Re : Théâtre de l'absurde
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Un théâtre absurde ?
Théâtre de l’absurde, c’est ainsi que l’écrivain et critique Martin Esslin désigne en 1961 une direction théâtrale importante du XXème siècle. En analysant le répertoire de l’avant guerre dramatique jusqu’à son époque, Martin Esslin montre que ces pièces de théâtre sont moins farfelues et moins fantasques qu’elles n’y paraissent au premier abord et qu’elles possèdent une logique et une cohérence qui leur est propre, s’attachant à (re)créer des mythes, c’est-à-dire dit une réalité plus intérieure, plus psychologique, que physique. Les désirs de l’Homme dans le monde sont déçus, les questionnements restent sans réponse. Un monde qui, au sens existentialiste du terme, devient alors « absurde ».
Mais l’expression « théâtre de l’absurde » est rejetée par Ionesco, Beckett et Adamov qui se refusent à tout lien avec le dogme existentialiste. Car pour eux, ce n’est pas l’absurdité qui est représentée, mais bien tout l’inverse de l’absurdité, la réalité, ou du moins la vision qu’ils en ont, celle d’une absence de sens.
Ionesco, Adamov et Beckett sont les principaux représentants de ce mouvement, réinventant le langage et la tragédie. Leurs œuvres ont bouleversé les conventions du genre. La philosophie beckettienne et ionescienne réduisent en effet les personnages à la fonction de pantins désarticulés, incapable de communiquer, comme dans La cantatrice chauve. Le langage, lui-même « absurde », ôte toute cohérence à l’intrigue et toute logique aux propos tenus sur scène.
L’existence se dénue de signification, laissant place à la déraison du monde dans laquelle l’humanité, l’humain, se perd.
Les années 1950 ont, en outre, à travers Ionesco, Beckett ou encore Adamov, vu ressusciter la tragédie. La violence s’immisce partout, dans les rapports entre les personnages, comme dans La leçon, dans le langage, mais aussi dans le rapport au monde, teinté d’amertume et de fatalité.
« Je n’ai jamais été d’accord avec cette notion de théâtre de l’absurde. Car là, il y a jugement de va-leur. On ne peut même pas parler du vrai. C’est ce qui fait partie de la détresse. Paradoxalement, c’est par la forme que l’artiste peut trouver une sorte d’is-sue. En donnant forme à l’informe. Ce n’est peut-être qu’à ce niveau qu’il y aurait une affirmation sous-jacente. » Samuel Beckett
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