A Marseille, Le Merlan rouvre ses portes
|
|
Logée dans un bunker bétonné des années 1970 construit autour d'une grande surface commerciale, d'une bibliothèque municipale et agrémenté d'un commissariat de police, la scène nationale Le Merlan, du nom du quartier du nord de Marseille où elle est installée, a rouvert ses portes, fermées, depuis avril 2005, pour travaux. Ces derniers avaient obligé Le Merlan à une itinérance prolongée. Ce retour au bercail a donné lieu, dans sa salle rénovée de 400 places, à des spectacles très divers suivis par des spectateurs attentifs.[coverattach=1]
Le Merlan, dirigé par Nathalie Marteau, est installé dans une ville plus réputée pour l'affluence vers son stade que pour l'assiduité de ses spectateurs. Il y en a pourtant eu 430 000 la saison dernière dans les quarante théâtres de la cité. Les poids lourds que sont le Théâtre national de la Criée - 6 500 abonnés - ou le Gymnase - 17 000 abonnements jumelés avec ceux du Théâtre du Jeu de paume à Aix - en ont attiré l'essentiel. Bien rempli aussi, le Toursky est fidèle à son territoire frontière au pied des quartiers nord et à une programmation d'un éclectisme déconcertant.
Ces salles, qui présentent ce qu'on pourrait appeler le "classique contemporain", sont aussi capables de capter un public traditionnel, et souvent âgé, pour des expériences un peu plus risquées. Mais elles côtoient des unités plus vagabondes qui font beaucoup pour la réputation de la ville. La Belle de Mai est le plus connu de ces nouveaux territoires de l'art. Le Comptoir de la Victorine a beaucoup fait parler de ses chorégraphes. Et la Gare franche, le plus récent de ces endroits baroques, est installée dans les hauts des quartiers nord. Elle produit les pièces de théâtre de son imprévisible directeur, Wladislaw Znorko (Le Monde du 28 mai). Ces institutions vivent ces dernières années, comme toutes les grandes scènes régionales, "sous le signe de l'austérité". D'autant que des travaux aussi importants que ceux du Merlan ont dû, et doivent, être effectués à la Criée comme à l'Opéra municipal, aux équipements obsolètes.
Observateur attentif de la place, Bertrand Collette, chargé de mission pour Marseille Provence 2013-capitale européenne de la culture, décrit pourtant "une véritable effervescence" due, pour une bonne part, à la présence ancienne et très visible des Arts de la rue. Justement, la première pierre de la Cité des Arts de la rue, qui doit abriter des troupes, les apprentis de la Formation avancée et itinérante des arts de la rue et, plus tard, le centre national Lieux publics, a été posée le 24 novembre dans les grands espaces en friche d'une ancienne savonnerie.
Michel Samson
Article paru dans l'édition du Monde le 26.12.07.
__________________
Et la mort est pour nous la dernière créance.
|