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Administratrice
Date d'inscription: avril 2006
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Re : "Fées" , David Bobée, Ronan Chéneau
Comme d'habitude j'arrive après tout le monde, mais j'imagine que vous commencez à vous faire à mon esprit d'escalier.
J'ai beaucoup aimé Fées, comme ça ça plante le décor.
J'espère ne pas être accusée de faire partie de la secte Cannibales : c'est vrai qu'à ce stade sur le forum, ça paraîtrait parfois presque suspect d'aimer un spectacle de Bobée...
Donc Pidji aimerait savoir ce que David Bobée aurait fait avec 1500€. En tant que future gestionnaire qui s'apprête à être psychorigide sur les budgets, je suis bien obligée de reconnaître que là, vraiment, je m'en fous.
Bien sûr, je me suis déjà énervée devant beaucoup de mises en scène en voyant le luxe de certains décors. Mais ce qui m'énervait précisément, c'est que ces décors coûteux ne servaient à rien à part rassurer les bons bourgeois en mal de dorures.
Je pense en particulier à un magnifique escalier dans La Danse de mort monté par Lassalle dont j'espérais qu'il serait un élément primordial de la pièce, pour finalement découvrir qu'il n'était qu'un élément décoratif. Je suis sortie de cette pièce particulièrement énervée. Question utilité, pertinence et utilisation du décor face aux contraintes budgétaires imposées à d'autres, j'ai donc tendance à être particulièrement intraitable.
C'est pourquoi je ne comprends pas la remarque de Pidji qui ne me semble pas justifiée en plus de s'engager sur le terrain glissant du léger populisme qui déplore le soi-disant gaspillage de l'argent public par les artistes.
Dans Fées, chaque élément de décor est justifié et surtout pleinement exploité. La baignoire n'est pas là pour rien, les miroirs et caméras non plus. Chaque élément semble avoir sa place et son utilité dans la mise en scène et le propos. Je n'ai rien vu de parasite. Je fais confiance en la capacité de David Bobée à être créatif avec 1000 euros et ne comprends pas bien en quoi un tel débat vient à émerger ici.
Concernant les attaques contre le texte de Ronan Chéneau et même contre sa personne même (ce que je trouve assez gratuit voire un peu déplacé), je trouve qu'elles relèvent du procès d'intention. Vous allez me dire que je ne comprends rien, mais encore une fois je ne saisis pas ce qui sous-tend de tels reproches, si virulents qu'ils en deviendraient presque suspects.
Ronan serait donc accusé de nombrilisme, de trop parler de lui. Déjà, que sait-on de Ronan pour décréter qu'il parle de lui? Vous aviez déjà critiqué le journal de Cannibales pour son côté trop intime, et c'est le même reproche qui se répercute ici. J'ai l'impression que vous avez regardé Fées à travers le prisme de ce qui s'est passé ici sur le forum et je trouve cela dommage. Juste un détail : je ne trouve absolument pas que l'acteur ressemble à Ronan.
D'autre part, en quoi est-ce si dérangeant qu'un artiste parle de lui? Je n'ai absolument pas l'impression que Fées confine au nombrilisme, d'autant plus lorsqu'on connaît les procédés d'écriture de Ronan qui se font en lien avec ce qui se passe sur le plateau.
Je ne suis qu'une comédienne amateur ("à la con?"), mais à mon modeste niveau, j'ai l'impression que l'on crée toujours à partir de ce que l'on est soi. Pourquoi nier cette personnalisation de la création? Qu'il y a t-il de si gênant? D'ailleurs, en relisant l'un des posts de Pidji, quelque chose me surprend car j'ai l'impression que tu te contredis précisément sur ce point lorsque tu affirmes que le spectacle manque d'expérience. Mais peut-être ai-je mal interprété tes propos.
Ensuite, je remarque, et cela me surprend, que le débat porte essentiellement sur le fond et non la forme du spectacle, ce qui est franchement rare. D'habitude, se préoccupe-t-on vraiment du sens politique ou social de l'oeuvre? Pas vraiment. On cherche à y trouver une essence certes, mais plutôt de l'ordre de l'esthétique. A lire Pidji et Amandine, on a un peu l'impression que Fées serait un plaidoyer pessimiste sur la génération trentenaire, comme une sorte de sermon apocalyptique à la Raël. Et si moi je n'avais rien vu de tout cela? Si moi j'avais seulement vu un mec qui essaie de naître et qui ne se relève pas, tourmenté par des Erynies?
Depuis quand juge-t-on la qualité d'un spectacle à la vision du monde qu'il véhicule? Prenons par exemple Base 11/19 de Guy Alloucherie : comment oserais-je dire que je n'ai pas aimé juste parce que je ne vote pas à l'extrême-gauche? Pour moi il s'agit d'un déplacement du débat. Bien entendu que le propos d'une oeuvre est important, je ne suis pas en train de prôner l'avènement d'une coquille vide uniquement formelle, mais je suis sincèrement frappée qu'on parle de la génération trentenaire et non du spectacle lui-même.
Le spectacle n'a rien à dire, dites-vous? Il a à montrer une vision du monde, pessimiste, nihiliste, hallucinatoire. J'ai 21 ans et j'ai l'impression d'appartenir à une génération sacrifiée : en cela cette tentation du vide, je la ressens souvent et je sais que Bobée a touché dans toute cette eau, cette lenteur, cette difficulté à naître et à être au monde, ce cauchemar inquiétant, quelque chose qui me concerne moi. Donc, à moi, Fées avait quelque chose à dire et à me donner. Ce n'est pas pour autant que je suis suicidaire, et je trouve que Fées est finalement assez positif également : l'homme est tout de même vivant après avoir franchi de nombreux obstacles.
Enfin, Pidji, tu trouves que la forme ne colle pas au fond : j'ai envie de te faire une réponse un peu mesquine en te disant que, si tu veux de la lenteur, tu peux aller voir du Claude Régy (je sais c'est facile ^^).
Non seulement j'ai trouvé l'inertie très présente (sans être pesante) dans Fées, mais de toutes façons je ne comprends pas pourquoi la forme devrait coller au fond. Disons que cela me semble être un postulat, un parti-pris singulier qui fait d'une oeuvre un truc homogène et peut-être un lisse, sans aspérité. En tout cas je trouve qu'il s'agit d'une projection de tes schémas et idées de mise en scène.
Et puisque tu aimes que la forme s'adapte au fond, alors je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas aimé la structure brouillonne du spectacle, qui, pour le coup, colle complètement à son sujet.
Il y aurait encore tant de choses à dire.... J'ai trouvé la critique de Pidji particulièrement stimulante, j'aurais aimé pouvoir y répondre systématiquement point par point, mais je ne peux pas. Peut-être que j'ai la flemme.
En fait, comme pour Cannibales, je remarque que j'ai beaucoup de mal à parler de Fées. Cela reste pour moi des spectacles un peu à part sur lesquels j'ai laissé la place à mes émotions sans pouvoir établir une analyse froide et distanciée.
Vous ne pouvez pas m'accuser d'être à la fois juge et partie : contrairement à Arcadyan et Elliania, je n'ai aucun lien personnel avec Ronan Chéneau ou David Bobée.
Mais j'ai juste envie de leur dire de continuer.
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Sans retour de François Verret (c) Christophe Raynaud de Lage
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