Discussion: Le journal Cannibales
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Vieux 10/05/2006, 19h30   #1
Ronan Chéneau
 
Date d'inscription: mai 2006
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Le journal Cannibales

Le groupe Rictus

La compagnie Rictus, créée en 1999, trouve ses racines dans le théâtre universitaire, théâtre de recherche et d'expérimentation. Durant cette période sont créés les spectacles Je t'ab(î)me et Stabat Mater. En 2000 les membres du groupe intègrent l'école du Centre Dramatique National de Normandie ; ils se forment, et depuis travaillent aux côtés de metteurs en scène comme Éric Lacascade ou Pascal Rambert, tout en affirmant une esthétique propre. De 2002 à 2004, David Bobée co-dirige le Laboratoire d'imaginaire social au CDN de Normandie avec Antonin Ménard et Médéric Legros, proposant une forme politique et artistique au travers de différentes manifestations (spectacles, performances, soirées, concerts, installations, interventions...).
L'univers proposé par David Bobée, metteur en scène, se nourrit des différents genres de la création contemporaine, le théâtre, les arts plastiques, la danse, les nouvelles technologies... Dans une collaboration étroite avec le créateur lumières Stéphane Babi Aubert, une recherche est engagée autour de l'image, la couleur et l'espace.
Par ailleurs, David Bobée travaille depuis plusieurs années maintenant avec l'auteur Ronan Chéneau avec qui il élabore une méthode dramaturgique originale, où texte et mise en scène s'écrivent ensembles sur le plateau avec le souci et l'exigence d'un engagement politique et sociétal fort dans leur écriture dramaturgique.
De cette collaboration sont nés en 2004 les spectacles Res/Persona et Fées, deux premiers volets d'une série racontant l'individu contemporain et sa difficulté d'être au monde. Cannibales viendra achever ce triptyque consacré à la génération actuelle des 25/30 ans.
Parallèlement à la création de Cannibales, Rictus continue sa recherche esthétique, politique, contemporaine et populaire à travers les deux performances Dedans Dehors David et Warm. " J'aime au sein de Rictus bousculer la notion de genre, croiser, mélanger les disciplines artistiques, allier les pratiques, créer des hybrides, fragmenter, rassembler, confronter, ainsi produire du sens, de l'émotion, du rythme, de la violence, de la sensualité. Mon théâtre est d'engagement physique et politique. Fond et forme ont ici même valeur, naissent d'un même mouvement : je veux questionner tout ce qui participe à la construction de soi, à l'identité de l'individu contemporain, son intimité, son être social. Ce qui m'intéresse c'est désunir. Briser l'unitaire, montrer la pluralité, la richesse des personnes, de la pensée, des évènements. Chercher une nouvelle lecture du monde. Un regard transversal.
Mon théâtre est très visuel et se nourrit des arts plastiques. Depuis plusieurs années, avec les personnes qui m'entourent nous cherchons chacun dans notre discipline à offrir un univers visuel aussi exigeant qu'accessible. Chaque fois nous inventons une nouvelle façon de travailler ensemble. Loin du despotisme de la mise en scène, et du collectivisme absurde, nous affirmons un théâtre pluridisciplinaire où la lumière devient dramaturgique, où le texte est au coeur du plateau sans en être le centre, où la mise en scène participe au spectacle sans l'accaparer. Nous refusons la narration, l'illusion, le mensonge du théâtre et de ses personnages en y opposant la fragmentation des textes, la poésie des images, la prise de parole et la sincérité des personnes. "
David Bobée.


David BOBEE, metteur en scène.

Né en 1978, il étudie le cinéma puis les arts du spectacle à l'université de Caen. II y crée en 1999 sa première mise en scène, Je t'a(b)îme. Il composera par la suite diverses performances et installations plastiques, notamment dans le cadre de festivals techno et électro, avant de créer en 2001 Stabat mater et l'installation En tête.
Il intègre par la suite le Théâtre-école du CDN de Normandie et travaille auprès d'Eric Lacascade comme assistant metteur en scène sur sa trilogie Tchekhov (La mouette, Les trois sœurs et Ivanov) puis sur Les sonnets, Platonov et plus récemment Hedda Gabler, présenté en 2005 à l'Odéon. Il est désormais son collaborateur artistique, notamment sur Les Barbares, créé dans la cour d'honneur du Palais des Papes au Festival d Avignon. Il co-dirige en 2003 et 2004 les sessions du Laboratoire d'imaginaire social du CDN de Normandie pour lesquels il met en place spectacles, installations et concerts. Il crée en 2004 deux mises en scène, Fées et Res Persona de Ronan Chéneau, avant de partager la mise en scène du projet collectif Pour Penthésilée avec Arnaud Churin, Héla Fattoumi, Eric Lacascade, Loïc Touzé et Régine Chopinot. Il prépare actuellement sa prochaine création de cirque-théâtre contemporain, Cannibales, ainsi que deux spectacles performances, Dedans Dehors David et Warm.
Parallèlement à ses projets personnels, David Bobée travaille en tant que comédien -danseur-performeur avec Pascal Rambert. Il participe au spectacle Paradis crée au théâtre de la Colline, et à After/Before créé au festival d'Avignon en 2005, avant de participer à l'Opéra Pan créé à l'Opéra National de Strasbourg en octobre 2005.


Ronan CHENEAU, auteur.

Je suis né à Brest en 1974.
Depuis 2001, je collabore étroitement avec le metteur en scène David Bobée.
Deux spectacles ont vu le jour au CDN de Normandie: Res Persona et Fées, édités aux Solitaires Intempestifs. Au même CDN, j'ai écrit pendant deux ans pour le Laboratoire d'imaginaire social.
Dernière création: Borderland, mise en scène par Médéric Legros en 2005.
J'aime que le texte soit un élément parmi d'autres de la machine théâtrale, comme le son et la lumière. Je n'hésite pas à utiliser un matériau langagier brut, à puiser aussi bien dans la publicité, le journalisme grand public, la grande littérature et la vulgate politico-économique. Je travaille souvent sur commande, toujours proche de l'acteur, jamais à priori, mais toujours pour du vivant, du présent.



Le projet " Cannibales "

Cette création associera acrobates et comédiens (sept personnes au total) autour d'un texte de Ronan Chéneau. Il s'agira de provoquer la rencontre de différentes disciplines: texte, vidéo, cirque, arts visuels et nouvelles technologies. Le travail d'écriture se fera sur le plateau en lien direct avec la mise en scène et les comédiens, et approfondira des thématiques chères à l'équipe de création: la place de l'individu au monde, la quête de son identité sociale et intime, le portrait d'une génération, d'une époque. Ces thématiques seront abordées en parallèle d'une histoire d'amour/ manque évoquée selon le principe de fragmentation du texte, des scènes, des performances, d'un montage aux ruptures de rythmes et de situations afin de créer, par accumulation, une histoire sans narration.
Tout se construira à partir d'une scène initiale, celle d'un couple qui rentre chez lui, s'embrasse, se déshabille, s'enlace, s'arrose d'essence, se fout le feu. Un spectacle comme l'enquête de ce qui a pu les pousser là. La nécrologie d'un couple prétexte à un bilan subjectif politique et intime des trente dernières années.
Après Fées et sa salle de bain verte, Res/Persona et son salon bleu, Cannibales plongera le spectateur dans la chambre du couple à l'intérieur d'un appartement design et impersonnel, encadré de murs de vidéos et de lumières. Froid, transparent. Appartement témoin type Ikéa ou Habitat.
Les résidences de recherches nécessaires à la création se dérouleront au Centre Régional des Arts du cirque de Cherbourg, à la scène nationale de Petit Quevilly/Mont Saint Aignan, puis au Centre Dramatique National de Normandie, coproducteurs du spectacle.
Différentes présentations du travail en cours de réalisation auront lieu lors de ces résidences.
La création est prévue pour janvier 2007.

"Cannibales pour moi est le troisième volet d'une aventure d'écriture, elle a commencé il y a cinq ans avec David Bobée et le Groupe Rictus.
Nous disons souvent que notre théâtre est " politique ", cela vient certes du contenu de nos spectacles et de la parole qu'ils portent, mais aussi je pense, de notre manière particulière de faire. Je n'écris jamais loin du plateau. Avant même que je commence à écrire, souvent il y a l'idée d'un dispositif, une scénographie, les thèmes que nous voulons aborder... Notre volonté avec David est que l'écriture ne soit pas forcément en amont, qu'elle ne soit pas " au dessus " des autres disciplines du théâtre, mais qu'au contraire, elle s'enrichisse à leur contact. Mon travail d'écriture se fait donc au coeur même de la machine théâtrale, avec le travail de la lumière et du son, le jeu, la mise en scène, pour être contaminé par eux, toujours proche du vivant, du présent. En période de création, j'écris et réécris sans cesse, j'ajuste, j'adapte, j'enlève ou je remets en fonction de ce que me disent les uns et les autres. Cette pratique s'inscrit parfaitement dans mon projet : quitte à devenir contingente, ou " périssable ", je veux que mon écriture soit absolument d'ici et maintenant. Il me semble que c'est aussi par cette manière de faire, collective, que notre théâtre peut se dire " politique ". J'ai dit une fois que David, et sans doute les comédiens eux mêmes, " écrivaient " à travers moi, de même que, peut-être, j'écris à travers eux... A l'encontre d'une vision égotiste du " créateur ", d'une hiérarchie entre les pratiques, notre groupe fonctionne donc comme un véritable " tout ", un organisme, comme une sorte de créateur multiple, ramifié, organisé... "
Ronan Chéneau.


Comédiens/danseurs/Acrobates (distribution en cours)

Clarisse TEXIER
Eric FOUCHET
Séverine RAGAIGNE
Nicolas LOURDELLE
Claire CORDELETTE
Alexandre LECLERC
Yohann ALLEX

Créateur lumière: Stéphane Badi AUBERT
Créateurs son: Frédéric DESLIAS et/ou Jean-Noël FRANCOISE
Créateur vidéos: José GHERRACK
Régisseurs: Melchior DELAUNAY et/ou Thomas TURPIN



[BREAK=Introduction]

Yann, le 10 mai 2006 à 17 heures

C'est à moi, Yann, plus connu sur le site sous le pseudonyme Arcadyan, Que revient la tâche d'ouvrir ce journal. Pourquoi ? Tout simplement parce que c'est le premier et que d'une simple proposition à un metteur en scène, David Bobée, proposition sans prétention et pas très claire dans ma tête, c'est devenu une réelle envie commune. Jeudi dernier, j'ai assisté à une étape de travail de la création " Cannibales ", projet collectif de la compagnie Rictus. J'ai été touché par ce que j'ai vu, une idée brumeuse d'un journal intime d'une compagnie en création m'est venue le soir même. J'ai donc pris contact avec David, que je ne connaissais pas. Tout s'est ensuite passé très vite puisque qu'hier soir nous nous retrouvions lui, moi, et Ronan Chéneau l'auteur de la pièce, au restaurant autour d'un couscous. A vrai dire, je n'étais pas sûr de ce projet, j'en avais envie, c'est tout. Nous nous sommes donc retrouvés. Mais pas besoin de me justifier, d'expliquer en long et en large cette idée. Non, tous deux avaient compris cette envie et la partageaient me semblait-il. Alors nous avons discuter de choses et d'autres, de théâtre surtout. Nous n'étions pas souvent d'accord, c'est le moins qu'on puisse dire, parfois même totalement opposés. Mais nous discutions, nous échangions et partagions. J'ai vraiment ressenti une réelle envie de leur part d'aller à la rencontre des publics, des individus. L'envie était là, présente. Le rendez vous était donc prit pour cette expérience inédite, pour ce premier journal d'une création.

Je leur laisse donc la parole.




[BREAK=Journal décollé éclaté]

Ronan Chéneau, auteur de "Cannibales", mise en ligne le 15 mai 2006

Journal Cannibales

(Journal décollé/éclaté)

Aujourd’hui lundi 15

Voilà le journal, tel que je voulais le présenter hier, c’est-à-dire dimanche 14, et l’ai envoyé à Yann. Entre temps, malentendu : je lis la critique de Yann (après que nous nous sommes rencontrés à Rouen avec David, après un périple à Paris (Cherbourg-Paris-Rouen-Cherbourg en moins de 48 h !)) bref, je lis la critique avec en tête ce que nous nous sommes dit à savoir des choses hyper intéressantes, nourries de nos désaccords (à propos de Rambert et d’After/Before, de la programmation d’Avignon 2005 et de la « querelle » qui s’ensuivit etc… Nous avons eu à cœur David et moi de défendre les deux choses auprès de Yann, garçon très ouvert, curieux, incontestablement passionné de théâtre et revenu très enthousiaste de notre présentation du 4 mai) , enfin je lis cette critique et bute sur ces mots « le texte est inégal » sur quoi quand même je bondis et envoie séance tenante quelques questions un peu rageuses certes (qui n’ont pas lieu d’être) mais qui je pense me viennent d’une expérience que je fais couramment quant au texte et les retours que je reçois ; il y a deux choses : 1/ le texte que l’on dit « mauvais » au théâtre est toujours le texte de théâtre contemporain. En effet souvenez-vous, vous n’avez jamais entendu dire qui que ce soit, à l’issue d’une mauvaise représentation d’Hamlet, de M. de Pourceniac, des Bonnes, Du Soulier de Satin, de la cantatrice chauve etc… que c’est le texte qui est résolument imbitable et non les interprètes. Et pourquoi certains classiques ne pourraient pas être considérés eux aussi au final comme « foutrement mauvais » ? Ce n’est jamais le cas, classique : intouchable ; au pire, eh bien on les monte pas. Le texte contemporain en revanche, parce qu’on n’est pas du tout sûr s’il deviendra un classique ou non, tout le monde est fondé à dire s’il est pertinent ou non, intéressant ou complètement nul, intelligent ou débile. Même si débile, je l’avoue, concernant le théâtre contemporain, c’est quand même 90 % des cas. En théâtre contemporain on ne dit que très rarement : celui ou celle-là est vraiment mauvais(e), pas du tout à la (h)auteur de ce magnifique texte… on ne dit pas non plus que le metteur en scène s’est planté sur l’adaptation d’un texte contemporain, on dit que c’est un texte quand même difficile et que : quelle idée d’aller chercher des écritures d’auteurs vivants quand il y a tellement de magnifiques classiques qui eux ne présentent en effet aucun risques. Ben voyons. Ça se passe toujours comme ça. Même sur la présentation du 4 (encore une fois pour ceux qui l’ont vue), le conseillé Drac à la sortie me dit : tel texte là, ça va pas… je demande « pourquoi ? », il ne répond rien qui ne corresponde vraiment ni à la forme ni au fond du texte, mais bien à l’orientation prise quant à son interprétation, sur ce il conclut une chose assez juste : « oui, mais du coup, c’est quand même le texte qui se trouve égratigné ». En effet. Sur Fées je me suis battu pour persuader David par exemple qu’il fallait renoncer à un très beau monologue de fin. C’est un monologue qui dure 10 min à la fin du spectacle, moment où les gens ont leur compte d’images et de sens, il s’est souvent avéré que ce moment était en trop. Les uns accusant le texte, les autres le comédien etc… Enfin voilà, les raisons de ma vigilance, et là aussi notre méthode de travail avec David prend tout son sens, ajuster interprétation/texte, l’un toujours au service de l’autre… et puis il est vrai qu’il y a des choses qu’ouvertement je bannis dans mon écriture et mon style : le lyrisme inutile, l’ellipse, la figure rhétorique, le personnage, l’intrigue, bref, tout ce qui médiatise et métaphorise le monde, quand je veux au contraire pouvoir le restituer, le faire parler le plus directement possible sur le plateau, et bien Faire Entendre les choses, qu’on les comprennent enfin, qu’on puisse dire librement « je suis d’accord, je ne suis pas d’accord » ; au théâtre pour le texte, c’est le minimum : être compris, entendu… pas se dissimuler dernière je ne sais quel sfumato de « grand art » de soit disante « profondeur » et de « style », bordel !

