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Vieux 04/01/2008, 17h21   #31
Maryon
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Re : Juste la fin du monde: l'éternelle famille

Ouh, je ne pensais pas que ça irait jusque là ! Bon alors, je me lance, voici quelques extraits de mon analyse :

<< L’année LAGARCE offre un hommage au jeune auteur, qui meurt à l’âge de 38 ans, et permet de mieux le connaître, lui, son écriture et son univers.
Ecrite à Berlin, grâce à une bourse d’écriture ( Prix Léonard de Vinci ), Juste la Fin du Monde est le premier des textes de Jean-Luc LAGARCE à être refusé par tous les comités de lecture. Son œuvre regroupe vingt-cinq pièces de théâtre ( Nous, les Héros, Vague Souvenir de l‘Année de la Peste, Lulu, J’étais dans ma maison et j‘attendais que la pluie vienne … ), trois récits ( L’Apprentissage, Le Bain, Le Voyage à la Haye ), un livret d’opéra ( Quichotte ), un scénario pour le cinéma ( Retour à l’Automne ), quelques articles de journaux et son journal retraçant sa vie sa vie de théâtre, composé de vingt-trois cahiers.

Cette pièce est une sorte de réécriture d’une œuvre qu’il avait écrite avant d’apprendre sa séropositivité, nommée Le Voyage Lointain, car leurs histoires sont en parallèle : Un homme revient un jour vers sa famille, dans le but d’annoncer sa mort prochaine après une longue absence. Dans Juste la Fin du Monde, cet homme s’appelle Louis, et n’y arrivera pas. Peut-être est-il déjà mort, et ce qui se passe sur scène est le regret dans la mémoire des membres de la famille, ou alors décide t-il de ne pas leur dire pour ne pas leur faire de la peine. Cependant, Louis n’est pas Jean-Luc LAGARCE, pas seulement, et François BERREUR l’a très bien saisi. « Depuis longtemps, alors qu’il était, en tout cas se croyait en parfaite santé, il répétait « je vais mourir l’année prochaine » ». Puis il y a eu une acceptation de sa maladie, et cela se lit dans ses pièces, car lorsqu’on se plonge dans l’univers LAGARCE, nous sommes dans du fatalisme, certes, mais non un fatalisme triste. De toute évidence, le cœur du propos n’est pas la mort prochaine de Louis, mais les mots, leurs sens, en général.

L’ordre chronologique n’existe pas, dans Juste la Fin du Monde, il y a sans arrêt des retours en arrière, des bonds dans le temps. Un manière de ne pas trancher, d’hésitation, comme ses nombreuses coupures, ses phrases en suspens, pour nous laisser imaginer une suite. C’est une pièce très difficile à lire, à interpréter, où les mots peuvent peser lourds, peuvent ne pas « sonner ». Or, les acteurs ( Danièle LEBRUN, Elizabeth MAZEV, Clotilde MOLLET, Hervé PIERRE ( de la Comédie Française ), et Bruno WOLKOWITCH ) sont époustouflants dans le « parler quotidien travaillé » de LAGARCE.

L’histoire pourrait se passer dans n’importe quelle famille, dans n’importe quelle réunion où les frères et sœurs se disputent, et la mère au milieu se réjouissant de leur présence, par peur des blancs. Le point original est le retour de ce fils, de ce frère ainé, du lettré, de celui qui est parti et qui ne donne de ses nouvelles que par cartes postales, avec un petit mot derrière (« lettres elliptiques » dira la sœur. ).

On peut aussi s’interroger sur le moment où Louis porte une couronne. « Louis » étant le nom du Roi Soleil, on peut lui assigner cette signification, comme l’enfant-roi, qui n’a pas souffert, qui « était plus aimé », comme le lui reprochera Antoine, dans sa tirade de fin. Le « couronnement » , le passage de la couronne de Louis à Antoine n’est pas anodin, Louis donne la responsabilité du frère aîné à Antoine, vu qu’il va mourir. C’est une image symbolique.

