-guerre, par sa modernité et la force de ses thèmes. On parle d’ailleurs parfois de « bataille de Godot » tout comme de la « bataille d’Hernani ». Ainsi, cette œuvre restera dans les esprits comme un tournant incontestable de l’histoire du théâtre.

Dernière modification par Casimir ; 21/08/2008 à 15h01.
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Vieux 17/04/2008, 22h04   #44
 
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Re : Théâtre de l'absurde

bonjour a tous. voila je suis en terminale, et je fais mon dossier pour l'option facultative en théatre, sur le théatre de l'absurde. j'ai quelques -rares- info sur ce théatre, mais j'ai encore quelques trucs (pardon pour ce mot)que je voudrais savoir.
voila, est ce que qqun peut me dire comment a réagit le public, les spectateurs en général lors des premieres représentations de théatre absurde, comment ce genre a t'il était accueillit, etc...
voila, je cherche un peu partout, mais la j'ai pas de réponse... donc si qqun sait, merci de me répondre!
bonnes vacances pour certains, et bonne journée.

et allé, tant que j'y suis, une autre question: pour le dossier facultatif, peut on rendre quelque chose de...gros? je pensais faire mon dossier dans une valise, avec pleins d'articles, de textes dans la valise, mais peut t'on rendre cela aux correcteurs?
merci
flo
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Vieux 18/04/2008, 12h55   #45
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Re : Théâtre de l'absurde

Ca dépend beaucoup des correcteurs : j'en ai déjà vu qi appréciaient ce genre d'initiatives, d'autres pas du tout.... il faut penser qu'ils ont une soixantaine de dossiers à parcourir en deux jours généralement... donc l'idée serait d'arriver à attiser leur curiosité mais pas de les exaspérer
__________________
Chaque soir l'acteur vient nous redonner sa vie, qui est une maladie propre à la chair. Valère Novarina
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Vieux 18/04/2008, 21h04   #46
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Re : Théâtre de l'absurde

Disons que tu peux trouver un juste milieu, présenter un dossier en format académique et un petit quelque chose à côté d'un peu ludique... En ce qui me concerne, pour mon dossier d'option lourde, je m'étais amusée à faire une couverture très travaillée avec plein d'objets collés dessus et à le relier avec des anneaux très particuliers et ils m'avaient dit que ça leur avait beaucoup plu!
Pour les réactions aux premières des spectacles du théâtre de l'absurde, je n'en sais rien mais je pense que c'est le genre de choses que tu peux trouver facilement dans des bouquins.
__________________
Sans retour de François Verret (c) Christophe Raynaud de Lage
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Vieux 21/08/2008, 14h56   #47
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Re : Théâtre de l'absurde

Quelques autres petits textes qui pourront peut-être alimenter la discussion...

