Discussion: Le journal Cannibales
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Vieux 03/04/2007, 12h48   #116
Arcadyan
C'est qui l'chef???
 
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Re : Discussions au sujet du journal de « Cannibales »

Deux mois après, ça repart!!

Ce message est en rapport avec cette discussion
Il est placé dans le journal de Cannibales car nous le trouvons intéressant en tant que témoignage sur la vie d'une jeune compagnie conventionnée. Placée dans la discussion sur les tumultes au CDN de Normandie, il serait réduit à une plainte et ferait passé le Groupe Rictus pour une compagnie martyre.

Voici donc une lettre de David Bobée adressée aux tutelles.

" Caen, le 28 mars 2007




Mesdames, Messieurs,


Je souhaite par la présente vous alerter sur la situation actuelle de la compagnie Rictus qui, comme vous le savez, subit de plein fouet la suppression de l'apport en coproduction ainsi que l'annulation des représentations par le Centre Dramatique National de Normandie concernant le spectacle « Cannibales ».

La situation financière du CDN de Normandie semble obliger son nouveau directeur, Jean Lambert-wild, à prendre des "mesures conservatoires" impliquant, nous concernant, l'annulation des quatre représentations de « Cannibales » dont la cession s'élevait à 16 000€, le désengagement sur la co-production engagée à hauteur de 20 000€, ainsi que l'aide numéraire attribuée à la reprise parisienne du spectacle « Fées » à hauteur de 5 000€.

Il ne s’agit pas ici de contester les raisons qui ont amené Jean Lambert-wild à prendre ces décisions difficiles, (il s'est par ailleurs publiquement engagé à soutenir la compagnie dès qu'il le pourra) mais bien d'officialiser le manque à gagner considérable au regard de l'économie d'une jeune compagnie tout juste conventionnée, à un moment crucial de son développement.

Après de nombreux échanges avec l'ancienne direction comme avec la nouvelle, des promesses ont été ouvertement formulées, des budgets édités, des courriels échangés, des montants assignés, la programmation et la coproduction de "Cannibales" annoncées dans la plaquette de saison...
La rupture est violente, la situation actuelle, détestable.

En tant que directeur d’une compagnie indépendante, je disposais de relations solides avec une institution d'Etat, basées sur des rapports de confiance.
Je subis actuellement un important préjudice et quelles que soient les difficultés réelles du CDN, je m'étonne du manque d'écoute dans l'alternance des directions et refuse de devenir ce que j'appellerais un "dommage collatéral".
Sans que rien ne me permette de m'y préparer, ce désistement sur la co-production de "Cannibales" intervient juste après sa création, de nombreuses charges restant à payer, et à quelques jours de l'exploitation importante mais onéreuse du spectacle "Fées" au Théâtre de la Cité Internationale.


Ces représentations parisiennes ont failli être annulées par manque de moyens.

La conséquence première de ce désengagement financier m’oblige à geler les projets de création prévus sur le second semestre 2007.

J'espérais, je l'avoue, débuter autrement mon conventionnement qu'en assignant 70% de cette subvention à rattraper des budgets pourtant bien préparés et bouclés depuis longtemps.

Il me semble malgré tout essentiel de présenter notre dernière création au public de l'agglomération caennaise. Ce public connaît, aime notre travail depuis longtemps et avait réservé ses places au CDN depuis le début de la saison.
En tant qu'artiste soucieux du service public, il m'est insupportable d'annuler des salles pleines (500 personnes par soir) et de renvoyer chez eux des spectateurs nombreux pour des raisons économiques.
D'autant plus que nous avons d’ores et déjà rencontré, ces derniers mois, des groupes de spectateurs "relais", scolaires et universitaires au travers d'ateliers, de débats, avec qui nous avons travaillé sur le texte, sur la scénographie, en amont de la création de "Cannibales".

J'ai donc demandé au service culturel de la Mairie d'Hérouville Saint Clair des "dates ville" pour présenter "Cannibales" dans les locaux du CDN ; cette démarche a été soutenue par Jean Lambert-wild. La ville d'Hérouville Saint Clair accède aimablement à notre demande mais ne peut nous proposer que trois dates les 2, 3 et 4 mai, au lieu des quatre programmées.
Le montant de la cession est annulé, en compensation Rictus touchera la totalité des recettes de billetterie.

Ma compagnie est une compagnie Bas-Normande, implantée à Caen, portée par un public local. Là est sa force, c'est là qu'il nous faut jouer, quitte à devoir payer pour cela.

J'ai conscience de mon rôle de directeur de compagnie conventionnée par l'Etat, et de mes responsabilités d'employeur, je me refuse donc à faire travailler sans rémunération ou en dessous de leur cachet habituel les comédiens, danseurs, acrobates et techniciens de "Cannibales", même s'ils me l'ont tous proposé.
Je dois trouver des solutions financières pour équilibrer le coût réel du spectacle avec les recettes constituées d'une part par la billetterie générée par un public largement constitué d'abonnés, d'invités CDN et de scolaires et d'autre part par le dédit compensatoire de 3 000€ proposé par le CDN de Normandie.

Entre ces sommes qui nous sont retirées (16 000€ de cession, 20 000€ de co-production et
5 000€ d’aide à la reprise), celles que nous devons débourser et celles que nous récupérons, le montant total du préjudice s'élève à 35 000€.

Je suis actuellement à la recherche d'aide et de solutions auprès de tous mes partenaires, le Théâtre de la Cité Internationale et l'Hippodrome de Douai m'aident au mieux de leurs moyens, mais n'ont pas pour mission de compenser le retrait d'un CDN.


Voici donc l'objet de cette lettre, je lance un appel à tous, même si je vous sais déjà gré des aides croisées que vous accordez cette année encore à ma Compagnie. Je voulais surtout clarifier ma situation, communiquer mes difficultés et partager mon point de vue sur un conflit qui à priori ne me concerne pas directement mais dont les conséquences me placent bien malgré moi au coeur de la tourmente.

Vous remerciant de l'intérêt que vous prêtez à notre situation, je vous prie d'agréer, Mesdames, Messieurs, l'expression de mes salutations distinguées.

David Bobee
Directeur artistique
Compagnie Rictus



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Et la mort est pour nous la dernière créance.
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