Bien cordialement à tous.



[BREAK=Journal décollé éclaté 2]



Dimanche 14

D’abord, désolé,

je devais commencer bien plus tôt ce « journal de bord » d’une création en cours, perspective qui m’excitait énormément pourtant, parce qu’elle m’offrait la possibilité de dévoiler tous mes petits secrets à de parfaits inconnus (je veux dire inconnus de moi), enfin, de m’étaler un peu lamentablement, et gratuitement…


Je suis l’auteur de quelques magnifiques textes que vous avez peut-être vus interprétés dans Fées ou Cannibales (je dis « magnifiques » pour agacer d’emblée ceux ou celles qui, des fois, ne les aimeraient pas, et tout de suite me faire des amis de ceux qui les ont aimés…)

Commencer la journée, avec le bilan des jours précédents… comme dans un feuilleton télé

Ceci était écrit ce mardi 9 mai, (arrivée lundi 8 au soir) :

Oui car :

Nous sommes arrivés lundi au Crac de Cherbourg (Centre des arts du cirque) pour une énième résidence concernant ce travail (Cannibales), et juste après la palpitante aventure du 4 mai à Rouen (scène nat. Petit Quevilly) ce 4 mai, nous faisions le pari impossible techniquement et même stratégiquement et professionnellement de présenter deux choses le même soir et dans deux lieux différents… ! C’était la présentation de Fées spectacle déjà créé (2004, au CDN de Normandie, texte publié aux Solitaires Intempestifs) et celle de Cannibales, spectacle en cours de création, première vraie rencontre avec le public donc…

Et qui dit « Crac » dit cirque et qui dit cirque dit : Caravane

Arrivée donc, au Crac… c’est mardi…crevé, à peine le temps de se reposer de la tension accumulée depuis le 4 mai, et de se remettre aussi de ces longues fêtes où l’on boit beaucoup d’alcool, où il faut tenir une image à la fois de mec cool et inspiré, prometteur, valeur sûre…

Enfin je me sens déjà un peu seul dans ma caravane…


Comme d’habitude, j’emmerde le monde.

Je ne fais rien comme les autres.

Je suis de mauvaise humeur.

On me dit : tu es de mauvaise humeur.

J’essaye de répondre le plus gentiment possible aux personnes qui ont la gentillesse de me demander « ça va ? ».

Et comme souvent, tout mon corps y résiste, résiste à la gentillesse et je ne peux fournir qu’une réponse qui témoigne peu ou prou une lutte avec moi-même,

et aux gens de se dire : oh lala, ça ne va pas encore celui-là.

Il y a les résidences où je me lève tôt et celles où cela, pour des raisons que j’ignore, m’est tout à fait impossible.

Je me suis levé tôt aujourd’hui des fois que je devrais moi aussi partir représenter la compagnie auprès de la Cité internationale à Paris. Je vis en ce moment presque avec quelqu’un et les liens se renforcent malgré moi. Je ne me sens pas pris au piège mais presque. J’ai encore la marque, les attitudes, les réponses, les gestes de quelqu’un qui a toujours vécu seul et ce nouveau « décalage » cette façon encore de ne pas vivre une situation « à plein » et de façon « normale » (celle qui voudrait qu’on la vive de façon on ne peu plus normale : le couple), cette façon de déformer la réalité je sens que cela dérange un peu mon entourage peut-être plus avide qu’il ne le reconnaît lui-même de cette (décidément épouvantable) « normalité »... Encore une fois les choses m’échappent et je ne suis pas au bon endroit. Me lever tôt m’a permis de surprendre un peu le rythme et le travail des techniciens… en cette phase finale de création je me sens bientôt parfaitement inutile, alors que les techniciens, eux, régisseurs, sons, lumières, puis les comédiens ensuite, font naturellement leur travail, génère une économie, produisent. Moi j’ai commencé cette histoire (mon écriture) il y a 6 mois et maintenant, je traîne dans les pattes de tout le monde comme un boulet (j’ai grossi) à ne pas savoir que faire. J’hésite à sortir carrément Libé, pendant que les autres s’activent. Le bonheur est de retrouver une équipe de gens charmant (celle du Crac) R.P., comptable, administrateur, et, oui, surtout la très charmante Geneviève, chargée de la communication et des actions culturelles. C’est horrible, une des très bonnes amies de mon amie lui a dit : « mais qu’est-ce que tu fous enfin avec un type comme ça ? il est petit, et gros ». Je ne suis pas gros, j’ai rencontré Yann et demandez-lui, il vous dira. J’aimerai être un technicien, avoir un vrai savoir faire, savoir quand exactement les gens ont besoin de vous ou pas, être vraiment indispensable, le savoir. Un technicien est vraiment indispensable. Un auteur, franchement, on peut avoir des doutes. Surtout au théâtre. Si j’étais auteur de théâtre et que je n’étais pas publié dans la plus que respectable maison d’édition Les Solitaires Intempestifs et que je n’avais pas décroché plusieurs fois l’aide à la création du ministère de la culture et dernièrement la bourse du Centre National du Livre eh bien, je ne sais pas ce que je ferai… 90 % de la production théâtrale contemporaine française est nulle. Je n’exagère pas, juste je ne suis pas bégueule. Si la plupart des auteurs aujourd’hui sont peu joués c’est parce qu’ils le méritent. Pourquoi je dis cela ? tout le monde le pense d’abord, ensuite c’est clair, ça concerne particulièrement l’écriture théâtrale ce désastre-là : ni bonne à jouer, ni bonne littérature.

Voilà…

[BREAK=Journal décollé éclaté 3]

Mercredi 10

Donc, je suis parti à Paris, avec David. On s’est levé hyper tôt, ça tombait bien… quand on est arrivé à Paris, la tension et tout, se retrouver à la Cité, le lieu qui est magnifique, traverser le boulevard Saint Germain en taxi, me rappeler Proust et gnagna, essayer de me convaincre que malheureusement « non, c’est pas tout de suite qu’on sera célèbres » etc etc… mais quand même… enfin bref, la trouille. Et de s’entendre dire une fois arrivés « vous aviez rendez-vous 16 h avec Machine ? ah euh, en fait elle doit partir dans un quart d’heure… ». Mais non, en fait ça s’est passé hyper bien…on a tout visité c’était génial, notamment « la galerie » lieu où on jouera Fées en 2007 (j’y crois toujours pas), la Galerie où était juste en train de répéter Rodrigo Garcià Ouahhh… Dormi à Rouen chez David, contents… Marie-France Carron et la (fameuse) directrice Nicole Gautier se disputaient carrément à propos de savoir si Cannibales c’était mieux en même temps que Fées pour créer l’ « évènement », ou bien après en fin de saison voire la prochaine… re-ouahh.

Bon, décidé résolument à dévoiler mon intimité sous toutes ses euh, toutes ses coutures, voici (incroyable) le dernier mail que j’ai envoyé à mon ex-chérie :

"Eh bien moi aussi je suis heureux d'avoir insisté, ça valait le coup. Ce mail me touche et j'y trouve une douceur dans le ton dont je pensais être euh privé pour un moment... J'ai pris un vrai plaisir à le lire, je t'y retrouve et puis... je mesure aussi (est-ce que cela m'est possible ?) un peu le poids des événements que tu as traversé ces derniers mois, mesure que je n'ai pas toujours fait l'effort de prendre, d'ailleurs, je m'en rends compte, là, en écrivant. C'est con à dire, il doit falloir énormément de courage... Je tente de répondre à ta question : est-ce que je vais bien ? Est-on jamais bien ? c'est un peu ce que je me demande en ce moment parce que, sur bien des points, je devrais être sur un petit nuage, vraiment, et peut-être le suis-je finalement, mais alors c'est un peu comme pour tout, au final, c'est un tout petit peu décevant... Ne serait-ce que pour la compagnie, celle pour laquelle je travaille 24h/24h (ce n'est pas le cas pour toutes loin de là), c'est peu dire que tout va bien. (Ça va peut-être être un peu chiant) Nous venons d'achever une résidence au théâtre de Rouen avec un rendez-vous très importants pour les diffuseurs et les professionnels ce 4 mai. Sinon je vais faire ma première apparition dans le festival d'Avignon puisqu'un spectacle, récemment monté au Tnt à Toulouse, en partie sur les textes publiés, est programmé dans le in... Tout cela mène la compagnie à un conventionnement d'Etat l'année prochaine, autrement dit des dispositions financières vraiment confortables pendant trois ans renouvelables... voilà.. Ces choses-là me font voyager beaucoup... et côté coeur eh bien, après moult péripéties vraiment, je suis avec quelqu'un (ces mots sonnent de façon incroyable!) et ça se passe plutôt bien même si bon quand même... voilà : est-on jamais heureux ? Je suis content vraiment d'avoir lu quelques uns de tes mots, merde. Et ça me fera toujours beaucoup de bien alors, vraiment, n'Hésite Pas... tu t'installes à Paimpol ai-je cru comprendre ? Vis-tu encore à Paris ? ...ces mots m'ont vraiment fait plaisir. Voilà, je t'embrasse Ronan."

Jeudi 11

Il se fait tard… Je vous raconterais peut-être bientôt la fabuleuse aventure qui se profile à Douai (l’hippodrome, scène nationale) auprès de Gilbert Langlois, qui nous suit et nous soutient depuis le début, de même que notre rendez-vous avec Gérard Marcon et Charlotte Flament, qui ont eu la gentillesse insigne de nous accueillir le 4 mai (quelle soirée !) et ont de nouveau la gentillesse de nous accueillir pour deux dates avec Cannibales…

Mais pour cela il me faudra bon nombre de vos retours extrêmement enthousiastes… histoire de me dire que je n’écris pas dans le vide… comme d’habitude…

[BREAK=Ouaps]

Ronan Chéneau, auteur de "Cannibales", mise en ligne le 22 mai 2006

Journal Cannibales

Ouaps

Dimanche 21

Dix jours passés depuis ma dernière intervention sur ce journal… ce journal est NUL mais Il n'est Pas FINI ça je vous le garanti. Nul parce qu'il a décidément pas l'air de passionner la terre entière…normal puisque je m'y étale, et j'espère quand même que Yann ne s'en mort pas trop les doigts. Mais non, c'est un super truc en fait : écrire son journal intime sur le net… et pourquoi ? Justement pour qu'il ne soit lu par Personne… c'est pas intéressant ça comme concept ? Moi je trouve… surtout que… Je sais très bien ce qu'il faudrait faire, en deux clics, pour que ce journal devienne Une Vraie Tribune, La Tribune la mieux fréquentée de tous les forums et autres sites de théâtre contemporain, oui il suffirait que j'en informe les quelques noms et adresses e-mail de gens prestigieux que je connais… Mais non… nous en avons déjà parlé de ça, avec Yann, ce serait trop facile… et puis les gens prestigieux on s'en fout… et puis c'est beaucoup mieux quand les gens viennent d'eux-mêmes, et pas comme des Larbins Boutonneux en Quête de… oh et puis zut… enfin bon, j'arrête.
Sur Cannibales

La résidence s'est passée Hyper bien. Le 18 était géniaaal. Plein de gens sont venus. Le Drac en personne, mais aussi la programmatrice du Prato de Lille, la programmatrice de La Villette et puis oh je sais plus moi… ah oui le p-ê futur directeur de la scène nationale de Cherbourg dont je dirais carrément pas le nom et qui nous a proposé nous Rictus (enfin à David formellement mais bon…) d'être artiste associés à son projet oui et puis… Eric Lamoureux directeur du CCN de Caen qui ne rate décidément pas une de nos créations et puis Angélina Berforini qui est ma bienfaitrice carrément ma deuxième mère et qui est aussi Secrétaire générale du CDN de Normandie…et puis coup de fil de la scène nationale 61 (Alençon-Flers) le matin (avant la représentation donc) pour nous dire qu'ils veulent le spectacle et puis… enfin bref, tous le veulent ! ça va peut-être finir par devenir agaçant mais quand même… pour ceux qui étaient là le 4 à Rouen (les deux et demi qui me lisent) à Cherbourg c'était : même alchimie avec le public, un public jeune et réactif, riant, enthousiaste, ému…y a une magie avec ce spectacle… et J'ai eu que des Compliments sur les textes…notamment Jean Vinet (directeur du Crac) me disant tout ce qu'il pense de leur finesse blablabla… Voilà et puis… grande discussion hyper intéressante avec un autre bienfaiteur Fabrice Morio, conseillé théâtre de la Drac qui arrive toujours à ergoter sur un truc… il me dit " Moi je suis un égoïste… ok pour les interrogations politiques qu'il y a dans le texte, mais moi, je ne ressens pas les scrupules que ressentent beaucoup de gens à l'égard de l'actualité etc etc… je suis un égoïste… ". Et là je suis très fort je dis " mais tu vois Fabrice, j'écris ces choses-là précisément pour entendre ce qui tu dis là, maintenant… moi aussi je peux me reconnaître égoïste, au moins autant que toi… mais bon… on a renoncé complètement au politique pour autant ? Comment penser le politique quand on a constaté comme toi son égoïsme ? Et même, si on n'est absolument pas touché par le spectacle de la misère dans le monde ben… on peut quand même s'interroger ou être curieux de Ces Gens qui Pensent Encore gérer le Monde avec des Idées, non ? Comment une idée peut-elle encore nous rassembler ? Comment une idée peut-elle encore tuer ? Ok, tous les auteurs de théâtre contemporain pleurent sur l'idéal communiste perdu à jamais, etc… moi je le faisais déjà y a 4 ans alors… mais sans pousser la nostalgie jusqu'à pleurer sur la révolution (qui n'a pas eu lieu, je rappelle) on peut quand même s'interroger oui sur : Aujourd'hui le Pouvoir/L'avenir d'une idée, des idées en politique ? Non ? C'est quoi la pensée Universelle alors ? c'est quoi les Droits de l'Homme, une fois qu'on les a foutus à la poubelle (oui parce qu'on le sait maintenant je crois, Les Droits de l'Homme, l'Onu et tout ça, c'est pas ce qu'il y a de mieux pour empêcher la barbarie et que le sang soit versé, pour rien, hein - il l'est toujours pour rien), c'est quoi Nos foutus " lumières ", dont on nous rabat les oreilles putain en ce moment ? C'est ça que je demande dans mes textes : jusqu'où on peut se reconnaître un individu parfaitement libre, autonome, autodéterminé, jusqu'où on peut justement se revendiquer " égoïste ", sans totalement bouffer l'autre (Cannibales) ??? Comment on va vivre ensemble dans dix ans ? L'année prochaine ? En votant tous Sarkozy pour pas avoir Le Pen, au second tour, et voilà ? Comment nous on va penser nos Libertés nous individus si on n'a pas quelques idées là-dessus ?". Et là il m'a répondu… " Ah oui, dit comme ça c'est intéressant… ".




