|
Abonné
Date d'inscription: février 2007
Messages: 83
|
Re : [AFP] Agression de Bartabas contre la DRAC
|
|
voila un petit texte de M. Onfray (philosophe) qui fait du bien.
Bartabas a donc vandalisé le bureau du directeur de
> la direction régionale
> de l'action culturelle d'Ile-de-France. Il aurait
> jeté des chaises au
> visage des fonctionnaires de la culture, arraché des
> radiateurs, vandalisé
> une photocopieuse, pété une armoire !
> La chose n'est pas dite, mais n'aurait-il pas violé,
> torturé, pillé,
> massacré un peu, juste un peu, lors de son
> expédition punitive ?
> Cette saine colère me réjouit - et me fait rire.
> J'applaudis des deux mains que cet artiste
> planétaire dise tout haut ce
> que nombre d'acteurs de la culture pensent tout bas
> : marre du bénévolat,
> du travail sans reconnaissance, de l'absence de
> financement public, voire,
> dans le cas de Bartabas, d'une réduction drastique
> de son budget, qui
> équivaut à une pure et simple mise à mort de son
> activité - en
> l'occurrence l'Académie équestre de Versailles, où
> l'écuyer majuscule
> donne sans compter un temps précieux pour former des
> cavaliers, poursuivre
> la grande tradition équestre française, puis
> inventer une nouvelle formule
> esthétique qui mêle équitation, danse, chant,
> escrime et arts plastiques,
> et porter haut la culture de notre pays partout sur
> la planète.
> A l'heure où le président de la République, dont on
> connaît l'addiction
> culturelle (Barbelivien et Johnny Hallyday, Bigard
> et les Visiteurs,
> Disneyland récemment…), vocalise comme la Castafiore
> sur la «politique de
> civilisation» (une formule d'Edgar Morin), on
> attendrait que la culture
> française qui marche et dispose d'un renom
> international soit soutenue par
> l'affectation de l'impôt à un acteur planétaire de
> la vie culturelle
> française.
> Dès lors, on aimerait aussi que ce qui pourrait
> passer pour ressortissant
> de l'intelligence française, Alain Finkielkraut par
> exemple, ne se sente
> pas obligé, invité sur France Inter le 10 janvier
> chez Nicolas Demorand,
> de citer le geste de Bartabas parmi les
> illustrations du retour de la
> barbarie (son expression la «dé-civilisation» est,
> soit dit en passant,
> un… barbarisme) et des barbares dans notre époque !
> La colère légitime de Bartabas assimilée à un
> symptôme de barbarie ? Je
> rêve… Bartabas a eu raison de manifester sa colère,
> comme ont raison tous
> ceux qui, épuisés, fatigués, méprisés, négligés, ne
> se retiennent plus
> face à la morgue de la bureaucratie française, qui,
> jugulaire, jugulaire,
> ne connaît que des circulaires à appliquer, des
> procédures à respecter,
> des coupes budgétaires à infliger, des humiliations
> quotidiennes qui
> émasculent les acteurs de la vie culturelle
> française produisant
> bénévolement ce que l'Etat ne sait, ne peut ni ne
> veut plus faire, tout à
> son modèle incarné par le nouveau président de la
> République qui porte
> l'inculture en sautoir, méprise l'intelligence comme
> un viatique et
> manifeste son indifférence à la véritable culture
> française de la façon la
> plus cynique.
> Si barbare il y a, on ne le trouvera pas chez celui
> qui botte un
> radiateur, gifle une photocopieuse, fêle une
> armoire, fait danser les
> chaises ou valser les formulaires, mais chez un
> président de la République
> flanqué de l'inventeur du «lâcher de salopes» au
> Vatican, ou chez un
> philosophe qui n'y voit pas un signe autrement plus
> fort de barbarie,
> puisqu'il émane du sommet de l'Etat, mais s'acharne
> sur un bénévole
> désespéré. Désespéré que le ministère de la Culture
> ne lui donne pas ce
> qui lui permet, non pas de se payer, pour faire
> bombance, mais tout
> simplement de donner de l'avoine et du fourrage à
> ses chevaux pour
> travailler bénévolement et montrer qu'il y a une vie
> (culturelle) après
> Bigard…
Michel Onfray
|