Re : Le pétard mouillé de la Scène Nationale de Cavaillon.
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J'ai vu Beaucoup de bruit pour rien, et je ne suis pas du tout d'accord avec la critique qui a été faite.
Je reprends le principe du spectacle: on assiste à une alerte incendie dans le théâtre (ça commence une demie-heure avant le spectacle). L'alarme incendie hurle, tout le monde doit sortir dehors, on voit des gens (genre régisseurs, techniciens, nana responsable de la salle...) courir à l'intérieur l'air préoccupé. De temps en temps l'un d'entre eux sort dit deux mots à une personne de la billeterie (celle-ci étant placé dehors) et repart. Tout ceci au milieu du bruit d'alarmee et des coupures intermittentes d'électricité.
Le public dehors ne sait pas trop ce qu'il se passe, prenant la chose avec plus ou moins d'humour. En attendant on discute, on échange (ce genre d'évènement rapproche toujours les gens). Certaines personnes commencent à faire des remarques à hautes voix, à râler (notamment une dame enceinte à qui on apporte une chaise). Une représentante de la direction du théâtre, dépassée par la situation, improvise un discours expliquant comme elle peut le problème (une lentille de projecteur qui aurait éclater, déclenchant l'alarme incendie, qui aurait elle-même déclencher le système incendie, le plateau est donc inondé).
Des réactions se font alors entendre plus ou moins forte: la dame enceinte qui accuse un coup des intermittents du spectacle, le monsieur à la barbe qui nous racconte des anecdotes au temps de Shakespeare, un sdf qui hurle n'importe quoi la guitare à la main... La nana de la direction essayant de gérer tout ce beau monde.
Il s'installe ainsi un jeu de va et vient, où chacun fait alternativement ses commentaires de son côté pour son voisin, et des remarques à haute voix pour être entendu de tous.
Peu à peu le public comprend que tous ces gens sont des comédiens (encore que le déclic est plus long pour les plus crédules...).
Puis les comédiens arrivent, on apprend que le metteur en scène est parti aux urgences parce que le régisseur s'est un peu énervé et lui a "juste balancé un rack dans la tête".
Chaque personnage est très typé mais sans jamais trop tomber dans l'excés, les costumes (des vêtements de la vie de tous les jours) nous permettent de reconnaître tout de suite les différents types de personnages.
Le public est finalement assis en cercle par terre et on assiste à un simulacre de réprésentation (avec des comédiens manquant remplacés par des gens du public (bien entendu ils font tous partis de la compagnie), des comédiens plus ou moins doués pour dire leur texte, des interventions inopinés du sdf, de la dame enceinte ou de la directrice...).
Voilà pour le descriptif général du spectacle (je garde la fin secrète pour ceux qui iraient voir le spectacle).
Après, moi j'ai beaucoup aimé toute la première partie (avec l'alarme incendie et les réactions de chacun). La compagnie joue avec nous: elle sait qu'on veut entrer et s'asseoir au chaud. Elle joue avec notre inquiétude et notre impatience.
Tout est beaucoup dans l'humour (quand on a compris que ce sont des comédiens), mais de l'humour où l'ai de rien on se retrouve un peu chacun (les personnages représentant bien les différeux styles de théâtreux que nous sommes).
Au final c'est un spectacle qui fait réfléchir sur différents points: notre place de spectateur (on est pris au piège sans le vouloir dans notre propre rôle de spectateur), la place du théâtre et du théâtre de rue (parce que le spectacle n'est nullement annoncé comme un spectacle de rue et tourne dans pas mal de scènes nationales) et les choix esthétiques des spectacles (la pièce de Shakespeare que la compagnie est censée jouer est truffée de vidéos et à l'air très conceptuelle. Alors que le spectacle qui nous est proposé est très simple, sans décor et avec pour seule lumière des flambeaux).
Par contre je comprends tout à fait que ce spectacle soit très dur à apprécier en plein froid automnal en extérieur (je pensais d'ailleurs qu'en ce cas la compagnie se rabattait au mois dans un lieu plus chaud, mais apparemment non). Je m'étonne dans ce cas que le spectacle soit programmé à cette période de l'année.
Néanmoins je trouve très bien qu'il ne soit indiqué nul part que c'est un spectacle de rue (encore que je suis sûre que les puristes du théâtre de rue ne considèrent pas ce spectacle comme du théâtre de rue). Il y avait ainsi beaucoup de gens qui ne seraient pas venus s'ils l'avaient su (eh oui les à prioris sur le spectacle de rue sont très forts). J'y suis ainsi allée avec un ami qui n'avait jamais vu du théâtre de rue (et qui ragardait ça plutôt de haut), hors le spectacle lui a beaucoup plût. Cette démarche des 26000 couverts de se rendre dans des grosses scènes nationales permettra (j'espère) de faire découvrir le théâtre de rue aux théâtreux fermé et, qui sait, peut-être à les amener à réfléchir.
Seul bémol: la deuxième partie (quand tout le monde s'asseoit en cercle) est à mon avis beaucoup moins intéressante. Le fond et la forme semblent moins bien travaillés. La compagnie a essayé de créer une apothéose entre les "acteurs" et "spectateurs" mais ils manquent encore quelque chose: le ryhtme retombe, on attend quelque chose qui ne vient pas et certains personnages finissent par tomber un peu trop dans la carricature où le "n'importe quoi" (la directrice qui pète son cable et finit défoncer après avoir fumé un joint, une nana très timide qui se met à danser de manière démansielle...).
Dommage, dommage...
Bref, c'est un spectacle qui est je pense à voir (surtout par nous, théâtreux intéressé par la question de la place du théâtre)., ne serait-ce que du fait de son caractère non-conformiste...
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C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière...
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