J'en ai parlé sur mon forum vide, je vous fais un copier collé ici, ça risque d'être plus intéressant... Je vous envoie des critiques plus inédites dès que j'ai un peu de temps.
Il s'agit de la dernière création des Deschamps-Makeïeff, (oui oui, les Deschiens)
La Méchante Vie
Du 30 novembre au 30 décembre 2006
Au Théâtre National de Chaillot.
D'après un texte d'Henri Monnier, Scènes poupulaires.
20h30 / dimanche 15h / relâche lundi ainsi que le dimanche 24 décembre
durée 1h30
"Brûlée au fer rouge par les petites rancunes et la grande injustice, noyée dans son petit ménage, elle a pris les armes.
Une bataille épouvantable, et puis « comment allez-vous, ma chère, ma voisine, ma sœur, mon ennemie… »
La méchanceté ordinaire. Les acrobaties de la vie.
Et attention, tu vas t’en prendre une.
L’Amour, mon bel amour, l’Amour déçu.
Chanter l’Amour souvent, et puis pleurer…
L’état d’errance, la perdition, et puis les fuites, les abandons, les lâchetés, les haines injustifiables, les coups, les remèdes, les défaillances et les chagrins.
Son chien dans une vitrine et les aboiements, les souvenirs…
et des congélateurs partout, si on peut.
Une bataille de plus.
Pour dire que ça fait mal, mais qu’on essaie de faire avec les petites choses, et des choses petites, une fête de rien du tout.
La misère, le silence et le vacarme, le ménage et la vie pratique, le côtoiement des épluchures et des petits bourgeois.
La mesquinerie partout, et même chez soi, si on ne fait pas très attention.
Œil pour œil et coup pour coup, on n’est pas moins gentil que les autres.
Encore heureux que la Musique et les acrobaties du Théâtre,
passent par là, comme un coin de ciel qui nous porte."
Jérôme Deschamps
J'ai eu la chance d'assister à la répétition générale avec mes condisciples zétudiants donc je peux un peu vous en parler...
Je crois que pour ce genre de spectacle, on peut difficilement avoir un avis partagé: soit on adore, soit on déteste.
Je vous donne le mien, à prendre avec des pincettes, donc:
Disons que... j'ai failli être déçue.
J'attendais tellement de ce spectacle, étant le premier des Deschamps que j'avais la chance de voir.
Je m'attendais à assister à des utilisations fabuleusement poètiques et singulières de l'objet pauvre sur scène.
Et...
Presque rien, en réalité.
Les objets sont bien là. Mais les acteurs ne jouent quasiment pas avec eux. Ils sont juste là. A côté d'eux des acteurs qui en font des tonnes. On dirait presque qu'ils ignorent toute subtilité.
En fait, ce n'est pas tout à fait ça.
La subtilité est ailleurs.
Dans la Méchante Vie, les objets attendent d'être utilisés. Et toute la subtilité, la tension théâtrale repose sur cette attente.
Il y a cette montagne de bassines en équilibre instable à côté de laquelle passent les acteurs, qui semble jouer avec notre frustration de ne pas la voir tomber...
Et cette petite boîte qu'apporte Madame Desjardins, cette petite boîte fleurie, qu'elle garde comme un
précieux trésor, qu'elle positionne sur un tabouret, pour la changer de place, sans jamais l'ouvrir...
Elle aussi nous l'attendons. Nous attendons de savoir ce qu'elle contient. Nous attendons de voir les bassines s'écrouler. Avec avidité.
Et l'écharpe blanche tricotée qui sort de la boîte, elle nous apparaît alors si extraordinaire. Pourtant, c'est juste un peu de laine.
Et le boucan des bassines métalliques s'écrasant sur le sol devient jouissif.
L'attente sublime l'objet.
Sans parler de ces petits intermèdes musicaux.
Une bombarde. Une voix fragile. Des verres remplies d'eau. Un accordéon.
On y oublie de compter le temps qui passe.
La dérision de la scène devient affreusement déchirante.
On ne saurait même pleurer.
Mais ya quelque chose de l'ordre du bouleversement.
De celui qui rend muet en sortant de la salle...