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Vieux 08/11/2007, 23h20   #1 (permalink)
Vanille
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La loi de Baumol ou fatalité des coûts

Je vais essayer de vous expliquer clairement en quoi consiste la Loi de Baumol, du nom de l'économiste qui l'a élaborée avec l'aide de William Bowen dans les années 1960 pour expliquer les difficultés économiques du spectacle vivant.

En 1965, la fondation Ford, s’inquiétant des besoins croissants des théâtres de Broadway, charge William J. Baumol et William G. Bowen d’analyser la situation économique du secteur.
Dans Performing Arts. The Economic Dilemma (MIT Press, Cambridge, Mass., 1966), les deux économistes construisent ainsi un modèle de croissance inégale à deux secteurs, un secteur archaïque et un secteur progressif.
Du fait du statut qu’y occupe le travail, le spectacle vivant appartient au secteur archaïque qui se caractérise par une impossibilité à générer des gains de productivité.

En effet, le travail est constitutif du produit fini dans la mesure où il est impossible de le remplacer sans que le spectacle soit dénaturé.
Dans ce secteur, les coûts en main d’œuvre ne sont pas réductibles et les gains de productivité du travail nul, contrairement aux secteurs productifs de l’économie.
Par exemple, il faut toujours autant de musiciens pour représenter un opéra de Mozart aujourd’hui qu’à l’époque du compositeur, il est impossible de jouer un quatuor en remplaçant l'un des musiciens par une bande enregistrée, il faut toujours autant d'acteurs pour jouer Le Misanthrope, etc. Et ces artistes ont toujours besoin d’un temps de répétition.

Pas de place dans le spectacle pour la substitution du travail par le capital, ni pour la taylorisation du travail comme ça a été le cas dans les autres secteurs de l'économie qui connaissent normalement des coûts décroissants : au fur et à mesure que l'activité se développe, on peut en effet réaliser des économies d'échelle et de main d'oeuvre.
Dans le spectacle, c'est le contraire : plus on joue, plus on perd de l'argent.


Le problème central vient alors du fait que les salaires du spectacle vivant s’alignent sur le secteur progressif où les gains de productivité permis par l’innovation entraînent une hausse des salaires.
Il s’ensuit alors une croissance permanente des coûts relatifs du spectacle vivant.

Cette maladie des coûts caractérise l’ensemble des secteurs où le travail est une fin en soi et la qualité directement jugée en terme de volume de travail ; en effet, les artistes ne sont pas des intermédiaires mais bien des constituants essentiels du produit fini.

Cette loi explique que l'activité du spectacle ne soit pas rentable et peut aussi s'appliquer à d'autres coûts que la main d'oeuvre : en effet, alors que les autres secteurs de l'économie se servent des innovations techniques pour réduire leurs coûts, il semblerait que les progrès techniques plombent les budgets du spectacle vivant.
Ainsi, beaucoup de spectacle utilisent la vidéo et divers multimédias ou autres innovations en matière de lumière et de son, augmentant les coûts de production alors que, dans les autres secteurs, l'avancée technique sert plutôt à les réduire...

Cette fatalité des coûts mise en avant par Baumol et Bowen est toujours un modèle aujourd’hui et donne une légitimité à l’intervention publique qui sert ainsi, entre autres, à pallier les défaillances du marché en matière artistique.
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Sans retour de François Verret (c) Christophe Raynaud de Lage
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