Afficher un message
Vieux 20/07/2007, 14h33   #2
X men
Abonné
 
Avatar de X men
 
Date d'inscription: février 2007
Messages: 83
Re : "Les Feuillets d'Hypnos", Frédéric Fisbach

Je suis à peu près du même avis que notre ami à ceci près que je ne me permettrai pas de juger de la complaisance ou de la complicité du public. J'ai été moi aussi consterné par la proposition de l'artiste associé de cette édition du festival.
Caché sous un faux vocabulaire de la modernité (décor blanc, lumière néon, costumes branchés, actions décalées faussement provoquantes...), Fisbach nous livre ici son inaptitude à faire entendre ce texte, ne serait-ce qu'à le lire.
Attention, je ne parle pas de l'importance du texte en général, je ne fais pas partie de ce public enragé contre le théatre contemporain trop dansé, pas assez théâtral, trop formel, pas assez textuel (type festival 2005).
Je parle ici d'un décalage incompréhensible entre ce qui est dit dans les mots et ce qui est dit dans les actions et les images.
Ce décalage est ici stérile, il ne provoque rien.
La première demi heure j'essayait de décrypter ce que l'on me montrait : des actions déceptives, inachevées, inabouties dans un décor moderne sur lequel est inscrit "aujourd'hui", soit.
J'attends de savoir ce que cela provoquera. Je me laisse porter sans à priori. Et puis rien.
Là où un Pascal Rambert convoque le déceptif pour ouvrir du vide, un espace blanc où se dépose au fur et à meusure de la pensée, pour offir du temps et de la beauté, ici Fisbach fait totalement preuve de vacuité, tout est vain et inutile et n'inscrit rien chez le spectateur.
Je parle de Rambert parce qu'extérieurement, on ne peut pas ne pas y songer, mais l'un cherche un langage l'autre utilise un copié-collé des formes contemporaines.
Jamais cette tension entre ce que l'on voit et le sens du texte ne se rejoint ou ne s'étire suffisemment pour créer quoi que ce soit.
Après une demi heure de galipettes à l'envers, de changements de costumes absurdes, d'imitations de poissons ou de chien, de baisers mouillés comme pétards mouillés, etc... je me suis dit, bon je ne comprends rien, je dois comprendre, il y a forcément quelquechose d'important qui m'échappe, merde on est dans la cour d'honneur, c'est l'artiste associé... alors je me suis rattrapé sur le texte que je n'écoutais pas jusqu'alors (on ne comprenait rien à ce qui était hurlé ou chanté, baffouillé, chuchotté, craché...) et me concentrant bien j'ai commencé à entendre et surtout à me rappeler ce texte magnifique écrit dans le maquis publié après la guerre, ce texte qui parle d'amitié, d'honneur, de courage, de tueries, de perte, avec esprit, finesse, humour et beauté. C'est à cet instant que la colère est montée en moi.
Mais je suis resté persuadé que cela irait quelquepart finirait par me raconter quelquechose d'important.
Les acteurs continuaient à se doucher, à jetter les micros dans les quels ils parlaient, à monter sur une table à parler dans un caisse de bois...
Quand 100 amateurs sortis du public sont montés sur le plateau, la belle image les personnes étaient de dos et les acteurs restaient de face ou bien parlaient au dessus des gens, puis les amateurs furent stoqués sur le coté du plateau pour mieux laisser les acteurs à leur singeries.
Voilà je suis sorti avant la fin attristé qu'un artiste puisse être persuadé de l'évidence de son "acte artistique" et quel acte, dans cet espace magnifique qu'est la cour d'honneur du palais des papes.
Peu importe après tout que l'on comprenne quoi que ce soit, qu'il y ait ou non du sens, qu'on convoque sur le plateau un texte sans en comprendre le l'importance, sans même essayer, peu importe que l'on traite l'Histoire des hommes comme on traite une crotte de nez, peu importe qu'on ne se serve que de la forme de la modernité sans s'interroger sur l' origine ou la nécessité de ce langage, peu importe que le public se sente con de ne pas comprendre une oeuvre qui ne peut pas l'être dans ces conditions, peu importe que ce soit simplement bête du moment que "la geste artistique" soit là, à ce moment là, dans cet espace là. Dans toute sa suffisance.
X men est déconnecté   Réponse avec citation