[BREAK=Premier Juin]



Entre le 29 et le 30 mai, et pour les jours précédents…



(HUM HUM… euh votre attention s’il vous plaît dans les lignes qui vont suivre, là, pour qu’il n’y Ait Surtout pas de Confusion ou de Mauvaise interprétation… dans ces lignes ben je vais essayer de faire en sorte que euh… le féminin l’emporte… ouais, histoire de euh voilà quoi, juste je viens d’avoir l’idée…parce que bien sûr il y a une question de style mais il y a aussi que ça suffit pas de se dire tout le temps ultra moderne, un moment faut des actes, voilà… alors c’est pour voir, dans un texte écrit rapidos, combien de temps ça tient, tout le côté inconscient, donc hyper traître de ce truc-là… c’est une petite expérience, mais je précise, juste pour que surtout on ne croit pas qu’il n’y a que des femmes dans ma vie… Voilàà) Bon là, c’est clair, faut que je lâche des trucs… Des excuses d’abord, à celles qui lisent ce journal, quoi qu’elles en pensent d’ailleurs ! Oui, puisque c’est quand même la grande nouvelle de ces derniers jours, des personnes (combien au juste, 3 ? 4 et demi comme dit Vanille? 15 ? 15 000 ? nooon ?) enfin des femmes lisent ce journal décollé euh décalé, fragmenté/décollé euh merde je sais plus, bref, et ça c’est vraiment une grande nouvelle qui me touche mais alors euh… à fond. Je m’excuse de mon absence donc, j’ai pris des vacances ces derniers jours pour le coup, parce que ça s’est imposé comme ça, et puis je le regrette pas, ou disons que, enfin, j’ai pu consacrer du temps à COMPLETEMENT AUTRE CHOSE et je le dis en majuscules pas seulement pour attirer l’attention, c’est hyper important, pendant 4 jours au moins j’ai : Rien Fait, Je Veux dire que je n’ai : Pas Pensé au Travail, enfin presque… C'est-à-dire que je n’ai pas pensé à : Ecrire… c’est-à-dire que : au lit, au restaurant (à attendre des plombes), au bord de la mer (à faire des ricochets à la con près du Bec d’Andaine), à arpenter les plages de la Manche (avec mon amie), je ne me suis pas dit Toutes Les Deux Secondes : Merde, putain mais je Perds Mon Temps là, Fait Chier… et de penser du coup à tout ce qui est en chantier, à tout ce qui n’est Même Pas Commencé, à : Tout l’Ecrit Qui N’est Pas Lu (pour reprendre une phrase de ce… sacré Renaud Camus) oui, Puisqu’il N’est Pas Encore Ecrit, tiens !… Angoisse, suprême angoisse, comme seules en connaissent celles qui écrivent professionnellement (désolé de le dire ainsi) oui ces pensées-là, comme… (Comme ? comme une urgence aveugle qui vous appelle gnagna, non… euh comme de l’eczéma) ces pensées-là comme de l’eczéma ne me lâchent jamais, me rattrapent toujours, et alors je vous jure que c’est terrible ça, car les vacances Elles N’Existent pas ça veut donc dire que la plupart du temps vous n’êtes Disponible pour personne. Non, vraiment horrible…Parce qu’en général, justement moi Rien mais vraiment Rien ne me lâche (enfin je parle pas des femmes…) parmi les éléments de mon œuvre en cours, ma pauvre œuvre complètement éclatée, dispersée qui déborde de partout, n’importe comment, faite de fichier word totalement imbitable que personne ne s’emmerdera à relire, totalement ingérable pour l’Imec, faites de mêmes recueils dont seul le titre change (parce que je n’ai jamais trouvé le bon), de trucs inachevés, de forme sans fond que je n’enverrai jamais à POL, par exemple. Et puis je pense là au roman futur qui doit au moins (j’espère !) me rendre ultra célèbre, je veux dire pour m’assurer un tout petit peu un avenir bien sûr, hein, quand plus personne au théâtre voudra monter mes textes, que Chéneau à peine il aura percé que ce sera déjà total has been, mais oui mais oui on a compris, le délire sur les djeunes gnagnagna oui oui mais vous comprenez maintenant c’est la gauche qui est au pouvoir (on est 2007 là) alors bon… et puis comme il dit lui-même Chéneau, il faut que la roue tourne alors, hein ! C’est pas lui qui va se plaindre… et puis ça commence à se répéter sacrément son truc générationnel, là, Oh LaLa ! Et puis Garcià fait quand même un retour plus intéressant qu’on le croyait finalement, alors bon, on préfère toujours euh l’original (moi qui croyait que j’étais un original justement) à la copie, non ?… capisci ?

Je blague mais bon pas trop quand même,ils sont comme ça… qui Ils ? ben tous les gens qui vous aiment, en général, dans ce métier, vous portent au nues un certain temps etc etc… c’est dire qu’on s’use vite, dans ce métier… surtout quand on bâtit comme moi sur du Périssable , qu’on dit soi-même (comme moi) qu’on écrit sur l’Actualité et donc que ses propres textes (les miens) on une date de péremption : A Consommer jusqu’au : Voir sur le Couvercle euh… avril 2007 (quand la gauche gagnera, j’espère pas. lol)… Je prends la chose vachement au sérieux moi…



[BREAK=Premier Juin 2]

…Moi je suis sûr que les jeunes auteurs dramatiques sont des Futures Stars potentielles etc… oui oui y a un glamour quand même dans le théâtre contemporain… bon, même s’il faut vraiment le chercher quoi… je déconne pas, vraiment là : c’est la guerre ou presque ! Y a une pléiade de trentenaire hyper dynamiques là, chez Les Solitaires oui (La POL du théâtre contemporain), et puis chez Actes Sud (pas Laurent Gaudé hein) des fois aussi même si… et puis y a L’Arche aussi… euh l’Arche non (à part Sarah Kane et euh Handke ouais)... j’arrête mon délire… non je déconne pas tant que ça, dans le théâtre contemporain, y a de la relève, ça grouille de partout... En fait y a eu le grand trou des euh, ben des dramaturges qui ont aujourd’hui dans les quarante-cinquante, désolé pour eux mais c’est vrai que là y a un trou, trop nombreux, désolé mais : trop d’écritures qui se ressemblent etc et puis, pas grand-chose de fait pour eux globalement quand même, ni par les pouvoirs publics, ni par personne en fait, puisqu’ils auraient dû tous en gros percer dans les années 90-80 (aujourd’hui c’est trop tard, à moins d’attendre maintenant d’avoir 80 berges pour la faire façon gros boulet style Edward Bond), ouais ils auraient dû percer pile au moment où s’est consacré le règne absolu du metteur en scène, du coup voilà les « auteurs » (Bruno Tackels a raison, quel mot horrible) ben on leur a dit de la fermer quoi… donc en gros les auteurs de quarante/cinquante c’est clair qu’ils ont souffert, et ils ont pas fini en fait (jamais assez vieux, jamais assez jeunes), sont presque tous passés à la trappe… Et, pire : ils se font écraser carrément par ceux de leur génération qui ont pas eu la chance de vivre jusque là, ah bon, qui ça ? Hello ! Les : Lagarce-Gabily-Kermann… quand même ! Mais Avec Nous les Trentenaires, putain, ça va changer je vous le dis… mais attention aux faux, hein ! Et puis me parlez pas de Vincent Delerme non plus grrr ! Oui les faux tiens justement… Je dirais pas le nom là quand même mais… y a pas longtemps on me parle d’un mec qui pratique le « sampling » dans ses pièces, carrément, bon alors je bondis tout de suite au plafond et je me procure ses bouquins illico (presque inquiet en fait). Et sur quoi je tombe : une écriture pas super innovante au théâtre, faut dire, le seul truc en effet c’est qu’il répète des passages, des phrases entières tirées des phrases précédentes, et il avance comme ça, en scandant, en modifiant, un peu circulaire en fait… Pour moi c’est confondre sampler et répéter ce qui est grave parce que, sampler, c’est pas répéter (et puis au théâtre pour le coup, vraiment rien de nouveau là-dedans), mais prélever en anglais, ben oui c’est ça qui est intéressant, et que je fais tout le temps moi : prendre un truc chez quelqu’un, un gimmick, un thème, et te l’approprier, le transformer… on est d’accord je délire pas là ? Voilà, une chose de faite… ouais, y’ a un peu tromperie sur la marchandise je suis désolé… et c’est grave parce que le mec qui fait ça, personne n’en parlait y a un an, mais comme il est passé à la Colline, s’est fait publié chez Actes Sud (bah oui, du coup), ben je suis sûr qu’il y en a pour trouver ça hyper fun et contemporain, super novateur etc… mon cul c’est du… pardon…

…Mais quand je délire sur tout ce truc : le parcours d’un jeune auteur de théâtre genre : Starac’, j’exagère presque pas… Prenez Joris Lacoste par exemple, mec super bien, Joris Lacoste c’est euh… c’est exactement l’ex future Star du début des années 2000… Publié très vite chez Théâtre Ouvert, des supers critiques dans une revue géniale : Mouvement, et puis schlak, il fait son trou à la Colline (décidément) et alors là, chapeau (oui parce que à la Colline depuis le temps qu’ils disent qu’il se passe quasiment rien depuis Koltès… ah non, y a Bond quand même…mais euh… bon, et Tchekhov ça compte ?). Sauf que là on sait pas ce qui se passe (au dire de F. Mauvignier il aurait dit/fait des trucs absolument impardonnables dans je ne sais plus quelle soirée corporate… Je sais pas moi, appeler à la révolution en dansant sur du R&B beauf avec le pantalon baissé et une perruque afro ?) : toujours est-il que depuis trois ans, plus rien. Comme quoi c’est pas facile quand même… Mais bon tout n’est pas perdu puisque Joris revient je crois avec Purgatoire, rien que ça, à la Colline, justement (enfin !). Et ça se jouera en mars 2007, exactement au moment où nous on sera au TCI…Enfin tout ça pour dire que… bon, je… c’est chiant là ?

[BREAK=Premier Juin 3]

Ok…j’ai passé ces 4 derniers jours sans penser à tout ça et du coup je me défoule un peu… ben oui j’ai toujours des scrupules énormes en temps normal (je veux dire des scrupules à ne rien faire, ne pas écrire etc.)… a tel point que, ben pour moi le normal n’existe pas… c’est crevant je vous jure. Un de mes amis… enfin « amis » euh… en fait je m’entends très bien avec lui mais de là à… c’est un… un de ceux qui me donne des sous vous savez ? Enfin qui nous donne des sous, à la compagnie etc… et qui nous soutient à fond d’ailleurs… merde… enfin un des mecs des euh, tutelles, ouais voilà, donc très souvent lui me fait comprendre, de façon amusée quand même que, en gros, ben je suis bien assez payer pour le rythme auquel je travaille quoi… S’il savait justement…ça l’a fait rire mais c’est ce que je lui ai dit illico : je travaille Tout le Temps ! C’est une tension, c’est un stress pas croyable… on se rend pas compte… Ne serait-ce que quand j’ai une commande… le stress de rendre une copie en temps dé-compté, vous voyez… le plateau commence tel jour, à telle heure… ok, vous travaillez sur quoi, Shakespeare ? Ben non, le texte reste à écrire… on est en train de l’écrire. Ah… bon, et c’est bien ? Ben on en sait rien, on va voir… c’est stressant quand même ? Toute une économie, toute une équipe, des engagements, des relais, des financements d’Etat, de régions, de département, de commune, des comédiens, une équipe technique… suspendues à votre plume. J’exagère un peu mais pas loin, moi j’y pense vachement à ça, ça m’angoisse toujours. Quant à mon roman best-seller, c’est pas une blague… j’y pense vraiment, comme d’autres achètent des Sicav ou une maison, pour assurer l’avenir… Eh oui… vous savez combien ça rapporte, 50 000 romans vendus (c’est un peu le chiffre minimum pour être considéré best-seller on va dire…) ben c’est pas compliqué, la marge d’un auteur de roman elle est minable, de 5% je crois, vous calculez. Mais pas quand on s’appelle Houellebecq ou Angot of course not. Comme ils sont toujours sûrs de vendre un minimum (c’est des vraies rentes en fait) leur éditeur leur fait carrément des avances sur recettes, ça c’est le pied. Et puis… sans doute qu’ils font monter les enchères en menaçant de se barrer chez d’autres éditeurs… Vous croyez pas ? Bon on s’en fout. Mais attention je les adore moi Angot, Houellebecq… la critique française elle a un problème avec le succès… du coup, tout ce qui a pas de succès = intéressant. Alors moi par exemple ? Moi mon éditeur me fait carrément 11% sur mes livres… sauf que je sais toujours pas trop combien j’en ai vendu ! Si, le premier, je sais que le premier mois j’en ai vendu euh 90 !… je sais même plus combien j’ai touché, 50 euros je crois… Mais bon je me plains pas du tout moi, de ce que je gagne… surtout pour l’année 2005, si elles pouvaient toutes être comme ça… 10 000 euros de bourse d’Etat dans l’année ça aide… plus, euh… ouais en tout j’ai déclaré…oups près de 18 000 euros quand même… ça va. Merde on va encore me dire que c’est hyper impudique, hyper mal placé ça, dégoûtant… C’est important moi je trouve de savoir combien gagne les auteurs, je veux dire sans être instit ou Cpe en même temps… ou pion, quoi… c’est important parce ça aussi bien sûr, c’est politique, et puis parce que tout le monde vous pose cette putain de question de toute façon. Ah oui… et euh, tu vis de ce que tu écris ou… ? Ou tu fais tâcheron aussi et que en gros t’es une espèce de pourri d’ado attardé qui lâche pas ses rêves et qui assure pas du tout et qu’aura jamais de gosses ? Hein ? Ben cette année ouais… j’ai gagné… 18000 euros… c’est plus que prof ? Hein ? Non ?

