Bon, quelques instants de connexion pour poser les premiers mots de ce journal....
C'est donc mon premier fetival d'Avignon en tant que comédienne (active j'entends)... Une grande découverte en même temps qu'un grand plaisir...
Je fais partie dans ce festival de la compagnie du Théâtre de la Lune, une compagnie qui existe depuis plus de 20 ans, spécialisée dans le théâtre jeune public et plus particulièrement la marionnette. Hugo Lagomarsino, le metteur en scène, d'origine argentine, est en effet aussi plasticien...
Nous jouons donc cette année le spectacle
Uccellini, Pajaritos et Oisillons, qui a été créé en mars 2007 à Paris, au Théâtre de la Main d'Or, où nous l'avons déjà un peu rodé lors des 26 premières représentations.
C'est un spectacle avec comédiens, musiciens, marionnettes. Nous le jouons dans le off, tous les jours à 15h45 au Théâtre La Luna, sans relâche, du 6 au 28 juillet.
Voilà pour la présentation, qui permet de situer un peu. Nous sommes donc 10 à être descendus à Avignon : le metteur en scène et sa femme (Corinne, la comédienne principale du spectacle), leurs deux enfants, le comédien principal (Boris), le guitariste et compositeur du spectacle (Patrick), le percusisionniste (Vincent), notre chargée de com-attachée de presse-relation publique (Djamila), un autre comédien-marionettiste (Antoine) et moi-même (Amandine), comédienne et accordéoniste. Et puis s'ajoutent nos amis qui nous rendent visite et nous donnent des petits coups de main (tractage, photos, etc...).
J'essaierai que chacun vienne parler un peu dans ce journal, mais étant donné qu'on n'a pour l'instant qu'un seul ordinateur pour toute le compagnie, ça va peut-être s'avérer compliqué... On fera au mieux.
Nous logeons dans une grande maison sur trois étages, dans Avignon, près du théâtre. Nous sommes à deux par chambre environ, ce qui revient à une forme de grande colocation, d'autant plus que dans ce type de maison méridionale on entend tout ce qui se passe partout, de la rue au grenier.... Ca se passe bien pour l'instant. Chaque chambre dispose de sa salle de bain et de sa kitchinette, c'est plutôt confortable.
Le Théâtre dans lequel nous jouons, La Luna, est un beau théâtre. Comme dans tous les théâtres du off, nous avons un quart d'heure montre en main pour monter notre décor et un quart d'heure pour l'enlever. Nous sommes
bien organisés et ça se passe sans problème, même s'il n'y a pas une minute à perdre car notre décor, tout en bois, est assez consistant (et toutes les marionnettes qu'il nous faut installer). Nous disposons des loges une heure et demie environ avant le début du spectacle, ce qui est plutôt un luxe, ça laisse le temps de faire des échauffements, de peaufiner le maquillage.... Nous partageons bien sûr les loges avec toutes les autres compagnies qui jouent dans cette salle. Ca forme un mélange assez étonnant d'ambiances et d'univers qui se cotoient. C'est un des grand plaisirs du off je trouve...
Nous avons une assez bonne communication grâce au soutien de l'Adami, à la notoriété du théâtre dans le off, et au fait que nous sommes inscrits dans les programmes jeune public. Mais nous faisons toutefois nous-même l'affichage (collage d'affiches sur de grands cartons pour participer à la grande mosaïque colorée du off) et le tractage. Nous ne pensions pas faire de parade au départ mais étant donné le plaisir que nous avons pris à participer à la grande parade du premier jour (car nous sommes avant tout des comédiens finalement !), extrêmement festive et réjouissante, nous avons décidé d'en refaire chaque soir (ou presque), et on s'amuse beaucoup, même si nos pieds et nos dos en patissent.... On fait ainsi partie de la fête, du spectacle permanent : on joue de la musique, Boris séduit les passants dans son rôle et son costume de Chambella, Antoine porte le grand parasol garni des affiches violettes du spectacle pour abriter la reine... on se fait prendre en photos par les touristes, on voit nos têtes dans les journaux locaux...
Les représentations se passent bien aussi : le nombre de spectateurs augmente chaque jour : 14, puis 30, puis 54 depuis hier... Tant mieux, car c'est difficile de savoir où se situer dans cet océan de spectacles et de conceptions du théâtre.... on doute souvent aussi...
Les journées sont mine de rien bien remplies. Notre horaire de spectacle nous permet d'avoir une matinée tranquille puis parfois même de faire encore une sieste (comme de bons méridionaux) avant de nous rendre au Théâtre, mais le fait d'enchaîner le spectacle et la parade ou le tractage (jusque 20h environ tous les jours), nous fatigue bien et on dort ensuite d'un lourd sommeil...
Parfois le soir nous jouons, les trois musiciens, à des terrasses de café, les musiques du groupe Positive Gringo (le groupe de Patrick)... Ca nous permet de varier les plaisirs, même si ça prolonge la journée de boulot...
A porter l'accordéon aussi longtemps chaque jour, mon dos commence à se faire bien sentir, et une lanière s'est aujourd'hui cassée par l'usure...Patrick me l'a réparé d'un coup de ficelle en attendant de trouver mieux...
On m'a aussi proposé de jouer de l'accordéon pour une autre prestation encore, un accompagnement cabaret de deux comédiens que je croise quotidiennement à la Luna (c'est le spectacle qui nous précède).. Ca m'intéresse, mais j'avoue que j'ai peur de ne pas tenir le coup si j'accepte...
Le directeur de la Luna nous a prévenu dès le début lors de la grande réunion : c'est le marathon ! il faut "bien manger, bien boire, et bien dormir", car chaque année les gens tombent petit à petit de fatigue....
