Sasha Waltz à la rencontre du Ballet de l'Opéra de Paris, un "défi"
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La chorégraphe allemande Sasha Waltz, figure de la danse contemporaine, donnera à partir de vendredi soir sa première création avec le Ballet de l'Opéra de Paris, après avoir reçu comme un "défi" cette invitation par l'une des plus grandes compagnies de formation classique. L'Opéra Bastille donnera lors de dix représentations jusqu'au 20 octobre son "Roméo et Juliette" d'après Shakespeare, sur la musique de la symphonie dramatique éponyme de Berlioz (1839). La partition sera dirigée en fosse par le chef d'orchestre russe Valery Gergiev, grand spécialiste du compositeur français, en alternance avec l'Estonien Vello Pähn. Chose rare, la production mobilise les différentes forces chorégraphiques, musicales et lyriques de la maison: le Ballet, l'Orchestre et les Choeurs, auxquels se joindront trois chanteurs solistes, les Russes Ekaterina Gubanova (mezzo), Mikhaïl Petrenko (basse) et le ténor français Yann Beuron. La rencontre n'était pas gagnée d'avance entre Sasha Waltz, 44 ans, figure indépendante de la danse-théâtre et ancienne codirectrice (1999-2004) de la moderniste Schaubühne de Berlin, avec le Ballet de l'Opéra de Paris, compagnie de répertoire composée de danseurs de formation classique. "C'est le moment pour la danse de montrer qu'au-delà des conflits esthétiques, on avance", a expliqué à la presse la directrice de la danse à l'Opéra de Paris, Brigitte Lefèvre. "Nos artistes ne sont pas des danseurs classiques devant être +évangélisés+ par une chorégraphe contemporaine. Sasha Waltz travaille +avec+, et surtout pas de manière scolaire au contact de gens auxquels il faudrait transmettre un savoir", ajoute-t-elle. Les étoiles Aurélie Dupont, Hervé Moreau et Wilfried Romoli se sont rendus en juin dernier à Berlin afin de mener un travail de recherche à partir d'improvisations avec les danseurs de Sasha Waltz & Guests, la compagnie de la chorégraphe. Ils ont ainsi pu s'initier à son écriture chorégraphique, basée sur le poids des corps, la fluidité du mouvement et le refus de la verticalité. En retour, "le langage que j'utilise a été modifié au contact des danseurs", explique Sasha Waltz, "très honorée de cette invitation qui en même temps est un défi". Pour évoquer l'idylle des amants de Vérone (Roméo et Juliette) sacrifiée sur l'autel des haines ancestrales entre Montaigu et Capulet, Sasha Waltz a fui les conceptions théâtrales narratives au profit d'une vision "émotionnelle" entre néoromantisme et abstraction, loin de toute réinterprétation politique. Cette chorégraphe au regard de plasticienne s'appuiera pour cela sur le décor, central dans sa dramaturgie et voulu ici comme un espace scénique mouvant, évoluant à vu, avec des niveaux différents et des falaises "apportant de la dynamique et de la tension". "Les danseurs ne seront jamais en sécurité, comme pour dire que l'amour n'est jamais assuré", fait valoir Sasha Waltz. Selon la chorégraphe, le "centre, le coeur battant" du spectacle devrait être un pas de deux d'une durée inhabituelle. "Dix-huit minutes: c'est très long !", souligne une Sasha Waltz mi-anxieuse mi-amusée.
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Et la mort est pour nous la dernière créance.
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