Au fait, pour terminer sur les dramaturges/Starac’, ben… je me demandais, qu’est-ce que vous pensez d’une nouvelle association qui réunirait euh les dramaturges… sexys ? Non ? Ça ferait l’ADS, la déesse, l’association des dramaturges sexy… non ? Parce que là y en a plein hein, Clermont Tonnerre (ce nom !) par exemple je l’ai pas vu mais il a l’air carrément sexy, et puis euh… ouais Mauvignier sexy et hyper sympa aussi… Marion Aubert, ben ouais… sauf que attention quand même parce que elle risque de faire un sacré tabac bientôt là, avec ses Histrions à la Colline (mpffff !) alors attention… Joris Lacoste carrément… Marion Batista ? Euh (Pardon Mario !). Et moi, ben… y a 10 ans peut-être, hein, quand j’étais jeune et jolie…

Bon, pardon vraiment de faire si long hein, mais celles qui fatiguent surtout vraiment ne vous inquiétez pas tout à l’heure je REPONDRAIS A VANILLE QUAND MEME, et à l’autre demoiselle, parce que ce qu’elles m’ont écrit a bien failli me faire pleurer, oui c’est comme ça, je rigole pas, de joie bien sûr, ça m’a hyper touché parce que, entre autre, bon ok en fait je réponds maintenant, entre autre donc je disais : ce qu’elles m’ont dit toutes les deux ça m’a rappelé que c’était pas forcément évident à la base, ce que je faisais. Et ça, hein, ça fait du bien de temps en temps, putain ! Ouaah ! Je me permets de regretter, au passage, de ne pas mieux répondre à certaines attentes, notamment que je raconte un peu plus ce qu’il y a autour des spectacles etc… ça viendra, promis je cherche…

…Mais c’est vrai que…ne pas être seul… écrire sans se sentir seul tout en l’étant… enfin bref… aller au « charbon » avec les autres, les techniciens, les comédiens, être au cœur du truc, comme eux… tout ça et : Ecrire… disons que… ouais : écrire pour le théâtre, vu sous cette angle des spectacles, de leur préparation, lente, de toute la vie qu’il y a autour, écrire comme ça ben ouais, allez, c’est peut-être… une des plus belles façons d’écrire, en fait…en tout cas de celles que je connais, jusqu’ici…

[BREAK=Premier Juin 4]

J’adooore entre autre les réactions autour du (vrai) extrait de mail lâché, comme ça, effectivement dans le feu de l’action, hyper désinvolte-n’importe quoi-sur-le-PC-squatté-du-crac-de-Cherbourg-merci-à-toute-l’équipe, ouais parce que c’est du présent, parce que c’était là. Les réactions suscitées, aussi bien les mauvaises que les bonnes sont un vrai enseignement, c’est hyper riche ça pour moi, et en effet, je pense à ce cher Yann, rien aurait été plus triste que : No signal… Et puis ben rien n’aurait jamais été possible sans lui. Vraiment là, je pense aux mots qui m’ont été dit et… ouais c’est important pour moi de voir que des personnes ne sont pas carrément Horrifiées de ce que je fais, ou pire : « critique ». Oui quand quelqu’un n’est pas content aujourd’hui on dit : elle est très Critique. Bref comment dire euh. Oui parce que c’est devenu très très dur aujourd’hui de pas se tromper... enfin, ce que je veux dire c’est que… ben si je tape sévèrement à longueur de temps sur la production théâtrale contemporaine par exemple, c’est évidemment parce que J’Y Crois A Fond. Ben oui, le théâtre, merde : l’écriture pour le théâtre elle me prendrait pas autant la tête 24h/24h si en effet je n’y Croyais pas A Mort… En son avenir bien sûr… C’est pour ça que justement je ne supporte pas les fausse annonces, les vœux pieux etc… tous ceux qui disent souvent, avec l’argent de l’Etat, oui oui on fait plein de trucs nous, regardez, alors que la situation elle bouge pas d’un poil depuis des années putain… ça je supporte pas, ceux qui disent aux officiels qui entravent rien : nous on fait tout ça, et puis qui verrouillent tout Bien sûr que : Je crois Vraiment à l’Avenir de la forme Théâtrale Contemporaine (je sais pas encore ce qu’elle sera). Je pense que les gens de ma génération (j’aime pas le mot) en ont besoin à fond du théâtre (pas un machin pour se branlotter gnagna, voir la supeeerbe nouvelle pièce de Truc, et le Briiiio de Bordel, et la Peeeerformance de Machine, non, pas un truc non plus où on devient Spectateur/Citoyen argghh…), mais un besoin vital, existentiel, politique, je sais pas moi, fondamental… Plus le progrès, plus les nouveau média/médium vont aller vite (et moi je suis pas Du Tout Pour que ça Aille Lentement, mais alors pas du tout, Moi je suis ultraméga Futuriste pour le bien de L’Humanité parce que… Parce que avec une vraie volonté/force politique qui se voile pas la face on Peut Tout Faire oui, parce que je voudrais pas dire mais y a urgence un peu, c’est une question de vie ou de mort, les gens crèvent, on crève, alors le délire intello/esthétique à la Régy-Stiegler, bof) ouais donc plus ça ira vite avec ça (et c’est tant mieux) eh bien plus on aura besoin de paroles directes, entre nous bien sûr mais aussi ensemble, ensemble dans le même espace-temps et devant un plateau de théâtre. Et ça sera tellement fondamental que ça s’appellera plus théâtre, merde ! Comme les grecs, on aura besoin d’expier, mais pas dans le sens vider, enlever, mais euh, de sublimer : le temps présent c’est ça, temps Présent, le penser, le sublimer, le jouer direct, sur scène… C’est con mais je suis content qu’une de mes « interlocutrices » par commentaires interposés (je sais pas comment dire) ait dit qu’il fallait effectivement mettre un peu les classiques au placard… C’est punk, c’est vrai. Et pourtant ça paraît peut-être pas mais je lis moi ! C’est pas de la connerie obscurantiste et tout ça. C’est pas dire : ne lisez pas, au contraire. C’est même dire lisez putain, et arrêtez d’avoir les boules avec ce respect de l’ancien, l’antimite (anti-mythe), c’est : lisez et servez-vous en. Je lis, bien sûr. J’y passe un temps incroyable. Pas un auteur publié (malheureusement, évidemment) de théâtre contemporain que je ne connaisse. A savoir : au moins un de ses livres, le style, l’éditeur. Je rigole pas. Et ça c’est du travail. Je lis, et surtout : J’ai lu. Oui « J’ai lu » comme la marque des bouquins qui puent le moisi dans les bibliothèques de nos parents… J’ai lu parce que aussi, je pense pas qu’on a besoin de relire trois mille fois les mêmes trucs, c’est encore de la connerie post euh, post universitaire, ça. Je parle pas pour Tout évidemment, c’est comme toujours, j’ai l’air de faire des grosses généralités mais faut bien faire attention hein, la quantité là, c’est une affaire de style… Bon : j’ai lu a fond Stendhal, ben oui (pas le Rouge et Noir seulement, mais évidemment Les Chroniques Italiennes, et puis Lucien Leuwen , la Chartreuz of course), j’ai lu tout Flaubert (bon y en a pas bézef mais l’éduc. Sentimentale faut se la taper), bien sûr (pas Maupassant, beurk) : Proust bien sûr, toute la Recherche pendant deux ans qui a carrément bouleversé ma vie, mais même aussi Jean Santeuil et le magistral Contre Sainte-Beuve qui aussi a changé ma vie et puis dans la folie John Ruskin dans le texte, carrément. Mais ça encore c’est les plus connus y a aussi Tous les plus improbables du 19/20ième : Léon Bloy (Le désespéré ! La Femme pauvre !), Gobineau, Gombrovicz (Feerdydurk génialissime, en fait : tout Gombrovicz), Henri Barbusse (L’Enfer !...etc…), Peguy, Hungar, Mirbeau, Jouhandeau (génial Jouhandeau, Les Chronique Maritales, tiens !), Zweig (ok, ça c’est mon côté adolescente… mais quand même lire : La Pitié Dangeureuse, La Confusion des sentiments), Miller (La Crucifixion en rose !), et les tous premiers textes d’Aragon (sans doute ce qui s’est écrit de plus moderne en France au début des années 20, La Défense de l’Infini, le Cahier noir…) qui les a lus ? Bon voilà, j’en oublie tellement, les vieux cons exclusivement 20ième bien sûr, qu’il faut avoir lu absolument… ouff… Ricardou, Robbe-Grillet, Simon… Gide, ben oui sacrément, Gide, tous les livres (surtout Les Faux-Monnayeurs, à ce jour un des plus parfait romans de langue française, on peut se demander comment certains osent encore s’attaquer à la fiction aujourd’hui de manière si académique et bêtasse). Mais… oh et puis j’oublie Claudel alors que je viens juste d’acheter Connaissance de l’Est (quel titre), et puis Jouve aussi que je relis… et puis le plus grands Seigneur d’entre tous, Nijinsky, Le Journal, justement, Capital, comme disait l’autre… Voilààà, et je parle évidemment pas de tous les Grecs, des pères latins, de Kant, Descartes, Leibniz et les autres que je me suis tapé presque intégral, bien sûr. Bon, et pas une femme là-dedans, c’est triste mais ça veut bien dire quelque chose ça… Mais ce que je lis, là, en ce moment c’est quoi ? C’est que des femmes : Monique Wittig, Liliane Giraudon, Adilia Lopez, Kathy Acker, Angot bien sûr… non en fait, pas que des femmes, mais dans les bouquins importants que je lis, les bouquins d’Aujourd’hui, donc, largement plus de 50%, c’est des femmes. Sur ce plan-là les 19/20ième c’est clair que c’était pas rock n roll, question ouverture aux femmes… Ok, y a Duras, mais on ose plus la citer, et c’est dommage, 80 % de la littérature intéressante aujourd’hui (homme et femme confondus), est directement héritière de Duras (pas de Robbe-Grillet, non), faut le savoir.

[BREAK=Premier Juin 5]

Je sais pas comment le dire (et la depuis euh, ouais, 3 heures que j’écris sur mon Vaio recroquevillé sur un tabouret diabolo – vous voyez ce que c’est ? – et j’ai hyper mal aux coudes en fait), je sais pas comment dire mais les personnes qui ont parlé très directement de mon écriture, de mon choix d’écriture, de style et tout, pour dire des choses chouettes, super pertinentes, ça m’a vraiment touché. Parce que c’est devenu un peu insupportable ça aujourd’hui, et ça par contre, c’est carrément le mauvais retour de manivelle de l’effet Duras décrit plus haut si je puis dire (bah oui parce que Duras en gros, et seulement une femme pouvait/devait le faire, elle a complètement décloisonné l’écriture – en France en tout cas – elle lui a permis de franchir le cap de la modernité : en gros elle a prouvé qu’il fallait pas forcément sortir de Normale pour faire un livre, elle a montré que nous on pouvait écrire, nous la classe moyenne, pas seulement les bourgeois, ceux qui ont le fric et le pouvoir, et l’éducation aussi, mais surtout, Nous les gens qui vivent, dans le monde, qui avancent (et qui en prennent plein la gueule), les femmes, les hommes… et puis du coup l’effet Sagan par exemple, dans la foulée… bref), donc euh ouais c’est chiant quelquefois parce que du coup tout le monde, quand je dis tout le monde c’est n’importe qui vraiment, se trouve fondé à critiquer l’écriture, enfin dire ce qu’il pense de la valeur profonde d’un texte, et de sa forme notamment. Alors je veux pas dire du tout que ça ce serait réservé à une élite par exemple, non, au contraire, ce qui est gênant seulement c’est le besoin chez plein de gens de critiquer Précisément la Forme, et jamais vraiment les idées finalement… tout le monde à ses petites convictions sur la bonne ou mauvaise forme en fait, ok… mais le fond ? Ben ça je pense que c’est clairement dû à notre éducation, encore une fois comme le théâtre, notre éducation elle pourrait être la meilleure au monde, vraiment à peu de choses près, eh ben non, c’est la pire. Dans les cours, de lettres en fait parce que scientifique j’en sais rien, que ce soit au lycée ou à la fac, on nous enseigne à peu près n’importe quoi sur la littérature, les textes, les (H)auteurs, ce que c’est qu’écrire… ouais… en tout cas, on n’enseigne pas les bonnes choses. Encore une fois on nous apprend les vieux, les figures de styles, l’Histoire littéraire, comment le fait que machin ait fait ça ça donne forcément que truc il ait pu faire ça, etc, qu’est-ce que c’est chiant… Enfin, cette idée que ça Progresse. Que la question sur la forme progresse. Et que ça progresse en qualité… ou bien pas toujours… que des fois, on est carrément en dessous, à bout de souffle justement, en dessous des Grecs par exemple. Bon, je critique pas trop non plus la fac parce qu’on m’y étudie apparemment, à Montpellier, à Bordeaux et je sais plus où… Pour revenir sur la forme, ouais, en gros voilà ce que je veux dire : l’enseignement, la putain d’Analyse de texte et tout, elle fait que n’importe qui peut se permettre de dire si Le Texte Il est Bien ou Mal écrit… en gros. Mais pour dire si ce qui est dit, la démarche est intéressante ou complètement débile, là, plus personne. Ben non parce qu’on fait pas de philo dans notre formation, ou alors très peu, c’est minable… Du coup très peu de gens pour comprendre le réel fond d’une forme, que c’est pas arbitraire ou inspirée, et que ce n’est pas non plus complètement prémédité, que c’est une mécanique compliquée, et du travail, donc de l’obsession, bien sûr… on n’apprend pas ça. Et qu’une forme par exemple délibérément frontale, simple, naïve, voire volontairement indéfendable, que ça, ça a un intérêt par exemple, que ça peut porter du sens justement, que, tiens, ça peut faire clic… et que c’est pas n’importe quoi même si ça cherche complètement à en avoir l’air, enfin etc., etc…

Bref… Bon là, j’en peux plus, et j’ai pas dit la moitié de… Alors surtout, là, j’en profite pour glisser un petit mot de remerciement à Yann… Moi ce forum, tel qu’il tourne, en vérité, j’en ai rêvé, et… Yann l’a fait. J’ai parfaitement conscience de l’importance des enjeux je veux dire concernant internet... et j’ai tout essayé, le blog par exemple, mais j’ai trouvé ça complètement nul, ou alors j’ai rien compris… J’ai un blog, comme plein de gens (bon ok y a myspace maintenant mais là techniquement je suis largué), mais j’ai vite compris que pour être visité et avoir des trucs sympas genre des commentaires et tout, ben le seul truc c’est qu’il faut aller sur le blog des autres et mettre soi-même des commentaires sympas, bon…

…C’est un drôle de garçon Yann quand même, y a des gens comme ça, tout de suite on se dit, oh lala, ça passe ou ça casse… je veux dire que c’est une vraie rencontre, qui annonçait vachement bien le forum justement, avec Yann on n’est pas d’accord surtout, et c’est vraiment intéressant la confrontation, parce qu’il est aussi fou/passionné que moi, je le sais… Il y a des gens dans ce métier, plein en fait, on les voit échafauder des trucs improbables et puis… et puis rien et c’est carrément en eux en fait, ils parleront toujours d’un tas de trucs, et ça mènera jamais à rien. Quand j’ai vu Yann, j’ai vu tout de suite l’inverse, et là, c’est vers moi que je me suis retourné immédiatement : bon, est-ce que toi, tu vas avoir le courage d’aller jusqu’au bout ? Ben voilà… j’essaie.