Les journées passent donc très vite tout en étant bien remplies... Il fait chaud, le soleil est bon et tape fort, mais le mistral assez présent lui aussi, et bien frais...
J'ai déjà tout oublié de Paris, alors que je suis là depuis à peine une semaine.. ici, c'est une autre vie, un autre rythme... Tout est théâtre, tout est fête... et en même temps on ne sait plus trop dans ce flot de couleurs ce qu'est le théâtre, l'objet Théâtre....Ici, "Théâtre" désigne un vaste ensemble, des rues pavées, des costumes, des salles, des mots, des pierres, des affiches, des visages.... On se perd à l'intérieur de ce concept flou sans plus trop en voir les limites... C'est plutôt enivrant finalement...
[BREAK=Numéro 2]
J'ai bien du mal à garder une régularité de ce journal entre les pannes de connexion dans la maison (où je passe finalement peu de temps) et le rythme effréné dans lequel j'ai réussi à me remettre ces temps-cii....
Le temps file et je ne parviens même plus à suivre le cours des choses....
Je pourrais dire qu'il y a des phases successives dans la manière de vivre le Festival : une première phase de "préparatifs" où on a l'impression de mettre en place une grande fête dont on attend les invités, suivie d'une phase d'enthousiasme les premiers jours où l'on donne toute son énergie, puis, nécessairement au bout de quelques jours, une phase de lassitude (la routine existe aussi dans le théâtre !) où il faut parvenir à garder une frâicheur dans le jeu et une énergie dans le quotidien... alors on essaie de remonter la pente, de retrouver la pêche, ça remonte parfois dans une grande énergie, parfois ça retombe en tensions ou en fatigue... Les jours autour du 14 juillets ont été durs en ce sens... Après, peut-être qu'on s'habitue...
Personnellement, j'ai très mal au dos (accordéon oblige, d'autant que je fais parfois des concerts le soir dans des bars avec le groupe Positive Gringo, et les parades sont particulièrement fatigantes), et suis assez crevée mais auss à cause d'un rythme assez intense que je me suis donnée (gens et spectacles à voir notamment, en plus des spectacles et parades chaque jour sans relâche). Mais je suis partie cette semaine dormir quelques jours à la campagne chez des amis et ça m'a fait du bien (sortir un peu des remparts !!!), j'ai l'impression de parvenir ainsi à retrouver enthousiasme et energie...De l'extérieur, je perçois une grande fatigue dans la maison, une drôle d'ambiance...
Pourtant on est quasiment complets tous les jours depuis le 14 juillet, ce qui est très positif...
J'essaierai d'en dire un peu plus ou de mettre des photos, si j'en trouve le temps....
[BREAK=Numéro 3]
Le festival est fini....!?... Il m'a filé entre les doigts... à peine eu le temps de poster trois témoignages... Il a pourtant filé à la manière d'un grand effort du type marathon où course d'endurance : l'ensemble passe vite, comme un gros bloc, mais on le sent bien passer, dans tout son corps et tous ses muscles, comme si ça n'allait jamais se terminer.... Ce genre d'effort qu'on a hâte de voir finir et qu'on aimerait pourtant revivre dès que possible...
J'ai vécu le Festival vraiment de l'intérieur, un peu dans ses veines, du moins dans certaines de ses veines....Comme comédienne d'une compagnie certes, mais aussi comme spectatrice en partie, et puis avec mon parcours à moi, qui passe par les toits du Palais des Papes, les dessous de scène de la Cour d'Honneur, et des merveilles de petits restau avignonnais qui permettent de sacrés rencontres ou retrouvailles d'amitié... Mais tout ça, c'est ma manière propre d'avoir vécu ce festival, avec mes émotions et mon parcours, et quand bien même j'aurais envie d'en parler parce qu'ils sont des souvenirs forts, je sors des chemins de ce que doit être le journal d'une compagnie...
Il va donc falloir que je retrouve un peu de recul pour arriver à en ressaisir l'essentiel.... Qu'est-ce qu'a été finalement la vie d'une compagnie en Avignon ?.. J'ai déjà dit quelques mots, mais je n'ai pas vraiment fait le tour du sujet....
Je vais laisser quelques jours de repos.... passer ce gros bloc intense au filtre de la mémoire et des souvenirs, pour voir ce qu'il en reste d'intéressant... choisir les photos les plus parlantes... laisser peut-être la parole aux autres si l'envie leur vient avec le temps....en espérant que des mots pertinents naîtront enfin de ce journal !....
....et que le journal d'une compagnie en Avignon laisse place aux Mémoires d'une compagnie en Avignon !
En attendant, puisqu'il s'agit après tout d'un topic partagé par tous, si vous avez des questions sur le sujet n'hésitez pas, je serai ravie d'y répondre et ça m'aidera sans doute à trouver une entrée.... Y a t-il quelque chose que vous aimeriez savoir sur la vie d'une compagnie en Avignon ?..
[BREAK=Numéro 4]
Quelques jours ensoleillés plus tard.... Ce mois de festival me laisse d'excellents souvenirs. J'en garde une impression de grande intensité, de folie quotidienne, d'effort à dépasser, mais aussi de richesse humaine. Des visages, des musiques, des pierres chaudes... Oui c'est crevant comme festival, mais c'est vraiment un grand moment, et c'est pour ce type de grands moments que j'aime vivre...
Quelques photos bientôt, dès que j'aurai un peu de temps pour organiser cela....
[BREAK=Numéro 5]
Voici comme promis quelques photos du quotidien de notre compagnie en Avignon...
Maquillage en loge avant le spectacle :
Montage express et quotidien du décor :
Quelques clichés du spectacle lui-même, une peu différents de ceux déjà vus dans ce forum :
[BREAK=Numéro 6]
Et puis Avignon, c'est aussi des moments de fête, surtout vers la fin du mois :
le "boeuf" de la Luna, auquel ont participé tous les musiciens des compagnies qui jouaient dans ce théâtre :

