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Envoyé par braxel
Je ne pense pas que vous suiviez bien le cheminement de Ronan avec son "journal".Faisant partie de "Cannibales", et ben ,moi, du coup j'y vois plus clair sur pas mal de zones d'ombres du texte.
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Mais ça, je n'en doute pas une seconde, mon cher Braxel. Ce genre d'interpénétrations entre ce qui est le travail théâtral proprement dit et ce qui l'entoure est monnaie courante dans les projets de qualité. Le problème, c'est que ces choses-là font partie d'une certaine intimité qui appartient à la troupe. Le rendre public a quelque chose de prétentieux, occasionnellement obscène. Certes, tu pourras me rétorquer que Ronan travaille aussi sur l'obscénité etc. Mais ce côté "Ronan récupère tout, abolit les frontières, tout est dans tout et réciproquement" me parait un rien suspect.
Ca n'engage que moi, petit metteur en scène et auteur (pas publié dans la même maison que Lagarce

), mais il me semble que le travail théâtral, même quand il prend pour thème la société moderne, doit se faire avec une forme d'ascèse. Si je prends l'exemple de Cyril Teste, qui a travaillé sur plusieurs textes de Patrick Bouvet (écrivain-plasticien, entre autres récupérateur du langage politico médiatique), le mode de travail, pour ce que j'en connais, n'a pas consisté en une récupération tous azimuts des bruits du monde. Et pourtant, le résultat est d'une violence et d'une pertinence rare. Mais ça, à la limite, c'est une question de méthode et de personnalité.
En revanche, je n'en démords pas, une pièce de théâtre, aussi personnelle soit-elle, doit révéler, quelle qu'en soit la forme, un désir d'altérité; et cette altérité ne peut se limiter au simple fait que la pièce soit jouée; ce désir de s'oublier en tant qu'individu doit s'imposer à tous, auteur, acteurs, metteur en scène, ... et doit exister à toutes les étapes de création de la pièce; sinon, c'est destination nombril, devant un public de voyeurs au pire perplexes, au mieux complaisants, en tout cas impuissants.
Ronan, pour le peu que j'en ai lu, semble avoir besoin d'un retour sur image de sa vie exposée. Je ne sais comment il mixe le geste du journal avec sa création; en tous les cas, les deux ont l'air profondément liés, et c'est bien ce qui m'inquiète ! Mais si ses textes sont comme son journal, je me pose une question : où va-t-on trouver, dans le spectacle, le visage de "l'autre", celui qui n'est pas lui et qui est à la fois sujet et destinataire de l'oeuvre ?
C'est une question en suspens, jusqu'à vision du spectacle...