Le public est dans la confidence, Louis avoue qu’il ne veut plus tricher, qu’il a décidé de « cesser de jouer », mais il s’en va sans rien dire, car on ne lui laisse pas le temps de « dire » , on l‘accable de reproche, son absence, on ne lui demande pas pourquoi est-ce qu‘il est là. La seule question qu‘on lui posera est celle de sa mère : « Quel âge as-tu ? - Trente-quatre ans ». Il en fait dix de plus. Peut-être qu’il ment, encore. Mais malgré tout cela, malgré toute la colère des personnages, cette pièce parle d’amour, de la difficulté qu’il y a pour exprimer ses maux, de parler. D’ailleurs, lorsque les membres de la famille se déchargent sur Louis, il ne parle pas, ne répond pas, sourit juste, acquiesce parfois de la tête. Comme s’il était absent, comme s’il était déjà mort, comme s’il n’était déjà qu’un souvenir contre lequel on a des regrets à exprimer. Et quand les mots ne suffisent pas, il y a des actions, comme Suzanne qui empêche Louis de sortir de scène en lui bloquant le passage, et même s’il est une absence, cela peut représenter un souvenir qu’elle a, qu’elle ne veut pas laisser partir, oublier. Ou lors du monologue de Louis où il s’énerve, les chaises qui lancent représentent chacun des membres de la famille. Puis le fait qu’il soit debout sur la table peut avoir deux significations : ou il se laisse « dévorer »par les reproches ou alors qu’il est dominant de la situation, qu’il veut l’être. LAGARCE parle de « cri muet », de l’impossibilité de se libérer en criant une bonne fois pour toute, comme lorsque Louis est sur le viaduc « a mi-chemin entre la terre et le ciel ».

La mise en scène est organisée par François BERREUR, qui était le complice de l’auteur, faisant partie de sa compagnie de théâtre La Roulotte, et avec qui il a créé sa maison d’édition Les Solitaires Intempestifs, où la totalité des textes de Jean-Luc LAGARCE sont publiés.
Le dispositif scénique est fixe, il représente le pan principal de la maison familial ( «la « prison » de la sœur, dont elle ne peut/veut partir ) bancal (comme les relations dans la famille) . Au fur et à mesure que la pièce se déroule, on « rentre » dans la maison, c’est-à-dire qu’au début, on pense être en dehors de la maison, cependant, l’apparition de la toile de fond représentant un ciel nuageux nous permet de comprendre qu’on est à l’intérieur. Les lumières qui tournent au fur et à mesure donnent l’impression que les jours passent, comme si elles représentaient le soleil.

Contrairement aux autres personnages qui sont habillés de façon plutôt classiques mais plutôt colorés, Louis est habillé comme un acteur de music-hall, costard et nœud papillon noir ( qu‘il dénoue lorsqu‘il arrive à la maison familiale, et qu‘il renouera sur scène lors de son départ ). Il fait d’ailleurs une petite danse de début, lors de sa première entrée, avant le lever de rideau, en s’adressant aux spectateurs. On ne peut parler de théâtre épique seulement lors de son partage de ses pensées avec le public, car pour le reste de la pièce, lorsque ce sont les autres personnages qui parlent, il s’agit d’un théâtre naturaliste ( comédiens dos au public ) à part Antoine qui s’adresse très rapidement au public, « eux tous », en le montrant. Pour symboliser l’espace de la maison, tout le dispositif scénique est posé sur une petite estrade de cinq centimètres, et personne n’en sort, sauf Louis, lors de son départ. Le dispositif scénique recule, d’ailleurs comme pour marquer encore plus l’éloignement et le départ. L’arrivée et le départ de Louis est représenté par les costumes par le port de manteaux/ châle, qu’ils quittent tous pendant tout le reste de la pièce.


Un écrivain de talent mis en scène avec brio par son complice de scène, accompagnés de brillants comédiens et comédiennes, on ne peut pas trouver meilleur choix pour interpréter une pièce de ce genre. Même si elle traite juste de la fin d’un monde. La fin d’un rêve. >>

Voili voilou, du coup, je ne retrouvais plus mon analyse finale que j'ai rendu, alors j'ai recollé des bouts de brouillons que j'avais, mais l'analyse était un peu plus longue, et j'avais rajouté des photos de l'espace scénique, des comédiens et des moments de la représentation.
Désolée du gros bloc, et j'espère que vous apprécierez mes petites idées.
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