Afficher un message
Vieux 18/10/2007, 18h47   #2
Vanille
Administratrice
 
Avatar de Vanille
 
Date d'inscription: avril 2006
Localisation: Dijon
Messages: 2 624
Envoyer un message via MSN à Vanille
Opéra de Paris: un régime très spécial au nom de l'excellence artistique

Opéra de Paris: un régime très spécial au nom de "l'excellence" artistique
PARIS, 18 oct 2007 (AFP) Par Benoît FAUCHET

Corps soumis à rude épreuve, souci de préserver la qualité artistique de la compagnie: les danseurs et choristes de l'Opéra national de Paris tiennent à leur régime spécial de retraite, qui permet une ouverture des droits à 40 ans pour les premiers, 50 pour les seconds.

Les 1.680 salariés permanents de cet établissement public, dont la direction annonçait jeudi un taux de 80% de grévistes ou d'absents -- avec annulation de la représentation de la "Traviata" de Verdi -- , bénéficient de l'un des plus anciens régimes spéciaux en vigueur, créé en 1698 par Louis XIV alors que l'Opéra était encore l'Académie royale de musique (créée en 1669).

La disposition la plus spectaculaire concerne les 154 danseurs du Ballet (héritier de l'Académie royale de danse fondée en 1661), qui peuvent faire valoir leurs droits à la retraite à 40 ans -- après dix ans de service -- et au plus tard à 42 ans.

Un danseur entré dans le corps de ballet à 17 ans touche ainsi, après 25 ans de carrière, une pension équivalent à 50% de son salaire sur la base de ses trois meilleures années.

"Personne parmi les spectateurs n'imaginerait voir des danseurs sur scène à 55 ans. Pour l'excellence de la compagnie, il n'est pas envisageable de continuer à danser au-delà de 42 ans", explique à l'AFP le quadrille Eric Monin, 36 ans, délégué CGT du ballet.

Selon Eric Monin, "dans une compagnie qui donne 150 représentations par an à Paris, le physique du danseur est soumis à rude épreuve, et ce dès les années de formation à l'Ecole de danse, qui dure au moins six ans".

"Certains d'ailleurs n'ont pas la chance d'aller jusqu'à 40 ans car le corps les lâche", souligne ce danseur qui affiche un "salaire de base pas indécent" (2.200 euros nets pour un quadrille, le plus bas échelon du corps de ballet, après 18 ans de carrière et pour 38 services mensuels de trois heures).

Quel avenir pour un danseur à sa sortie de l'Opéra ? "Certains suivent des formations, la plupart vont vers l'enseignement, mais le marché n'est pas si vaste", estime Eric Monin.

"Avec la réforme des régimes spéciaux, on pourrait demander à nos danseurs de se reclasser par exemple dans les services administratifs de l'Opéra", redoute Gilles André, délégué syndical CFDT du personnel artistique de la maison, alors que les intentions du gouvernement ne sont pas connues.

Ce ténor, qui est l'un des 102 artistes des Choeurs de l'Opéra et bénéficie en tant que tel d'une ouverture des droits à 50 ans, fait valoir que "ni l'employeur ni les salariés ne souhaitent que les choeurs vieillissent".

"On ne peut pas comparer l'Opéra de Paris à un théâtre lyrique de province qui afficherait quarante représentations dans l'année", estime le responsable syndical.

"Les sopranos I notamment, qui ont en général commencé leur carrière plus tôt que les hommes, peuvent aussi souffrir de fatigues vocales plus précocement", précise Gilles André.

"C'est vrai qu'une basse peut chanter plus longtemps: maintenant, on ne va pas lui imposer la retraite à 65 ans, il y aurait une forme de discrimination", poursuit-il.

Quant aux personnels techniques de plateau (machinistes, électriciens, accessoiristes...) dits "modulants", c'est à dire sans horaires fixes, ils peuvent partir à la retraite à 55 ans.

"On ne peut pas imaginer qu'un technicien puisse pousser des décors au delà, pour des raisons physiques mais aussi de sécurité. A 55 ans, on est usé, vidé", assure le menuisier Philippe Boissier, délégué CGT.
__________________
Sans retour de François Verret (c) Christophe Raynaud de Lage
Vanille est déconnecté   Réponse avec citation