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Vieux 30/10/2006, 12h40   #1
Amandine
Spect'acteur
 
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Forêts de Wajdi Mouawad

Difficile de trouver les mots après une expérience pareille...
L'histoire est difficle à résumer : une jeune ado tout en noire, Loup, dont la mère est décédée d'une étrange tumeur et sur qui pèse tout le poids de plusieurs générations de femmes qui ont toutes un secret à dévoiler... L'enquête que mène cette jeune adolescente à l'aide d'un paleonthologue un peu fou pour remonter le temps, connaître l'histoire de chacune et comprendre sa propre place dans le monde et la significaton de son chagrin identitaire...

C'est un spectale d'une force incroyable, très touchant et marquant. Beaucoup d'émotions pendant ces quatre heures auxquelles on reste complétement accroché.. (j'ai bien pleuré pendant la moitié du temps, avec l'impression d'être transportée et un peu manipulée comme sur des montagnes russes! ). Un spectacle extrêmement bien monté : une écriture très poétique, d'excellents comédiens, une précision de la mise en scène et un rythme impeccables, une scénographie simple et ingénieuse, des scènes à la fois très nues et pourtant très esthétiques, qui font voyager d'un univers à l'autre, à travers les générations...
Pourquoi ce spectacle est-il si touchant ? C'est tout ce travail, ce ressassement sur les générations, la filiation, la recherche de l'identité, la quête du secret originel, qui nous touchent. Briser les noeuds, remonter le temps, donner la vie ou la faire perdre, pénétrer les tabous, les non dits, percer les mystères qui donnent un sens à notre vie, qui nous aident à trouver notre "place dans le monde".... telles sont toutes les Forêts que Wajdi Mouawad nous fait pénétrer à travers des tableaux et des scènes d'une très grande intensité.
Puisant aussi bien dans un réalisme très moderne (une ado en noir et en colère qui crie en quebecois et répond à son portable, des opérations chirurgicales, une fête entre amis dans les années 80...) que dans les légendes et fables les plus myhtologiques (la faute originelle qui maudit toute une lignée, de l'inceste à la maladie, des femmes isolées du monde cherchant à se délivrer d'un monstre, des familles qui se dévorent et se recherchent....) le spectacle, à travers le labyrinthe des fils qui relient les personnages, nous ébranle en touchant au plus profond de notre inconscient, de nos souvenirs, de nos doutes, de nos peurs...
Construit pourtant comme une enigme à résoudre, il reste très narratif et nous donne l'envie insurmontable de tout découvrir, d'en savoir plus, de tout comprendre, quitte à être choqué, ému, ou déçu...Comme un saut dans le vide qu'on accepterait de faire...
Le théâtre a donc encore bien cette force de pouvoir nous ébranler à ce point, même si l'on sait que ce n'est "que du théâtre". La fable, le mythos garde donc toujours une portée humaine très forte, que le théâtre permet de présenter, de représenter sans cesse, par la poésie qu'il nous propose...

J'ai vu le spectacle hier, et il ne cesse de me hanter encore aujourd'hui.
Je ne pense pas être la seule, si j'en juge à la "standing ovation" de 10 minutes qui a suivi la représentation (même à Cannes j'en n'ai pas vu de pareilles!)...Allez-y vite si vous ne l'avez pas encore vu, c'est une sacrée expérience !

Jusqu'au 05 novembe au Théâtre 71 à Malakoff, puis en tournée ensuite (?)

Dernière modification par Amandine ; 07/12/2006 à 15h23.
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