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Vieux 21/08/2008, 16h10   #49
Casimir
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Re : Théâtre de l'absurde

Traumatisme et langage chez Samuel Beckett

Le choix de l’écriture théâtrale est révélateur d’un rapport complexe au langage. Nombreuses y sont les didascalies indiquant « Silence » ou « Un temps ». Nombreux également les monologues étranges, drôles ou tragicomiques, telles les longues tirades de Winnie dans Oh les beaux jours ou le très célèbre monologue de Lucky dans En attendant Godot. Les mots n’y ont pas de sens et n’ont finalité qu’eux-mêmes. Et surgit alors l’impression d’une tentative permanente, d’un échec constant, à exprimer l’indicible. D’autant que l’on assiste à une incertitude constante de ce qu’il dit, notamment dans la première partie de Molloy constituée d’un seul très long paragra-phe, où l’auteur ne cesse de multiplier les « je crois » et les « il me semble » dans un langage comme parlé, une verve incontrôlée et lancinante qui revient et tourne, tourbillonnante de vide, enivrante d’un sens aussi profond que mystérieux.
Souvent, quand il n’y a (plus) rien à dire, Samuel Beckett se réfugie dans le silence. « Acte » marquant en ce sens que ses Actes sans paroles, où rien n’est dit mais où tout a lieu : espoir, vie et mort. Ces non-dits marquent le fatalisme d’un homme qui sait que la parole n’a plus de sens et que ce qu’il faudrait dire est impossible à exprimer.
D’où vient ce paradoxe du langage beckettien, qui, nous l’avons vu, exprime à la fois le tout et le rien ? Sans doute d’un traumatisme. Celui de la guerre bien sûr. Il a d’ailleurs déclaré que sa découverte d’une écriture nouvelle lui était apparue en 1946 lors d’un séjour chez sa mère (voir ci-dessous). Comme si les violences de la guerre et de la résistance mêlées aux crimes de la déportation n’avaient pas pu être exprimés avant la paix. Il n’explique cependant pas ce déclenchement étrange de cette ma-nière, parlant d’une découverte intérieure. Mais, sans doute, cette souffrance de l’intériorité n’a pu que se nourrir du traumatisme de la guerre, agissant comme un amplificateur d’une douleur de l’être, toute aussi forte, peut-être, que celle du poids de l’Histoire.

(NB:La révélation de l’été 1946
Alors que la guerre vient de s’achever, l’auteur retourne passer l’été en Irlande, où il ne s’est pas rendu depuis l’avant-guerre. Les rapports qu’il entretient avec May, sa mère, atteinte de la maladie de Parkinson, se décrispent, alors qu'elles étaient jusque là particulièrment tendues. C’est au cours de cette visite, alors qu’il se trouve seul dans la chambre de sa mère que Beckett à sa « révélation », qu’il associe à une mise en évidence de ces limites. Il comprend ce qu’il nomme la « conscience de [sa] folie », son impuissance et son ignorance. C’est à ce moment que l’obscurité qui est en lui doit être utilisé pour faire rejaillir son meilleur, et que, dans ce but, il lui faut reconstruire et ré-inventer un langage. Il passera d’ailleurs à la suite de cette expérience de l’anglais au français pour écrire, signe d’un besoin de renouveau linguistique.)
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