La Tasse de Thé
Version du 22 mars 2007
Un jeune philosophe, ayant perdu le sentier, pleurait en grosses larmes la vanité du monde. Ses sombres méditations l’avaient enfin éclairé, mais d’une lumière fade et qui lui soufflait, d’un ton sans émotion, le vide existentiel et la mort de Dieu. Oscillant sans cesse entre être et ne pas être, pleurant un univers qui n’avait plus lieu d’être, le triste personnage en vint même à considérer que le sentier n’avait jamais été, et que sa lucidité nouvelle en avait dissipé l’illusion. Ravagé par ses atroces convictions, trop lumineuses pour être jamais cachées, le jeune homme agonisait comme un mourrant, insipide étincelle dans l’apathique bouillon de l’indicible univers. C’est d’ailleurs tout naturellement que le souhait de la mort vint bientôt à son esprit, et il l’eut exaucé s’il ne s’était pas, à cet exact moment, échoué au seuil de la maison d’une vieille dame.
-« Vous tombez à point jeune homme », dit la grand-mère, « le thé est près. »
C’était une maisonnette qui sentait la naphtaline et les vieux souvenirs. La tapisserie fleurie n’ôtait rien à la tristesse des photographies bicolores parsemées à sa surface. Enfermés dans de petits cadres vernis, elles s’ouvraient comme des lucarnes sur une vie de misère, tâchée de guerres et de deuils. Comment avait t’elle put tenir si triste et si longue existence, alors que lui-même déjà n’en pouvait plus ? Pourtant, la grand-mère souriait, et elle laissa même échapper un petit rire empreint d’une bienveillance tranquille quand elle versa le thé.
Le jeune homme contempla un instant l’improbable liquide mordoré, puis porta le thé à ses lèvres avec la nonchalance de quelqu’un qui ne croit plus en rien. Alors se produisit sa seconde naissance. Un plaisir inexplicable s’empara de son corps et de son esprit, tout son être frissonna comme si l’humble breuvage portait en lui la réponse à ses questions, et il lui sembla un temps toucher à quelque chose de supérieur à l’existence.
-« Rien n’est jamais perdu tant que l’on peut encore se faire une tasse de thé, » dit la grand-mère.
Le philosophe se sentait à présent comme en accord avec le monde, et plus éclairé que jamais. Ou peut-être pour la première fois véritablement éclairé, car ce n’était plus là une lumière fade qui baignait son esprit, mais une lumière forte et limpide, simple, infiniment simple : celle de la beauté. Non, son expérience n’était pas métaphysique, il n’avait pas atteint quelque chose de supérieur à l’existence, mais venait de palper l’existence elle-même, et ce fut cette harmonie soudaine entre l’être et ce qui est qui fit jaillir la lumière. Alors il comprit pourquoi la grand-mère s’était obstinée à vivre et souriait encore, telle la frêle plante dans la fissure du rocher, narguant allègre les sombres récits des photographies de la tapisserie. Le philosophe était devenu poète.
Quand il eut terminé sa tasse, le jeune homme remercia la grand-mère et retrouva son sentier. Il marcha des jours durant vers l’infini, heureux de sa première leçon de philosophie, ou plutôt de poésie, et qu’il se plut à résumer en une phrase : à trop vouloir s’approcher de la lumière, on s’éblouit.
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J'ai écrit ce petit texte à partir de l'andante du concerto pour pianoforte KV41de Mozart, et il est écrit de sorte d'être casé sur la musique (c'est à dire la première partie de ce mouvement). Il est sans prétention, il y avait longtemps que j'avais envie d'écrire un texte ambiance "tasse de thé et grand mère". Il me faudra l'améliorer car il ne me plaît pas encore tout à fait, mais comme je le ferais pas tout de suite je l'expose déjà à vos critiques. Il est d'une inspiration un peu facile me direz-vous sans doutes, mais j'arrête là sinon je vais passer trois paragraphes à m'auto-critiquer.