Beckett pessimiste

Le vide du sens, l’absence de réponse et la vanité de toute action sont des thèmes récurrents dans l’œuvre du dramaturge et romancier. L’auteur, en effet, confronte ses personnages à des situations où aucun progrès n’est possible. Au contraire, quand progression il y a, c’est toujours vers la décrépitude ou vers la fin. Dans Oh les beaux jours, le visage de Winnie ne cesse de se crisper et de s’immobiliser de plus en plus. Dans le premier des Actes sans paroles, toutes les actions du personnage, qui pourtant tente tout ce qui est en son pouvoir, ne tendent que vers un échec constant. Les protagonistes, d’ailleurs, se tournent de manière presque obsessionnelle vers le passé, qui pourtant, le plus souvent, apparait flou, incertain, imaginé. Ainsi, la seule réalité acceptable pour eux est une réalité réinventée. L’espoir chez Beckett n’est qu’un argument du supportable. Il est feint ou absent. Si dans En attendant Godot, il est le seul motif de l’action (de la non-action), dans Fin de partie (voir encadré), c’est en revanche son absence qui est la cause d’un spectacle, qui, lui aussi, s’enlise. La mort, chez Beckett, apparait comme une interrogation, qu’il questionne d’ailleurs dans sa trilogie romanesque Molloy/Malone meurt/L’innomable où l’auteur opère une progression dans la déchéance et dans les situations, qui au fur et à mesure, finissent par se résumer à des « consciences de vie » plutôt qu’à une vie réellement vécue dans sa plénitude. La mort, en outre, semble un non-évènement. Estragon et Vladimir voient même avec excitation la possibilité s’offrir à eux de se pendre. Puisque la vie n’a pas de sens, la mort n’a pas de raison d’en avoir plus. Il est, en cela, très influencé par la pensée philosophique de Schopenhauer, qui conçoit l’existence comme dictée uniquement par un vouloir-vivre, thèse profondément déterministe, sans qu’elle ait de sens. Beckett réinvente une forme nouvelle de tragédie, tout comme Ionesco, qui dans Le roi se meurt, tente l’essai d’un apprentissage de la mort. Mais, contrairement à ce dernier, pour Beckett, la tragédie n’est pas de mourir mais de vivre.
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Vieux 21/08/2008, 15h00   #48
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Re : Théâtre de l'absurde

Un théâtre absurde ?

Théâtre de l’absurde, c’est ainsi que l’écrivain et critique Martin Esslin désigne en 1961 une direction théâtrale importante du XXème siècle. En analysant le répertoire de l’avant guerre dramatique jusqu’à son époque, Martin Esslin montre que ces pièces de théâtre sont moins farfelues et moins fantasques qu’elles n’y paraissent au premier abord et qu’elles possèdent une logique et une cohérence qui leur est propre, s’attachant à (re)créer des mythes, c’est-à-dire dit une réalité plus intérieure, plus psychologique, que physique. Les désirs de l’Homme dans le monde sont déçus, les questionnements restent sans réponse. Un monde qui, au sens existentialiste du terme, devient alors « absurde ».
Mais l’expression « théâtre de l’absurde » est rejetée par Ionesco, Beckett et Adamov qui se refusent à tout lien avec le dogme existentialiste. Car pour eux, ce n’est pas l’absurdité qui est représentée, mais bien tout l’inverse de l’absurdité, la réalité, ou du moins la vision qu’ils en ont, celle d’une absence de sens.
Ionesco, Adamov et Beckett sont les principaux représentants de ce mouvement, réinventant le langage et la tragédie. Leurs œuvres ont bouleversé les conventions du genre. La philosophie beckettienne et ionescienne réduisent en effet les personnages à la fonction de pantins désarticulés, incapable de communiquer, comme dans La cantatrice chauve. Le langage, lui-même « absurde », ôte toute cohérence à l’intrigue et toute logique aux propos tenus sur scène.
L’existence se dénue de signification, laissant place à la déraison du monde dans laquelle l’humanité, l’humain, se perd.
Les années 1950 ont, en outre, à travers Ionesco, Beckett ou encore Adamov, vu ressusciter la tragédie. La violence s’immisce partout, dans les rapports entre les personnages, comme dans La leçon, dans le langage, mais aussi dans le rapport au monde, teinté d’amertume et de fatalité.

« Je n’ai jamais été d’accord avec cette notion de théâtre de l’absurde. Car là, il y a jugement de va-leur. On ne peut même pas parler du vrai. C’est ce qui fait partie de la détresse. Paradoxalement, c’est par la forme que l’artiste peut trouver une sorte d’is-sue. En donnant forme à l’informe. Ce n’est peut-être qu’à ce niveau qu’il y aurait une affirmation sous-jacente. » Samuel Beckett
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Vieux 21/08/2008, 15h10   #49
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Re : Théâtre de l'absurde