Et puis… Mon amie vous le dira… j’ai pas qu’été en vacances, tout de même, ces 4 derniers jours ! Non, puisque j’ai quand même terminé cette chose que je fais suivre, avis aux inépuisables donc ! A savoir : une espèce d’auto-interview, autofictionnel/fictif… voilà… c’est en réponse à la revue Théâtre/Public qui m’a demandé un texte sur mon travail, à paraître donc dans le prochain n°… (J’y parle entre autre et à la fin du tout dernier Sofia Coppola qui est magnifique, qui pour moi devrait révolutionner l’enseignement de l’Histoire)

Et puis… enfin ! Une chose qu’on n’enseigne pas décidément, dans notre école bien malade c’est… Le Comportement, chose dont j’ai envie de parler mais pour la prochaine fois… par exemple : pourquoi et depuis quand exactement je sais que je ne mangerais plus jamais de Kebab ? (sauf extrême urgence)…ou pourquoi et depuis quand exactement je n’aime plus du tout le jazz ? (mais alors plus du tout). Intéressant huu ?

[BREAK=Textes Jetables]

Ronan Chéneau, auteur de "Cannibales", mise en ligne le 1er juin 2006 (article à paraître dans le prochain numéro du magazine Théâtre/Public


« Textes jetables »

Depuis cinq ans, Ronan Chéneau (auteur), avec David Bobée (metteur en scène), travaille à inventer les procédés d’une dramaturgie originale. Ils terminent en ce moment une trilogie portant sur l’intime et le politique, sur l’actuelle génération des 25-30 ans. Les spectacles Res/Persona et FCaées ont été crées en 2004 au CDN de Normandie, le dernier volet, Cannibales, est en cours. Les textes sont publiés aux éditions Les Solitaires Intempestifs.
X : …

Non non non, ce que voulais moi c’était pas écrire un article en fait, et puis sur le conseil de David faire une sorte d’interview croisée, mais bon ça a complètement raté… Oui parce qu’un article je sais pas, ça me rappelle trop la fac peut-être et puis ça me gonfle assez vite en général, j’en lis presque pas, enfin…

X : …

Ben ça m’énerve… à la fac, mes profs c’était tous des monstres, sauf un seul... Ils ont tous fait Normale mais quand tu creuses un peu tu t’aperçois vite que l’art contemporain pour eux ça s’arrête à Magritte et Schönberg. C’est grave.

X :…

J’ai un DEA de philo.

X : …

Ben c’est venu tard en fait, je sais pas si 28 ans c’est tard pour le théâtre mais après les choses sont allées assez vite.

X : …

J’ai 32 ans.

X :…

Oui souvent on me le dit ça : ce que j’écris c’est générationnel, y a un propos générationnel… C’est pratique et en même temps réducteur… Bon, la question que moi je voudrais poser c’est : Qu’est-ce que c’est la jeunesse ? La jeunesse c’est pas générationnel c’est culturel, historique, elle est vraiment apparue massivement dans les années cinquante/soixante, avant elle existait pas, je veux dire la première qui ne s’habille pas comme ses parents, qui à la fois écoute et fait sa propre musique etc., c’est quand même une invention énorme. Maintenant la jeunesse ça concerne de plus en plus de gens, trente c’est jeune, quarante aujourd’hui c’est jeune et ça va continuer comme ça … encore une fois c’est politique, vouloir séparer les générations. C’est con à dire mais vraiment aujourd’hui si on est « vieux » c’est parce qu’on le veut bien. Non. Moi je déteste la vision « romantique » et exclusive de la jeunesse justement, inspirée à la Rimbaud, éphémère et sacrifiée, révoltée tout ça, c’est débile, aujourd’hui être jeune c’est au contraire regarder le monde, le regarder vraiment : la jeunesse est politique de fait.

X :…

Ben oui, arriver juste après la génération 68 quand même fallait le faire… C’est la génération (la dernière) qui a voulu mourir quoi, qui l’a poussé à fond le romantisme justement. C’était impossible d’arriver après… Nous on symbolise leur échec, on aurait jamais dû naître en fait, en tout cas pas dans ce monde-là, on aurait dû naître mais alors dans un monde hyper beau, être super heureux, le monde juste après la révolution quoi, mais voilà, nos parents quand ils nous voient aujourd’hui ça leur rappelle qu’ils ont manqué quelque chose, que ça a pas du tout marché leur truc, et que sur la fin ils se sont complètement fourvoyés aussi… du coup ils nous en veulent et nous prennent un peu en pitié, nous infantilisent… Et puis ils se rendent pas compte de tout ce qu’on révolutionne nous aujourd’hui, tous les jours, dans la société je veux dire, et pas forcément en se battant avec les flics devant la Sorbonne, non ça c’est la façon « romantique »… même si bon, récemment… Nous on révolutionne les choses par notre comportement, c’est pour ça que quelque part, ça se voit moins, c’est plus lent… Je suis pas sûr du tout que pour les gays et les lesbiennes c’était plus cool de vivre en 68, par exemple…

X :…

Non non globalement je suis pas méchant avec les auteurs, je dis seulement que dans le théâtre souvent ben, on manque d’un côté euh… glamour-rock. « Auteur dramatique » ça fait tout de suite sérieux évidemment, la personne qui écrit des trucs hypers graves etc... On lit peu le théâtre contemporain en général et c’est dommage. Les auteurs eux-mêmes se lisent peu entre eux, je trouve. On vit dans la nostalgie des derniers « grands », des Lagarce, des Koltès… Moi j’aime aller chercher chez les performeurs, les poètes sonores, chez Heidsieck, Tarkos, Giorno, chez Fiat, Bouvet, Handschin, les écritures complètement atypiques dont tout le monde parle mais que personne ne lit vraiment, et souvent rien à voir avec le théâtre, comme Guillaume Dustan, un des premiers à avoir introduit la notion de queer en France… Amener au théâtre tout ce qui n’en est pas : j’adore les tentatives barrées à la Arnaud Labelle-Rojoux, Sophie Perez… il y a aussi les singularités supers fortes à la Garcià ou Rambert… …

X :…

Oui on peut dire que le théâtre évidemment ça a commencé avec David. Avec Babi, aussi.

X :…

Oui. Babi est éclairagiste. Sans eux j’aurai jamais écrit pour le théâtre. Une fois j’ai vu un de leur spectacle à la fac justement, super beau, avec une énergie incroyable, le texte surtout c’était un mélange de choses à eux, des impros des comédiens avec des passages de Roland Barthes, le résultat était magnifique. Ce que j’aimais c’était surtout cette liberté avec le texte. Au niveau de l’écriture j’étais un peu dans une impasse, dans un délire un peu euh expérimental, je lisais du Robbe-Grillet, je rêvais d’être publié chez P.O.L… Du coup je me suis dit : Non, ce que je veux faire, c’est ça : ce que j’ai vu dans ce spectacle… Que David monte mes textes. Ça devait arriver un peu plus tard, et ensuite, grâce au CDN de Normandie : Dans leur saison on devenait un peu des électrons libres au sein du « Laboratoire d’imaginaire social », à faire des spectacles/performances dans l’urgence, c’est là que j’écrivais mes premiers « Textes jetables », textes périssables, en réaction directe à l’actualité…

X :…

Ça personne le comprend. La dramaturgie des spectacles elle vient pas du texte à la base. Les premiers jours de répétitions je donne à David et aux acteurs, mais aussi aux techniciens, un recueil de texte, des feuilles volantes, y a pas d’ordre. On prend, on jette. Si ça sert tant mieux, sinon tant pis. J’ai en tête cette image des répétitions : l’équipe au travail avec les feuilles A4 éparpillées sur les gradins, le plateau, au milieu des projos. Si j’écris pour le théâtre c’est d’abord parce qu’on me le demande, toujours, parce que David me le demande par exemple. Ce que j’aime bien dans cette écriture du plateau c’est la totale liberté que j’ai et celle aussi du metteur en scène justement, moi je me vois pas écrire : alors la scène elle est comme ça, avec l’acteur qui est là, qui fait ça etc., mon travail c’est donner de la parole, de la pensée, après je leur fais confiance, ils savent faire, éventuellement je donne mon avis mais en général j’embête personne. Le texte est au cœur du plateau, mais pas central. David me fait des commandes en fonction de ce qui se passe sur scène, il me demande un texte, ça peut être flou ou hyper précis, et il en fait ce qu’il veut… ou si des fois un comédien le sent pas, je réécris, j’enlève, je modifie… Comme le type au son ou à lumière, je cherche, je creuse, j’adapte… Du coup à la fin, quand je fais un recueil pour les Solitaires Intempestifs, c’est le résultat de tout ce travail, un résultat collectif. J’entends partout les gens dire : l’auteur, c’est l’autorité, c’est être à l’origine de etc… Moi je laisse les gens intervenir directement dans ce que j’écris. Il y a un problème je trouve avec le code de la propriété littéraire… Moi-même je me gêne pas d’ailleurs pour emprunter ça ou ça à quelqu’un, prélever, sampler. Et cette façon de créer là, en réseau, elle est aussi politique dans un sens. J’aime bien dire que David par exemple écrit à travers moi, dans mes textes il y a aussi ses envies, les idées qu’on partage… l’important c’est qu’on se saisisse de l’occasion du théâtre pour éprouver du discours, entendre des paroles, enfin… du sens. Quand certaines choses ne sont pas dites, prononcées en public, je trouve ça grave, il me manque quelque chose. Le théâtre est là pour ça.

X…

En fait, la place de l’individu oui elle est énorme aussi bien dans notre façon de faire du théâtre que dans mon écriture. Le respect qu’il y a entre nous, notre façon de faire ensemble mais chacun dans son truc, le fait qu’il y ait plus de hiérarchie : metteur en scène, auteur blabla, mais des artistes indépendants, des vraies individualités, ben ça donne beaucoup plus de force aux propositions. Le théâtre c’est des individus ensemble, qui se parlent, qui se font face. C’est aussi ça les questions qu’on pose dans la trilogie : comment l’individu se débrouille aujourd’hui, la place qu’on lui donne, comment il peut se construire intimement, socialement, sexuellement.

X…

Ben dans notre dernier spectacle Cannibales, il y a une comédienne qui tient un discours hyper frontal sur la gauche, elle dit en gros ce que tout le monde pense… En fait on s’est aperçu que ça pouvait choquer beaucoup de gens d’entendre ces choses-là… C’est comme quand on a commencé la trilogie au début, on entendait dire sans arrêt que c’était impossible de parler politique au théâtre, c’était interdit depuis les années 70, tout avait déjà été dit, fait, entendu… Dans la trilogie c’est aussi ça qu’on cherche : renouer avec la pensée politique, se déculpabiliser quant à l’engagement et puis surtout accepter les contradictions dans lesquelles forcément on vit… parce qu’on en a fini avec l’Histoire linéaire. Les idéologies se sont dispersées, le Sens aussi (qui n’a pas disparu loin de là)… j’essaie d’en retrouver les petits morceaux en grattant la surface des choses, encore une fois la mode, la pub, le journalisme grand public, internet, tout ça c’est politique et c’est complètement passionnant, délirant…

X… :

Oui heureusement, finis les « grands résumés », les grands desseins écrasants, putain… l’important c’est les individus libres de se déterminer, se dire ceci ou cela…Je trouve qu’on a un gros problème dans notre appréhension de l’Histoire… Normal du coup, qu’on ait du mal à comprendre le présent… Regardez les politiques avec la question coloniale. Le truc c’est qu’ils ont encore une lecture hyper linéaire, complètement biaisée et archaïque de l’Histoire, alors il veulent que la société continue à ressembler à cette Histoire-là : Exclusivement masculine (on ne parle jamais que des « grands hommes »), hétéronormée, occidentalo-centrée, et chauvine (la France s’en sort toujours)… Moi je suis pour Soffia Coppola, l’Histoire d’un point de vue sensible et pop, du point de vue des individus, l’Histoire vue par le présent et non l’inverse, je vois pas pourquoi ça serait moins vrai…

X…

Carrément… parce qu’on n’est bien d’accord, y a pas que les terroristes qui terrorisent les gens aujourd’hui, hein, y a aussi ceux qui les combattent : la police Française qui vient de se faire épingler par Amnesty International, par exemple…

Ronan Chéneau, David Bobée,
avec la collaboration de Cédric Leboucher



[BREAK=La machine est repartie]