(on croirait un bal populaire des années 50...)

(à droite, c'est bien moi...)
Enfin, avez-vous déjà vu la cour d'honneur dans cet état ?

une petite grillade sur la scène ?...

...ou une petite danse en dessous-de la scène ?...

... à moins que vous ne préfériez une petite partie de Badminton ?.....
[BREAK=Numéro 7]
Bon ben c'est très beau d'écrire un "journal "sur une compagnie d'Avignon, de mettre de jolies photos et d'idéaliser un peu le tout pour faire rêver ceux qui aimeraient rentrer dans ce métier....
....mais la "vérité vraie" est beaucoup plus crue et matérielle, et je tiens quand même à vous la livrer : c'est qu'à l'heure qu'il est, plus personne des comédiens et musiciens qui ont fait partie de "l'aventure" en Avignon ne fait désormais partie de la distribution pour la suite de la tournée... certains sont partis d'eux-même en désaprouvant les conditions de travail, les autres ont été "remerciés" suite à un remodelage complet de l'équipe pour des raisons (avancées) de budget, de disponibilités.....
La voilà donc, la réalité matérielle du monde du spectacle... Tout est bien souvent histoire d'argent, d'interêts, de calculs, il faut en avoir conscience ; ne croyez pas trop naîvement qu'une compagnie de théâtre (professionnelle en tout cas) est une famille qui s'adore et qui s'éclate, et je pense que dans cette histoire, personne (autre que moi peut-être, qui suis restée une grande enfant finalement) n'y a trouvé son plaisir et son épanouissment... aucun lien soudé, aucune satisfaction artistique telle que le projet puisse continuer (et pourtant on a fait complet tous les jours je le rappelle), rien de tout ça : seulement des tensions, de l'indifférence, de la rancune, du mépris, des calculs...
Le journal s'arrêtera donc là pour moi qui ne fait plus partie non plus du spectacle (même si j'en garde de très bons souvenirs, mais ça me regarde comme je l'ai dit).
Et je souhaite bien du courage à ceux qui veulent faire ce métier !!!