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Vieux 08/03/2008, 17h45   #43
Casimir
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Re : Théâtre de l'absurde

Un article sur Godot que j'ai écrit dans le cadre d'un dossier sur Beckett... peut-être pourra-t-il apporter quelques informations...

En attendant Godot, une œuvre majeure

Pour longtemps encore, le nom de l’auteur irlandais restera associé à ceux d’Estragon et de Vladimir, ces parias espérant l’impossible, attendant Godot.
Godot n’est bien sûr pas sans rappeler Dieu, le God anglais. Un « Dieu » qui ne vient pas à l’aide des Hommes mais n’est pour eux qu’un espoir toujours déçu mais jamais enterré. Un Dieu dont la réalité est aussi floue que la mémoire embuée des personnages.
ESTRAGON -Il s’appelle Godot ?
VLADIMIR -Je crois.
La seule certitude est qu’il faut sans cesse l’attendre, puis sans cesse revenir le lendemain. L’espoir est la seule chose qui reste dans le cœur des personnages : il s’agit d’attendre ou de mourir, ce qui mène au même point, le néant.
VLADIMIR -Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
ESTRAGON -On attend.
VLADIMIR -Oui, mais en attendant ?
ESTRAGON -Si on se pendait ?
C’est un rapport étrange au sacré qui se dessine, seul remède et seule désillusion.
Mais En attendant Godot n’est pas que religieux, il est avant tout la mise en place d’un être face au vide, à la fatalité et à l’espoir. Ce jeu de l’espoir est vain mais il est nécessaire d’y croire totalement pour continuer… L’attente est la conséquence de l’espoir, qui, à force de s’user, semble être la conséquence de l’attente, les liens de causalité se brouillant dans la perte du sens. Car l’attente n’a pas pu être vaine, elle se doit de continuer (pour toujours ?) pour trouver sens.
Ainsi, c’est l’angoisse et l’ennui qui oppressent, imposés par une force surpassant implacablement les deux personnages, esseulés, désabusés. Comme une tragédie aussi moderne qu’intemporelle, la pièce nous raconte l’être aux prises avec le monde, le néant, la violence des rapports de domination (la relation Pozzo-Lucky en est à ce titre un bon exemple), l’être aux prises avec sa spiritualité et son manque de sens.
Et puis, les thèmes de la mémoire, du souvenir, de l’inconstance du temps, reviennent, lancinants. Ce qui s’est passé la veille n’a plus de sens, n’est plus rien pour Estragon, un vague souvenir à peine chez Vladimir. Le passé est instable et incertain par son manque de clarté quand le futur l’est par la futilité de l’espoir.
Les deux actes, de plus, se répètent, suivant mécaniquement le même schéma. Le temps et la mémoire s’engluant. L’impression ressort d’une attente qui fut de tous temps et sera à jamais. Cette répétition fait en outre écho à celle, fatale, des crimes de l’Homme et de l’Histoire. Le fait qu’il y ait deux actes, spectres possibles des deux guerres mondiales, n’est, en ce sens, peut-être pas anodin.
La forme, enfin, est proprement inédite, par l’absence de ce qui, jusqu’alors, faisait pour beaucoup théâtre : l’unité. Beckett se joue des codes, s’affranchit des attentes, surprenant en proposant le tableau d’un « rien ». Une pièce où il ne se passe rien, et deux fois de suite qui plus est, et qui ne manquera pas de créer polémiques et vives disputes entre les spectateurs (voir interview de Roger Blin). Il ose écrire, pour la première fois, une pièce qui se libère de l’anecdote. Il n’y a pas d’intrigue mais un état de fait, une vision, qui se trouve comme étalé sur scène, sans évolution, durant deux heures.
En attendant Godot restera comme l’une des pièces majeures de l’après-guerre, par sa modernité et la force de ses thèmes. On parle d’ailleurs parfois de « bataille de Godot » tout comme de la « bataille d’Hernani ». Ainsi, cette œuvre restera dans les esprits comme un tournant incontestable de l’histoire du théâtre.

Dernière modification par Casimir ; 21/08/2008 à 16h01.
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