La machine est repartie ça y est, et c’est comme une machine, je suis une machine comme je le disais juste à l’instant à mon amie : j’écris sans arrêt, je n’arrête pas d’écrire et aussitôt avec un grand doute quand même parce que : est-ce que c’est pas une légende ça, ce qu’ils racontent finalement tous ces enfoirés d’ « écrivains », ou bien un style qu’ils se donnent, ou pire une impression qu’ils se font eux-mêmes, toujours en exagérant un peu, quand même, oui oui c’est ça : moi j’écris sans arrêt, quand je te parle là et quand je pense, j’écris, toute ma vie c’est : l’écriture, et soit disant ce serait implacable ça, comme génétique, alors une tare sans doute, un dérèglement du cerveau, mais n’est-ce pas aussi la pensée, la question de comment on pense, de : qu’est-ce qui s’écrit quand on pense et comment, et puis qu’est-ce qui se dit, aussi, et puis : est-ce que ça dit toujours et comment, est-ce qu’il n’y a pas une affaire complètement abstraite là dedans genre je sais pas, une procédure par symbole ou quelque chose qui dérape tout le temps comme ça, complètement insaisissable alors par exemple, ou bien alors c’est seulement que chez certains(es) que ça ne s’arrête pas d’écrire, ce serait comme se donner des représentations, se signaler quelque chose à soi-même en se parlant, toujours, intérieurement bien sûr, un truc qu’ils/elles feraient depuis longtemps, tous(tes) petits(es) pour se rassurer, se dire des trucs idiots comme moi je l’ai fait pendant des années rien que pour me protéger, et donc alors dans la pensée donc ce serait : comme ça, écrit comme dans les livres, des trucs écrits en times new roman corps 12 ou en je ne sais pas quoi, mais de fait je suis pris d’une envie d’écrire là depuis quelques jours irrésistible, comme un rappel à l’existence, elle me remonte comme une fonction vitale, à un moment c’est une simple question de survie, c’est-à-dire de vie maximum, je serais manifestement amputé d’une large part de puissance si je n’étais pas encore à écrire là, je vibre, l’envie fait mal au ventre je suis fébrile, en ce moment j’ai un désir de livre, en ce moment je suis dans le livre, il faut que fasse des livres, j’ai des milliards de livres en préparation je crois déjà l’avoir dit dans ce journal, mais malheur : MES ŒUVRES SONT INDISCIPLINEES et SANS CONTOURS, j’ai des milliards de livres qui n’aboutiront jamais, des fichiers word imbitables, un livre c’est une histoire qu’on finit, je voudrais faire un livre, des livres, j’en rêve même la nuit, je dors mal, quelque chose me manque depuis quelques temps et trouble mon comportement, trouble ma perception, état proche de l’angoisse et de l’incertitude, la peur du lendemain [et là entre crochet je relis ces lignes écrites il y a une dizaine de jour déjà et ce que je ressens aujourd’hui me surprend et n’a vraiment plus rien à voir avec ce que je décris là, oui la chose me surprend, carrément], je cherche des explications rationnelles mais : aucune car tout va bien, et tout va foutrement bien même, j’ai peine à le dire correctement à ceux qui m’appellent et à donner la juste mesure, « ça va ? », « mais ouiiii, super », « vachement bien », « ah bon », c’est complètement crétin mais je suis allé jusqu’à penser que c’était le changement de climat de ces derniers temps, je pense que vous avez remarqué, il a fait vachement froid là d’un coup, et moi ça m’a fait chier ça m’a anesthésié carrément, j’ai une grosse tendance à l’hébétude en ce moment pour un rien je m’arrête, sur n’importe quoi je me fige comme un abruti et ça commence à faire des semaines de ça, c’est quoi cette maladie ? je perds ma libido, des fois dans cette espèce d’hypnose des images ultra violentes hantent mon esprit, des images de membres coupés et/ou arrachés, c’est sérieux comme angoisse ça ou bien ? sérieux comme dans un film gore, c’est peut-être encore une affaire de climat, ce gamin de huit ans qui s’est fait arracher un œil par un pit-bull récemment, ah oui, on se demande là si le chien il aurait pas mieux fait de le finir carrément le gosse, comment il va vivre maintenant ? huit ans et l’œil arraché par un pit-bull, merci la vie, et puis un autre égorgé, un bébé dévoré dans son landau devant sa mère qui n’a rien pu faire, ah mais c’était le chien de son oncle, d’habitude le chien il était gentil mais pas ce coup-là, qu’est-ce qui lui a pris, mais quelle bande de con, je suis pour l’interdiction des chiens purement et simplement en ville, ne serait-ce qu’à cause des crottes qui nous envahissent, parce que les chiens ont rien a foutre en ville et que c’est juste un caprice humain bordel, et puis interdire les bagnoles en ville aussi, ouais : tous ces gens qui collectionnent les poubelles roses vertes et bleues (t’as même plus de place pour marcher sur les trottoirs) et qui te culpabilisent parce que tu laisses un peu trop longtemps le robinet ouvert, ceux-là sont encore les mêmes qui veulent interdire le tabac dans tous les lieux publics, les mêmes qui préfèrent prendre leur bagnole que de marcher quinze minutes, parce que ça la bagnole c’est intouchable putain, interdire la cigarette la drogue la boisson les pédés les sorties aux mineurs : ok, mais la bagnole jamais, eux et leurs longues files d’attentes à cinq heures dans toutes les villes de France et derrière chaque feu rouge vraiment c’est à se flinguer, ces gens tous seuls et énervés parce qu’ils rentrent du boulot ou du supermarché dans leurs bagnoles, seuls avec 5 places vides putain, non tout ça c’est parfaitement normal madame et ça pollue pas du tout l’atmosphère bien sûr, hein, ça fait aucune maladie et aucun cancer non plus, mais tu laisses pas couler l’eau du robinet quand tu te laves les dents, hein, parce que c’est pour l’environnement, quelle société débile putain, moi je suis contre l’attitude du « tri sélectif » inefficace, débilitante et culpabilisatrice (ça dans nos sociétés on aime bien), et puis merde je sais même pas pourquoi je m’acharne, on s’en fout, c’est quand même pas ça qui m’angoisse : moi je pense à écrire, à quoi écrire d’urgent aujourd’hui, et puis j’ai un désir de livre, je suis dans le livre, sollicité de partout le CRL, l’IMEC et les lectures et les spectacles et les rencontres à venir et les gens pour qui il faut écrire et Marc Cholodenko Fabrice Melquiot qu’est-ce qu’il fout là lui, et je suis pas foutu de finaliser le manuscrit de Cannibales que mon éditeur me réclame (dead line le 5 juillet), mais c’est peut-être tout simplement le DVD que j’ai loué l’autre jour, j’étais avec mon amie ce coup-là parce que sinon j’aurai jamais pu le mater tout seul, c’était : the descent, un scénario magnifique faut reconnaître, vraiment terrifiant : du film gore intelligent hyper bien fait, c’est redoutable, et que des nanas dans le film, moi je me sens hyper vulnérable devant ces choses-là, les images me reviennent encore et pendant deux jours j’ai eu peur dans le noir, ou bien alors c’est l’autre jour quand j’ai vu le duo Maurice Druon/Sarkozy, ces deux là ils ont vraiment pas compris que « travail, famille, patrie » c’était fini, Pétain quoi, ou bien alors c’est cette espèce de poète slameur super trash que j’ai découvert sur le net, j’ai pas pu décrocher de ses textes pendant des heures en essayant de comprendre ce qu’il y a là dedans, pourquoi il y a quelque chose de fascinant dans ce côté super cru, et c’est de pire en pire à chaque texte, je me sens tout à coup très gentil moi, trop gentil avec cette société merdique, ses toutes petites idées merdiques, ouais toutes ces idées qui traînent en ce moment on peut pas dire que Ségolène vient relever le niveau, alors la solution c’est : plus de répression, ben oui sauf que : déjà dit, alors je me dis que c’est ça que je voudrais : écrire des choses aussi radicales que lui, aussi crues et sales, être en mesure de dénoncer vraiment cette hypocrisie qui pue des politiques, et ce luxe qu’ils s’accordent à savoir celui de se montrer complètement débiles devant des questions si importantes, je serai un peu dans la tendance « Costes » du moment, je sais pas si vous le connaissez c’est un performeur, dire des choses aussi trash sur sa mère, sur lui, sur les flics, sur le quotidien minable de toute une génération complètement paumée anéantie brimée laminée infantilisée, et encore là il s’agit pas des gosses des banlieues et des enfants (petit-enfants) d’immigrés, non non là je vous parle de nous, hello ! nous les désespérés les petits blancs de 25/30 qui en chient c’est vrai mais quand même pas encore systématiquement méprisés/rejetés pour une couleur de peau ou une marginalité trop marquée, mais peut-être que ça nous aiderait justement à nous révolter ça, à réagir comme eux l’ont fait, bon ok c’était en brûlant des bagnoles, mais quoi qu’est-ce que vous vouliez qu’ils fassent d’autre, hein, oui je vous parle de : nous les biens éduqués, un minimum, nous qui formons cette immense classe où de moins en moins de choses nous distinguent en revanche, nous cette immense et monstrueuse classe où l’on trouve désormais aussi bien les « pauvres » que ceux issus des anciennes « classes moyennes », ben oui car les riches sont devenus tellement riches, allez faire la différence maintenant, entre le pauvre de base et celui qui n’est pas immensément riche on peut vraiment se demander, et ça bien sûr personne à gauche l’a compris, on nous ressort toujours la même vieille lutte des classes pourrie qui ne veut rien dire, et qui arrange tout le monde du coup puisqu’elle ne veut plus rien dire, oui et surtout le PS, le PSSSSS, nous = la grande « classe moyenne », ouais la classe des moyens si vous voulez, d’ailleurs qu’est-ce qu’on peut bien vouloir, ce qu’on veut c’est de l’esprit et un peu de qualité de vie, c’est-à-dire vivre dans des lieux confortables d’abord où les gens se respectent et ne sont pas trop cons, et puis avoir un peu de culture aussi allez, mais pas la culture conne dont on nous rabat les oreilles depuis le collège, la culture classique chiante et bidule où c’est soit disant bandant d’avoir compris que la vision de machin elle est parfaitement en réponse à truc, on s’en fout, nous on veut de la culture d’aujourd’hui qui nous parle et qui nous aide et nous fait avancer, nous on est Le Peuple et le vrai, parce que les ouvriers c’est fini, parce que les mineurs et tout ça heureusement c’est fini, nous on est le peuple qui gagne entre 800 et 3000 euros par mois en quête de plaisir et d’identité et d’estime de soi, c’est ça : nous, nous tous dont le quotidien aura au moins une fois été celui-là : celui des apparts merdiques, du Rmi, des kébab dégueulasses, des beuveries, celui des années d’études interminables qui riment à rien, celui des grosses villes de province pourries qui se droitisent et se beaufisent, oui parce qu’il faut vraiment des parents très riches pour ne pas avoir été au moins une fois confronté à tous ces trucs-là que je viens de dire, même les fils d’avocats ou de médecins aujourd’hui ils touchent le RMI, pas longtemps ok mais quand même, moi je l’ai touché et faut dire à quel point quand même c’est hyper humiliant se retrouver dans un CCAS au milieu des clodos et des débiles mentaux à déclarer deux ou trois cent euros de revenus tous les mois qu’on te déduit, remplir ça dans les grosses cases de formulaires conçus pour les débiles, oui même après 6 ans d’études c’est possible, et puis ce mec du coup, poète/slammeur hyper trash en fait, ce mec il en parle très bien dans ces textes, de cette presque-misère plus merdique que merdique de tant de gens, super banale en fait et même pas romantique du tout ou excitante, sauf pour quelques parigots qu’ont rien compris supers contents de crever la gueule ouverte mais dans la capitale, bon là j’arrête, avec même pas de quoi s’acheter Libé, jusqu’aux heures passées au flunch quand j’étais tout petit, mais bon moi je suis content la dèche c’est fini depuis trois ans et demi, mais pourtant j’en ai bouffé des courses raques chez Lidl et des fringues chez C&A pourries, est-ce que c’est ça prendre son pieds France, hein, Jacques Chirac qu’est-ce qu’il en pense ? enfin bref toutes ces choses dans lesquelles se reconnaît une grande part de la population encore une fois : des plus prolos jusqu’aux classes moyennes, nos sociétés produisent une très grande classe de gens logés à la même enseigne question bassesse et petites humiliations, et qui en parle de ça, merde alors, écrire un livre pour dire tout ça, je suis influencé par mes lectures en ce moment c’est clair, et j’ai bien conscience que cette livrée-là ne ressemble pas du tout à la précédente, question style et tout, l’autre jour justement je lisais du Jean-Luc Lagarce, enfin je relisais, un truc qui m’avait bouleversé à la première lecture et là à cause des images trash que j’ai dans la tête je trouve ça tout à coup hyper lointain, voire un poil snob et un peu vain aussi, Lagarce il écrit quand même beaucoup sur la perte et la nostalgie, le rapport à soi et à l’autre, sur la mémoire et l’intime et au bout compte, ben un moment ça m’a lourdé, alors je me sens total déboussolé, parce que c’est un écrivain mythique Lagarce, et j’ai l’honneur quand même la chance d’être publié chez l’éditeur mythique de cet écrivain mythique,

trois pages déjà putain faut que j’arrête…



[BREAK=La machnie est repartie 2]



je suis censé être en vacances et suis pris 4 à 5 heures/jour rien que par mes correspondants e-mail et autres pour : préparer mon voyage dans l’Est de la France (Jarny, Metz) où je suis auteur invité au Xième festival de l’intime, préparer avec la Chartreuse (Villeneuve lès Avignon) le festival où je dois faire des rencontres et organiser une lecture avec David pour le 21 juillet, être en contact avec Solange Oswald et Joël Fesel pour leur spectacle qu’ils jouent au festival d’Avignon en parti monté sur mes textes (cf. programme du « in » p.88 ), répondre et consulter régulièrement les nombreux mails de notre nouveau et zélé producteur Bruno L., répondre au sollicitations de la DRAC pour des pots en l’honneur de récentes nominations, répondre à la Cité Internationale à Paris qui a besoin de nous pour son ouverture de saison, répondre au Centre Chorégraphique de Caen et à Philippe C. qui me font la commande d’un texte sur l’Afrique, répondre à Didier Bourda qui m’invite deux jours pour son festival de poésie en septembre, répondre à Sylvain Lou le chargé de com’ des Solitaires pour des histoires de librairies dans tous les lieux où je me déplace et pour changer ma bio sur le net et régler avec lui des droits de traduction, répondre à Ingrid Luley artiste performeuse qui me commande un texte pour son prochain spectacle dans une semaine, travailler avec le CRL sur des rencontres d’auteurs, répondre à Nicole Y. qui désire m’inviter avec d’autres auteurs dans son lieu à Marseille et veut me rencontrer en Avignon, répondre à l’invitation de l’ONDA à la ferme du buisson, envoyer des notes et de bio à la Chartreuse, téléphoner à l’IMEC qui veulent m’inviter depuis des mois voir leurs locaux et qui attendent que je leur fasse des propositions, envoyer un dossier pour des rencontres internationales et transversales aux Bernardines à Marseille, faire les lectures là où on me le propose, répondre à mon traducteur en espagnol qui cherche en ce moment éditeur et diffuseur pour son texte, écrire à la SACD à propos de mes droits…
et là j’en oublie la moitié, tout ça c’est ce qui m’a occupé ce mois de juin, où je suis censé être en vacances, ça en plus du manuscrit de Cannibales que mon éditeur me réclame, en plus de ma vie sentimentale et sexuelle, en plus de ma correspondance avec mes nombreux amis et mes ex, en plus de mon admiratrice de Montpellier, en plus des spectacles et expos où je suis invité partout et… bien sûr

