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Quel théâtre pour quelle Europe ? Le Monde 16/04/08
L'Europe dessinait un grand écart, dimanche 13 avril, au Théâtre Vassiliko de Thessalonique, lors de la remise du 12e prix Europe pour le théâtre. D'un côté, il y avait Patrice Chéreau, à qui le Grand Prix était attribué, de l'autre, le "Théâtre libre" de Minsk, en Biélorussie, lauréat d'une mention spéciale pour son action face à l'oppression du régime du président Alexandre Loukachenko.
Dans cette configuration, Patrice Chéreau représentait l'Europe dont a parlé Jack Lang, celle voulue par l'Italien Giorgio Strehler ou la Grecque Melina Mercouri, dans l'élan des années 1980, porté par l'idéal de construction, politique et artistique, d'une Europe sans frontière. Celle, aussi, que représente le trajet de Patrice Chéreau, pour qui l'engagement jamais démenti en faveur de l'Europe repose sur une conviction indéfectible : "L'Europe est le rempart contre la guerre."
Chez les Biélorusses, la guerre se joue à l'intérieur du pays. C'est celle de la démocratie. Pour le faire savoir, tous les membres de la troupe "Théâtre libre" sont venus, avec leurs enfants, sur la scène, où ils ont demandé à deux hommes politiques de les rejoindre : Jack Lang et Alexandre Milinkevitch, figure de l'opposition biélorusse. Ensemble, ils ont déployé un drapeau de l'Union européenne, au milieu duquel un nom avait été rajouté : Biélorussie. "Vous venez d'Europe, a déclaré Natalia Kaliada - cofondatrice avec Nikolai Khalezin du Théâtre libre -, nous venons d'une zone de silence. Pour nous, la nouvelle réalité théâtrale européenne existera quand la Biélorussie sera démocratique, et membre de l'Union européenne."
En parlant de "zone de silence", Natalia Kaliada reprenait le titre du dernier spectacle du TLB, dont la première a eu lieu à Thessalonique. Ce spectacle, qui sera présenté en juin en France, au Théâtre-Studio d'Alfortville, dessine un portrait de la Biélorussie muselée par le régime de Loukachenko, élu démocratiquement en 1994, et devenu depuis "le dernier dictateur d'Europe", qui a mis son pays au ban de la communauté internationale.
"On me demande souvent : comment vous aider ?, dit Alexandre Milinkevitch, candidat d'opposition malheureux à la présidentielle de mars 2006. Je vous dis : aidez notre culture non conformiste. Aidez les gens qui veulent que la Biélorussie soit en Europe. Soyons ensemble."
Ensemble, ce n'est pas toujours facile. Certes, en Europe, les spectacles circulent, les metteurs en scène aussi. En témoignent les lauréats du Prix des nouvelles réalités théâtrales, attribué au Polonais Krzysztof Warlikowki (dont on verra au Théâtre du Rond-Point, à Paris, en mai, la mise en scène de Angels in America) et au collectif germano-suisse Rimini Protokoll, dont un des membres, Stefan Kaegi, prépare pour le Festival d'Avignon Airports Kids, un spectacle sur les enfants déplacés.
Mais la question qui agitait les esprits des directeurs de théâtres et de festivals, à Thessalonique, portait sur la création. Comment la maintenir pour qu'elle réponde aujourd'hui à une Europe en quête d'un second souffle ?
Brigitte Salino
Article paru dans l'édition du 17.04.08.
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*** Le théâtre est la passion de la pensée dans l'espace. [Valère Novarina] ***
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