Discussion: Le journal Cannibales
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Vieux 30/07/2006, 03h16   #60 (permalink)
Pidji
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Envoyé par VIOLAINE
L'ouverture est là, parler du monde hic et nunc à travers une lunette intime, et quel auteur, quelle démarche d'auteur n'a jamais fonctionné dans ce sens. C'est par cette forme tant critiquée, parce qu'impudique, qui sait, que l'on va chercher l'autre. Je ne pourrai jamais me prononcer pour l'auteur en question, mais je ne pense pas que l'écriture et toute démarche artistique parte d'un bon sentiment qui serait celui de la générosité, du don. On fait avant tout pour soi, la nature humaine est ainsi faite, puis après on donne. Il n'existe pas de sacrifice de l'artiste et de son feu sacré pour le monde, il y a d'abord le monde, puis des individus qui sont dans la tentative d'une expression pour comprendre le monde et l'interpréter. Je ne crois pas à la générosité de l'artiste mais assurément à sa sincérité.
Effectivement pour l'auteur, la production elle-même part de quelque chose de personnel, d'égocentrique sûrement, puisque la tentative d'interpréter le monde ne se fait qu'à partir du jugement et du ressenti qu'il a, vu de sa petite personne; à cet endroit effectivement, il vaut mieux que les bons sentiments, et même la question du spectateur, soient absents. Nous sommes d'accord sur ce point.

MAIS...
- il ne faut pas confondre l'égocentrisme éventuel de l'acte (qui peut tout aussi bien s'appliquer aux acteurs, metteurs, etc.) et la finalité de l'acte, en l'occurence le texte et sa mise en scène. Au final, il faut bien que l'oeuvre porte une altérité potentielle, c'est-à-dire une possibilité de rencontrer l'autre. Encore une fois, je ne juge pas Ronan sur le résultat final, puisque je ne l'ai pas encore vu.
- Tu ne crois pas au sacrifice de l'artiste : ça tombe bien, moi non plus ! Mais justementil cette façon irritante qu'à Ronan d'auto-mettre en exergue, à travers l'acte de ce journal, le geste de l'artiste plus que le fond de ce qu'il a à dire tend implicitement à le mettre dans une posture de héros post-moderne, à la fois terriblement lucide, désabusé, ... Bref quelqu'un qui souffre au quotidien (il a connu le chômage, la misère, waow!), qui le montre mais qui assume tout le poids de sa démarche avec courage; et ça a l'air de marcher, vu le nombre de gens sur ce forum qui semblent fasciné.

Or, et je m'inclus dans le lot, LES ARTISTES NE SONT PAS DES HEROS. Ils n'ont aucun mérite spécifique par rapport au commun des mortels; il y a proportionnellement la même quantité de gens biens, de bâtards carriéristes, de lâches, ... Il suffit d'avoir connu le ballet des directeurs de troupes dans les DRAC et au ministère pour comprendre le hiatus existant trop souvent entre les actes et les discours des artistes. Malheureusement, nous sommes souvent si minablement dépendants de décideurs ignares et imbus... Mais je m'égare. Ce que je voulais dire, c'est que le vrai héros, c'est quelqu'un qui prend des risques vitaux, et pour le bien d'autrui, pas juste pour sa pomme : c'est la différence que je fais entre un résistant et un mec qui escalade les buildings à mains nues. Le second, en dépit de son courage, n'est pas un héros.

D'ailleurs, mon expérience personnelle des risques liés à la création (travail jusqu'à épuisement, flirt avec la faillite pour tourner une pièce, etc.) ne m'a jamais donné le sentiment que j'étais héroïque. Déjà parce que j'ai toujours mesuré le caractère dérisoire du rapport entre les efforts de l'artiste et la portée de son geste. Mais aussi et surtout parce que le "vrai" monde, celui qui persiste à exister autour du théâtre, n'en déplaise à Olivier Py, est d'une autre intensité, avec des vraies conséquences, de vrais drames à côté desquels nos petites douleurs d'artistes sont ridicules.

D'ailleurs, je crois qu'il y a trop de sujets de la vraie vie qui m'obsèdent en ce moment (Liban, communautarismes, ...) : je vais donc arrêter de me mêler de ce journal dont, finalement, je parle beaucoup trop par rapport à l'intérêt que j'y trouve. On se retrouvera sur des sujets plus graves...

Pidji

PS: désolé d'être toujours le rabat-joie de service, mais j'ai vraiment du mal avec tout ce qui relève de la sacralisation du métier et de l'auto-célébration des artistes.
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