tenir si aussi régulièrement que possible ce journal

[Un petit problème, tout de même, concernant le « temps réel » qui me… ben qui me pose problème… mon actualité dans l’ordre, là, entre les premières lignes et celles-ci c’est, disons dans l’ordre : l’invitation le 12 de l’ONDA (Office National de Diffusion Artistique), le Xième Festival de l’Intime à Jarny dont je reviens juste, du 21 au 24 juin… on se rapproche donc… dans l’idéal il faudrait du coup que je parle aussi de ma dernière soirée à Paris, celle du 24, juste avant de rentrer à Caen, de mon petit « crochet » par Nancy, ville que je n’avais pas vue depuis… 17 ans… oui cette soirée à Paris avec mon vieil ami, Hervé, que je connais depuis plus de quinze ans maintenant et Lise, mon ex, que je connais depuis plus de quinze aussi, et Tatiana qui est aujourd’hui ma compagne… mais d’abord ouais cette soirée ONDA, bon l’ONDA c’est quoi cet animal, ces des mecs subventionnés par l’Etat et qui créent une sorte de répertoire des spectacles qu’ils aiment bien et pour lesquels ils sont près à donner du frics pour que des lieux les accueillent, en gros. Donc, vous avez deviné Fées est soutenu par l’ONDA qui faisait une petite fête à la ferme du buisson en banlieue parisienne, un lieu super avec carrément dîner champêtre et tout, et puis surtout ben une tonne de gros diffuseurs de Paris et de province et puis surtout : la crème, ouais l’élite si peut dire de la toute jeune création théâtrale blabla je sais pas comment dire ça. C’était évidemment le festival des « petits regards en coin », t’as vu et qui c’est cui-là et celle là c’est qui ? c’est machine la directrice de bidule, ah oui d’accord et tu crois que… ? ben faut voir, et voilà, et autour des petites tables ben c’était à qui allait s’asseoir à la bonne place, évidemment le mec qui était entouré que de pauvres chargés de dif’ ou de jeunes metteurs en scène affamé, ou bien de directeurs de tout petits lieux insignifiants évidemment celui-là il faisait un peu la gueule le cake aux Olives et la salade de pâte. Avec David on a vraiment eu peur que ce soit un boulet cette soirée et puis non parce qu’en fait on s’est aperçus qu’on connaissait vachement plus de monde qu’on le croyait dans ce tout petit milieu et qu’aussi on était beaucoup plus connus qu’on le pensait (miam). Nous c’est simple, on a chopé Nicole G. qui était toute seule et on s’est tapé le culot de l’inviter à une table qu’on avait pas et ça a marché et tout le monde après voulais savoir qui on était et nous écouter. Et puis la fête a continué quand on a vu Gilbert L. le directeur de la structure où on est partenaire désormais, il s’est carrément levé de sa table pour nous salué avec l’air vraiment content de nous voir ce qui était vraiment cool et puis il y avait aussi notre nouveau pote le très apprécié Philippe C. Enfin bref tout ça a fini évidemment en nuit blanche puisque avec David on savait de toute façon pas comment on allait rentré du coup on est resté à la fin en petit comité et on s’est galéré pas possible pour trouver un taxi qui nous emmène à Paris et tout ça pour finir dans une backroom géante pleine de sperme (Le Dépôt) ce qui n’a pas été pour guérir ma peur du noir ce machin là… bref
Et puis merde il fallait que je parle de ce que je viens de vivre là : La Xième du festival de l’intime à Jarny (54), un moment extraordinaire… là aussi encore/toujours des rencontre, où Françoise V. m’a présenté carrément comme performeur et où j’ai essayé de ne pas trop démériter…

[BREAK=La machine est repartie 3]

et puis merde j’avais dit que je parlerais des « comportements »… j’ai très envie de décrire avec précision par exemple comment je fais l’amour… je me dis que ça peut faire échos à plein de choses que vivent les gens, oui à ce qu’il ne vivent pas j’en sais rien moi.


Alors pour me faire pardonner, voilà, des mails, un échange ultra intime et perso entre mon ex et moi, précisément sur ma compagne actuelle, et oui quand je dis que je suis prêt à prendre des risques ben je blague pas…




- « […]
Ca me dit toujours pas si t'es putain oui ou non enfin amoureux... Parce que dans ton journal intime (sur le site) ça tu le dis pas non plus, même si je me doute que presque vivre avec une femme implique qu'elle te plaise au delà de tout jusque là ! »
Lise




- « j'ai encore pas super le temps pour te répondre (ben oui, j'suis pas souvent chez moi et internet, y a que chez moi...). mais très vite : non c'est pas naze c'est très précisément l'idée des extraits que je t'ai envoyé, enfin c'est quelque chose comme ça que je vise en tout cas... donc on doit être assez d'accord sur la chose.. voilà... je te réponds plus longuement bientôt et te dis tout ! ou presque...
bisesbises
et petit-gros, non, c'est une fille hyper jalouse qui exagère carrément. »



- « Ah, je savais bien que petit et gros ça pouvait pas être toi !
Je pars samedi pour le grand déménagement paris - chartres/le moulin - bretagne.
Serai pas de retour avant... ? Mais pas trop tard quand même, j'ai maintenant des bonnes raisons de rentrer à Paris.
Alors tu me racontes ces jours ci ou alors ça se perdra avec le temps... ZUT !
Bon mais tu as peut-être juste envie de te faire prier !
Hum ?

Bisousbious

lisou


- « ...oui parce que je me disais que peut-être la bonne raison de rentrer à Paris ben ça pouvait être de pouvoir lire mes mails, par exemple, et puis bon je me suis dis hein, non, quand même pas...
sinon moi ça va hyper bien en ce moment, je sens des superbonnes vibrations à donf... j'ai pris mes premières vraies vacances depuis hyper longtemps et en même temps j'ai pas arrêté d'écrire, pour le journal of course mais aussi une super auto-interview autofictionnel/autofictif pour le prochain n° de la préstigieuse revue Théâtre/Public consacré aux écritures ultra contemporaines voilàà... sinon, oui j'ai repris les abdos et les pompes, bon ça c'est dit et puis... et puis ben ok, donc mon amie s'appelle Tatiana voilà et en fait c'est peut-être la bonne config là... ça faisait un moment qu'elle me tournait un peu autour, du coup ben on a quand même quelques relations en commun mais pas trop non plus, et puis il y a le théâtre qui nous lie un peu, elle l'a étudié etc.. elle connait ce que je fais en gros, on peut dire même qu'elle a vu carrément la compagnie décoller... voilà... et donc ben au début j'avais un peu du mal qd même et un peu comme tous les mecs au début ouais je pensais surtout à euh baiser quoi... or de ce côté on s'est très très vite entendu, ça l’a fait hyperbien vraiment, genre on aime autant ça tout les deux quoi et ça oui je pense que c'est effectivement une bonne base, à la base (la baise), s'entendre là-dessus à peu près, pas sans arrêt supplier l'autre pour y aller quoi, etc... ça c'est une première chose... et puis c'est vrai que j'avais trop le dessus tout de suite avec elle (je veux dire moralement là), elle respecte vachement ce que je fais d'une part, parce qu'elle le comprends je pense, entre autre, et d'autre part il y a aussi le fait qu'elle se cherche encore un peu je pense de ce côté-là... alors du coup ça m'a donné dès le debut un ascendant, c’est toujours confortable bien sûr, mais aussi un peu chiant à gérer, je me suis dit très vite (oui parce que je fais gaffe maintenant hein) attention à pas l'écraser complètement et qu’en même temps ses sollicitations à elle ne te bouffent pas trop non plus… et puis il y a mon rythme, mon rythme de vie pas évident parce que c'est vrai que je bosse tout le temps, c'est pas des conneries surtout en ce moment... voilà... mais le côté pratique par exemple, c'est qu'elle a accepté de venir un peu me rejoindre à Avignon pendant ma résidence tout le mois de février, et ça ben c'était hyper cool... on a appris à se connaître au gré de rendez-vous comme ça... mais c’est toujours elle qui prend un peu les initiatives (ok, ce qui est confortable aussi, quand même). Tatiana c'est une fille vraiment vraiment hyper gentille, patiente et qui gueule jamais, c'est assez hallucinant même, elle peut se vexer (un peu trop et un peu vite d'ailleurs) mais c'est tout, et faire la gueule ben presque jamais, c’est incroyable... Et cette espèce de gentillesse qui pourrait au début la déservir la sert de plus en plus finalement, j'ai vu que je pouvais facilement la blesser par exemple, vraiment hyper facilement, et comme je suis pas du tout un mec méchant ben du coup je fais hypergaffe et c'est bien...
et puis du coup pour l'écriture aussi (de Cannibales, c'est l'histoire d'un couple quand même) ça m'a servi, c'est chouette. Voilà. et puis ben le week end dernier on est carrément allé dans la Manche, mais super incognito, sur les plages du côté de Genêt tout ça, puis le soir à Granville ! ben c'est incroyable parce que ces coins-là qui me barbaient tellement c'est vraiment excitant de les redécouvrir avec quelqu'un justement qui connait pas du tout... voilàààà

…et puis oui pardon, techniquement elle 28 ans, elle étudie encore mais bosse sacrément pour l'imec (institut machinchose des écritures contemporaines, une super référence, c'est dirigé entre autre par POL) elle travaille sur les archives de J-Luc Lagarce auteur de théâtre, ben c'est l'auteur mythique des Solitaires justement et c'est l'anniv de sa mort (les dix ans) bientôt, il vient juste d'entrer dans la cour des très grands (c'est quand même le troisième auteur le plus joué après Shakespeare et Molière merde !) et puis ben... elle est assez mince et bien foutue elle fait 1m 70, sa grand-mère Vietnamienne, elle a un visage euh ouais expressif, les yeux verons (bleu-marron) et puis ben je te raconterais plus tard comment » Ronan.




- « 10h30, j'attend monsieur compteur EDF avant d'aller me défaire de ma sueur du matin : 25 mn de tapis (marche et course) et 10 mn de rameur. Levée 7h30, sorti Mathias de son canapé lit (un neuf !) à 7h45, salle de gym à 8h45. Sur mon tapis de course, incapable de lire l'article sur Mickael Mann que j'avais amené, j'ai repensé à ton mail. Je me suis demandé si tu cherchais à provoquer chez moi une réaction... (monsieur EDF vient de passer)... disons heu, outrée ? Tu voulais me choquer ? Titiller mon (seul) gêne à tendance féministe ? Je n'apprends rien de tes sentiments !!! Ce que je sais, c'est qu'elle doit être amoureuse de toi !... Ou de ton travail ? Elle est sûrement très jolie, ou du moins assez exotique pour avoir du chien. Et toi ? Tu fais semblant de dominer confortablement ou bien tu cours derrière comme un mec amoureux, comme un cabot à ses pieds ? Sincèrement ?

J'ai rencontré Raphaël sous un pot de fleurs... Doré, géant. Evidemment je ne me rappelle plus le nom de l'artiste (tu me l'as dit pourtant)... C'était il y a un peu plus d'un mois,juste avant d'aller à l'expo Los Angeles 1955-1985 (bof) à Beaubourg. Il faisait beau j'étrennais une nouvelle robe d'été, je devais être jolie parce qu'il me prenait en photo... Et voilà. Deux jours après il m'entraînait dans une partie de badminton finie sous un torrent de pluie... Comme il a tout de suite cherché à me revoir, après m'avoir vue jouer aux raquettes (tu m'as jamais vue ? En plus d'être chiante, je suis ridicule...), je me suis dit que ce devait être un homme formidablement patient et tolérant. BINGO.
C'est la première fois que je me laisse séduire par un tendre qui ne fait en rien l'indifférent.
Physiquement il ressemble un peu à Max, son chat, les mimiques surtout. Max est beau, plein de poils très noirs, très doux et très nonchalant.
Mais Max lui, ne m'aime pas. Max est jaloux. Quand je le croise dans le couloir il m'évite soigneusement, rase le mur en me regardant fixement. Détale quand on va dans la même direction. Il me contourne toujours de toutes façons, se fait violence pour manger quand c'est moi qui lui donne ses croquettes. Il ne me laisse pas le caresser, sauf quand il est vautré sur son maître et ne m'approche que quand je suis couchée et qu'il peut monter sur moi et me dominer de tout son mépris. Parfois il s'installe près de nous, assis sur son sacré cul, me fixe et se tourne vers son maître museau en avant l'air de dire "tu la vires quand celle là ?".
Bref, Max ne peut pas me saquer. Pour le moment Raphaël n'a pas l'air de prendre ça comme un signe et ça m'arrange.
Raphaël, lui, m'aime bien. Je ne sais pas s'il est amoureux de moi.... Et moi ? J'ignore encore tout d'une relation aussi simple et évidente ! Je goûte, profite, explore, apprécie... J'admire sa patience avec moi, son humour et l'absence de cynisme et de machisme en lui. Même si je connais déjà quelques unes des casseroles qu'il traîne derrière lui, je cherche encore sa part sombre, son côté vilain garçon, même si son "je m'en foutisme" et son manque d'éducation le rendent sans doute parfois odieux aux yeux des autres (?)...
C'est un petit mec d'1m70 (comme moi) avec des yeux bleus très clairs entre ses cheveux et sa barbe sombres. 35 ans, photographe essentiellement de danse et de théâtre (contemporains), très discret sur son travail qu'il ne fait d'ailleurs pas depuis très longtemps.
J'aime son instinct quand il fait ses photos, il ne lâche pas les danseurs ni les comédiens !
Sinon, il m'emmène partout en scooter et je ne peux donc pas faire ma fifille et mettre souvent mes belles robes droites ou serrées !!! Sans compter le temps de merde, le froid et la pluie !
Voilà, c'est tout pour le moment, c'est déjà pas mal. Tu t'es sûr, sûr, fait chier.
Mais moi j'ai bien aimé lire un peu sur Tatiana. Ah, je voulais dire, je comprends très bien quand tu parles de redécouvrir des lieux avec quelqu'un blabla.. C'est vrai, c'est bien. »


