Le metteur en scène Claude Régy poursuit sa quête exigeante voire déconcertante d'auteurs avec "Homme sans but" du Norvégien Arne Lygre, créé en France jeudi soir et donné à l'Odéon-ateliers Berthier jusqu'au 10 novembre dans le cadre du Festival d'automne à Paris. Depuis la première française de "Dona Rosita" de Garcia Lorca il y a 55 ans --sa première mise en scène--, Claude Régy a multiplié les découvertes, diffusant les dramaturgies contemporaines de Harold Pinter, Marguerite Duras, Nathalie Sarraute, Edward Bond, Peter Handke ou Sarah Kane. A 84 ans, il présente au public français Arne Lygre, 39 ans, auteur d'un recueil de nouvelles, qui lui a valu le Prix Brage --le Goncourt norvégien-- en 2004, et d'un roman. Le jeune homme est aussi dramaturge, et "Homme sans but" est sa quatrième et dernière pièce en date. Elle conte le sort d'un homme qui veut construire à l'embouchure d'un fjord une ville idéale, avec en son centre un hôpital --car cet anti-héros va mourir. Il s'appelle Peter et est le seul dont on connaît le prénom. A ses côtés se succèdent "Frère", "Assistant", "Femme" ou "Fille": on ne sait d'ailleurs si ces liens de parenté sont vraiment réels, la seule certitude résidant dans le fait que leurs rapports à Peter sont régis par l'argent. Arne Lygre traduit cette humanité vaine, sans finalité, minée par une logique de destruction mutuelle par une langue --adaptée en français par Terje Sinding-- sèche, fragmentée, ironique et rude dans la forme comme dans le fond. Claude Régy souligne le malaise qui s'en dégage en composant un plateau abstrait, nimbé des lumières superbes mais polaires de Joël Hourbeigt, et en imposant à ses comédiens une lenteur pesante et artificielle dans l'élocution, qui peut dérouter à la longue (2H30 sans entracte). Dans ce spectacle fuyant ostensiblement l'art de la représentation et ses conventions, Bulle Ogier force l'admiration en trouvant la voie d'une expression fluide et naturelle, ce qui relève du tour de force. Le spectacle sera joué en tournée en novembre à la Comédie de Genève (Théâtre du Loup, 16-25), en décembre à Anvers (De Singel, 6-

et au Théâtre national populaire de Villeurbanne (14-19), puis en février à Montréal (Usine C, 6-16).