Traumatisme et langage chez Samuel Beckett

Le choix de l’écriture théâtrale est révélateur d’un rapport complexe au langage. Nombreuses y sont les didascalies indiquant « Silence » ou « Un temps ». Nombreux également les monologues étranges, drôles ou tragicomiques, telles les longues tirades de Winnie dans Oh les beaux jours ou le très célèbre monologue de Lucky dans En attendant Godot. Les mots n’y ont pas de sens et n’ont finalité qu’eux-mêmes. Et surgit alors l’impression d’une tentative permanente, d’un échec constant, à exprimer l’indicible. D’autant que l’on assiste à une incertitude constante de ce qu’il dit, notamment dans la première partie de Molloy constituée d’un seul très long paragra-phe, où l’auteur ne cesse de multiplier les « je crois » et les « il me semble » dans un langage comme parlé, une verve incontrôlée et lancinante qui revient et tourne, tourbillonnante de vide, enivrante d’un sens aussi profond que mystérieux.
Souvent, quand il n’y a (plus) rien à dire, Samuel Beckett se réfugie dans le silence. « Acte » marquant en ce sens que ses Actes sans paroles, où rien n’est dit mais où tout a lieu : espoir, vie et mort. Ces non-dits marquent le fatalisme d’un homme qui sait que la parole n’a plus de sens et que ce qu’il faudrait dire est impossible à exprimer.
D’où vient ce paradoxe du langage beckettien, qui, nous l’avons vu, exprime à la fois le tout et le rien ? Sans doute d’un traumatisme. Celui de la guerre bien sûr. Il a d’ailleurs déclaré que sa découverte d’une écriture nouvelle lui était apparue en 1946 lors d’un séjour chez sa mère (voir ci-dessous). Comme si les violences de la guerre et de la résistance mêlées aux crimes de la déportation n’avaient pas pu être exprimés avant la paix. Il n’explique cependant pas ce déclenchement étrange de cette ma-nière, parlant d’une découverte intérieure. Mais, sans doute, cette souffrance de l’intériorité n’a pu que se nourrir du traumatisme de la guerre, agissant comme un amplificateur d’une douleur de l’être, toute aussi forte, peut-être, que celle du poids de l’Histoire.

(NB:La révélation de l’été 1946
Alors que la guerre vient de s’achever, l’auteur retourne passer l’été en Irlande, où il ne s’est pas rendu depuis l’avant-guerre. Les rapports qu’il entretient avec May, sa mère, atteinte de la maladie de Parkinson, se décrispent, alors qu'elles étaient jusque là particulièrment tendues. C’est au cours de cette visite, alors qu’il se trouve seul dans la chambre de sa mère que Beckett à sa « révélation », qu’il associe à une mise en évidence de ces limites. Il comprend ce qu’il nomme la « conscience de [sa] folie », son impuissance et son ignorance. C’est à ce moment que l’obscurité qui est en lui doit être utilisé pour faire rejaillir son meilleur, et que, dans ce but, il lui faut reconstruire et ré-inventer un langage. Il passera d’ailleurs à la suite de cette expérience de l’anglais au français pour écrire, signe d’un besoin de renouveau linguistique.)
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Vieux 29/08/2008, 16h04   #50
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Re : Théâtre de l'absurde

Merci pour tous ces articles Casimir! On est bien d'accord que c'est toi qui les as écrit?
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Vieux 31/08/2008, 12h01   #51
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Re : Théâtre de l'absurde

Euh de rien... et oui ^^ hormis celui consacré au théâtre de l'absurde qui a été écrit avec une amie (que je remercie :p)
En passant, je pensais utiliser quelques-uns de ces articles pour mon dossier de théâtre fac. (que je passe en candidat libre étant donné que je fais déjà la spé) ça peut aller ou ils attendent plutôt un dossier sur la pratique du théâtre?
Casimir est déconnecté   Réponse avec citation
Vieux 02/09/2008, 00h34   #52
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Re : Théâtre de l'absurde

Oui de mon point de vue ça peut aller, car la partie théorique est assez importante, mais pense bien à lier tes écrits avec ta pratique personnelle du théâtre!
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