- « ben moi ton récit je l'ai pas du tout trouvé chiant, sauf que j'ai eu un peu l'impression que tu te faisais chier en l'écrivant... moi je me suis bcp amusé à te raconter Tatiana, en exagérant ci ou ça ok, mais grosso modo tout est vrai... bon, et puis pour mon cynisme ben ouais, j'aime pas l'angélisme c'est clair, et je trouve d'ailleurs la figure angélique du mec parfait-gentil qui n'a pas de crocs (soi-disant) euh ben un truc là pour le coup radicalement anti-féministe, enfin c'est compliqué là, quoique pas tant que ça... mon cynisme ouais c'est juste pour être sûr de ne pas oublier une certaine part de violence du monde (et des gens a fortiori).. mais même si j'aime pas trop le romantisme amélie poulain et tout, ça m'empêche pas d'avoir mon côté hyper naïf aussi, voir "naïviste", presque ado/premier degré, histoire de tempérer le cynisme et de pas perdre sa fraîcheur et son innocence, ça surtout pas... mon côté grande bête blessée quoi... »



- « Mais Ronan, j'ai oublié de dire, après avoir demandé si tu cherchais à me provoquer : ça n'a pas marché, j'ai pas été choquée ni rien. Ouais, c'était plutôt marrant. C'est tout... Sauf que je n'y trouvais pas tes sentiments, voilà. Amoureux comme un cabot etc etc... Ca c'était pour savoir si t'es amoureux genre : Haouuuuu !!!
Bon et puis... heu, la description que je fais de Raphaël n'était pas du tout un portrait inversé de toi, en rien une comparaison !!! Je n'y ai même pas pensé ! Je te racontais juste lui, c'est tout, sans aucun autre mec en tête. Et c'est ça la vraie nouveauté ! Je n'ai pas du tout envie de comparer ton histoire à la mienne ! T'es fou mon grand, je suis bien trop heureuse de nous savoir épanouis à nos rythmes personnels ! En plus, ça fait juste un mois et je dis de lui - et de moi- ce que je sais pour le moment (bien peu) et je sais pas du tout si ça va durer.
Dernière chose, pour moi un macho c'est pas ça un homme, un vrai. Un homme, un vrai , c'est celui qui n'a pas besoin de se comporter comme tel (un macho) pour se sentir viril... entre autre. ca n'est pas vraiment une nouveauté mais on va pas entrer à nouveau dans le débat de mes paroles passées etc etc... Et là, s'il te plait, ne vas pas, ici non plus, chercher la comparaison avec toi !
Bon, c'est mieux comme ça ?
GRRRRRRRRRRRRER ! Tu vas me rendre dingue tu sais des fois. "

[BREAK=TotalUltime]

29 juin 2006, le journal de « Cannibales », La machine est repartie… La machine était tellement bien repartie qu’on ne l’a plus vue durant de longs mois… Le Festival d’Avignon, de nouveaux projets, des rencontres, des rendez-vous ont tenu Ronan chéneau éloigné de ce « Journal de Cannibales »…Jusqu’à aujourd’hui… Jusqu’à cette nouvelle intervention… Aujourd’hui, de nouvelles pages apparaissent dans ce journal… Aujourd’hui, c’est Total Ultime…

Tiens ?
…Ça va vous ?
Hello…

Ça fait si longtemps et tant d’évènements, tant de choses passées depuis…
Et si ce n’était que le Brûlant, l’Infernal, l’Impitoyable
l’Implacable
Avignon…

Et puis je viens juste de recevoir un gentil mail de Bruno Tackels

Et puis tiens, pour répondre un peu à ma mission d’origine, tout de même :
Tenir le Journal d’une création…
Eh bien concernant Cannibales, l’actu, c’est : Une lecture
Une lecture de quelques textes de la pièce, faite par David, Séverine
Et Clarisse
Accompagnée par la musique sublime (guitare, voix, violoncelle) de Marc et Benjamin
On l’a faite pour « Les contemporaines » à la Chartreuse, pendant le festival d’Avignon
En même temps que pour le même festival je suivais l’aventure du Groupe Merci et de son spectacle « Colère ! »
Monté avec des textes de Res/Persona, et des inédits du Laboratoire
Ainsi que des textes d’Eric Arlix, auteur que j’adore
Et aussi de Jean Paul Quiénnec… auteur publié aux Solitaires aussi
que j’ai eu deux fois au téléphone et qui est vraiment adorable
le premier d’ailleurs à avoir fait une lecture publique de « Cannibales » alors que le texte était encore loin d’être terminé,
c’était pour « Frictions» au CDN de Dijon

Voilà l’actu…
Pour la lecture à la Chartreuse,
c’est bien simple, y avait Tout Le Monde
Et même des personnes que je ne connaissais pas
et dont j’ai fait la connaissance comme par exemple
Hubert Colas…
Et puis aussi juste avant que la lecture commence
dans la salle pleine à craquer de professionnel (dont aussi Vincent Baudriller)
enfin pas exactement dans la salle puisqu’elle n’était pas encore entrée à ce moment-là, donc, tout à coup,
Ma Mère Tombe Dans les Pommes
A cause de la chaleur et de la fatigue
Elle avait fait la route presque toute seule, d’une seule traite
Sur un coup de tête

Voilà l’actu
Et puis la lecture après l’avoir faite à Paris pour l’ouverture
de la Cité Internationale,
on est parti pour la faire très bientôt à la prison de la santé

Et puis bien sûr d’autres milliards de trucs

Des milliards de bouquins qui sortent, des milliards de propositions, des milliards de gens qui m’aiment

Et puis comment j’ai vu Christine Angot de près
Puisque nous étions invités au même débat
En Avignon

Oui,
Avignon l’Implacable où je me souviens
Je faisais il y a deux ans la connaissance
De Jean Lambert-Wild
Type envoûté, passionnant
Dont m’avait tant parlé Mari Mai (journaliste dans Mouvement)
J’étais impressionné
Un garçon qui a à peine deux ans de plus que moi
Il me posait je me souviens des questions sur le CDN de Normandie
Ne cachait pas l’immense désir qu’il avait d’être accueilli là-bas
Je pensais à l’époque que ça se ferait, parce que quelques jours auparavant
Angélina m’avait parlé de son travail en semblant très intéressée
Je ne sais pas si je délire complètement
Je me souviens aussi des questions que Jean me posait
Sur notre fonctionnement, je veux dire notre présence au CDN avec David
Et je ne sais pas si je délire mais je crois quand même bien me souvenir aussi
que Jean m’avait parlé avec grand intérêt du projet d’Eric dans ce lieu…voir souhaiter du CDN plus qu’un accueil, peut-être un accompagnement, une collaboration…

Voilà l’actu,
Et puis bien sûr je vous épargne toutes mes beuveries au bar du « in »
Les sorties accompagnée de P. le magicien, bienfaiteur et précieux guide dans la hype du théâtre contemporain
Et puis mes émotions après chaque représentation de « Colère ! » où mes textes sont tout de même très présents
Les réactions du public etc etc
L’accueil à bras ouvert toujours chaleureux, d’une bonne humeur et d’une simplicité incroyable
de tout le Groupe Merci
Yann je crois vous en a dit quelque chose…

la magie d’Avignon, et puis d’ailleurs
La Rencontre
Avec
Laura
Et
Yann
Tout de même
Et Tout ça, tout ça…

Voilà et puis avant de revenir à nos moutons :
« Cannibales » donc : création prévue à la l’Hippodrome, scène nationale de Douai
fait une quinzaine de dates à la suite dans six ou sept lieux différents
Je vous donnerai les dates
Naturellement
Voilà

[BREAK=TotalUltime 2]

TotalUltime




Oui, c’est total ultime.


Et je n’ai toujours pas réussi à classer mes papiers.

Je n’ai toujours pas réussi à entreprendre quoi que ce soit qui pourrait figurer comme une « Œuvre majeure »

Mon cadeau à moi pour les générations futures ah ah

Que dalle

Je n’ai toujours pas réussi à rassembler quoi que ce soit qui puisse à l’avenir intéresser l’IMEC

Et leur faire faire ensuite des soirées à thème me concernant, des expositions, avec photos et titres chocs style les portraits de Libé en dernière page, et des débats, des lectures et mise en espace, avec des grands pontes du théâtre et de la littérature invités, des gens que j’aurais connus, bien ou moins bien, mais qui inventeront en fait qu’on était évidemment hyper proches, et puis plein de noms illustres mais complètement oubliés, qu’on entend même plus sur France culture…


BREF

Je ne connaîtrai jamais ça, c’est sûr
Aussitôt disparu, pour le peu qu’on me connaîtra
On m’aura aussitôt oublié


Mais je me dis que je suis « Ecrivain »
Là, quand même

Je l’aurais jamais cru…

Je foutais rien en classe, avant
Vraiment ce qui s’appelle : Rien

Je me dis que je suis peut-être écrivain oui, mais alors peut-être :
Le dernier
Ou peut-être alors Le plus mauvais écrivain du monde

Le dernier sur la liste

Quoi que non y a quand même Florian Zeller

Alors ouais je suis juste après Florian Zeller

Et Ovidie, peut-être aussi…


Je relis certains textes, même certains déjà publiés (malheureusement) et je me dis des fois : « Quand même, tu abuses là… »


Des fois je me dis que j’aimerais mieux être un caillou…


Comme ça je sentirai plus rien, j’en aurais plus rien à foutre de l’amour des autres et de mes proches

Désormais je m’en foutrais qu’on me dise : « tu sais machin, tes textes, il a détesté… »

Il trouve ça bavard (chose que m’a dite récemment Yann, à propos d’un prof, ouais… J’en ai marre d’entendre ça… on vient me dire après : « oui mais en fait tes textes ils sont vachement mieux à entende qu’à lire »… ok, et Sarah Kane alors, qu’est-ce que vous en pensez ? Moi je me sens pas si éloigné… et moi je trouve que, Sarah Kane, ouais ben c’est beaucoup mieux à lire qu’à entendre, pour l’instant… et c’est exactement comme moi… mes textes ils en ont pas l’air comme ça avec leur gueule bizarre et leur longueur, leur côté (faussement) pas travaillé du tout, mais ce sont des POEMES… Et DONC : autant à LIRE et qu’à ENTENDRE qu’un putain de POEME, merde.)

Prenez ce que j’écris pour de la poésie, s’il vous plait

Vous verrez, c’est intéressant
sous cet angle

Voilà justement, être enfin un caillou pour surtout pas retomber là-dedans…
Arrêter
Et s’en foutre
Et même plus que s’en foutre : être un caillou

[BREAK=TotalUltime 3]

Et puis aussi je ressentirais pas cette douleur au ventre là parce que je viens juste de faire mes abdos
après avoir arrêté trop longtemps
D’ailleurs je me demande vraiment à quoi ça sert
j’ai presque toujours autant de bide

Et le coup de poing que m’a mis Jean Lambert-Wild en plein dans l’estomac hier, je le sens encore un peu…
Oui bon, c’était amical et même sur le coup ça m’a fait plaisir…
Mais c’est un peu spécial

C’était après une longue « dispute », dans le sens philosophique bien sûr (mais soutenue quand même, parce qu’il est pas facile je vous jure)
Après ça on s’embrasse parce qu’on s’aime bien et il me dit
« Je suis content on va pouvoir s’engueuler souvent… »

Et puis vlan

BREF…


Enfin si, les abdos
quand j’arrête, c’est pire…




Je me dis comme tout le monde que je peux mourir demain
et je me demande


Qui lira mes textes ?


J’aurais même pas le panache de mourir comme Kermann
Je pourrais pas…


Qui relira mes textes et qui s’intéressera à fouiller dans mon ordinateur parmi ces dizaines de fichiers imbitables aux titres qui veulent rien dire du tout, à dénicher les peut-être quelques rares perles dans tout ce bavardage que je n’ai pas su cultiver, rassembler, ordonner, isoler ?


Mon « Œuvre » est une espèce de chantier, matrice multiple
Pleine de textes pas finis, mal collés
Déjà si c’était rangé, au propre…
Mais tout le monde s’en foutrait quand même
Alors en plus s’il faut chercher…

Je ne travaille décidément pas assez à mon : « Œuvre »
Je parle même pas du best-seller que je voulais faire et qui n’arrivera jamais


Je ne suis même pas à la mode…


Même si par exemple, un écrivain (des Solitaires aussi) à dit à quelqu’un un jour juste après Avignon en fait, qu’en ce moment j’ai la « cote » …

Même s’il parait que Philippe Minyana (à qui je n’ai jamais parlé) suit ce que je fais et a beaucoup défendu Fées
Même si mon éditeur semble très heureux de publier mon dernier texte
Même si Christophe Huysman m’a dit un jour en Avignon tout le bien qu’il pensait de moi
Même si Hubert Colas rencontré en Avignon aussi puis dans son super festival « Actoral » à Montévidéo puis à la sympathique soirée de dernière de son Hamlet qu’il jouait à Chaillot, semble ne pas me détester non plus
Même si Philippe Quesne dont j’adore le travail me dit maintenant des « bonjours » très amicaux quand j’arrive à la Ménagerie de verre et qu’il discute avec Marie-Thérèse Allier
Même si David Bobée semble avoir encore envie de monter mes textes
Même si Nicole Yanni me propose une belle aventure d’écriture avec des artisans de Marseille et des Japonais
Même si Pascal Rambert à la gentillesse de me faire une commande pour 2008 dans son Centre dramatique à Gennevilliers
Même si j’ai fait récemment la très belle rencontre de Laurent Gutmann qui m’invite à travailler dans son Centre dramatique à Thionville et me parle de sa prochaine création
Même si la délicieuse Solange Oswald et son Groupe Merci me parlent d’un projet (en 2009 !) et semble vouloir poursuivre l’aventure avec moi
Même si Clyde Chabot m’invite très gentiment dans ses cours à la fac de Bordeaux et me fait écrire dans le dernier n° de Théâtre/Public.
Même si Yves-Noël Genod me trouve sympa comme mec et a voulu partouzer avec moi
Même s’il me semble avoir la confiance de nombreux professionnels que j’admire dont en tête Angélina Berforini, Gilbert Langlois, Philippe Chamaux et bien d’autres…
Même si Nicole Gautier, Françoise Villaume, Françoise du Chaxel, Mari Mai Corbel, Bruno Tackels m’ont dit de très belles choses sur mon écritur