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Vieux 31/03/2007, 23h42   #6
Arcadyan
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Re : Mnémopark, un monde de train miniature

Mnemopark : Un déraillement prévisible ?

« Mnemopark » : mise en scène Stefan Kaegi
Dieppe Scène Nationale, les 30 et 31 mars 2007

« Le spectacle qu'Avignon attendait », « le spectacle qui bouscule le Festival, le bol d'air qui déroute le cours de la programmation », « l'invention du théâtre documentaire », «C'est là que le spectacle donne toute sa mesure, en s'imposant comme du théâtre-documentaire, à inscrire au répertoire des nouveautés nécessaires et enthousiasmantes », « des moments d'anthologie », « « Mieux, ce serait pas tenable »……. J’en passe et des meilleures…Voilà ce qu’on pouvait lire dans différents journaux lors du festival d’Avignon 2006 au sujet du spectacle Mnemopark mis en scène par le Suisse Stefan Kaegi…A Avignon, impossible de trouver la moindre place…Et puis, quand on sait que ce spectacle est en tournée mondiale, qu’il ne fait que des festivals… Quand on apprend qu’il passe à 40 km de chez soi, on ne peut que se réjouir…Et malheureusement, avoir beaucoup d’attente…

Une très jolie maquette.

On arrive donc dans la salle. La scène est recouverte de ce qu’on appelle des modules, c'est-à-dire différents éléments d’un circuit de train miniature. Forcément, on est un peu loin en tant que public dans une salle de spectacle, pour admirer tous les détails…Mais on imagine que le travail est de qualité, et que ce circuit de train miniature trouverait une très belle place au salon du modèle réduit à Paris.
Cette maquette à d’ailleurs été réalisée par les différents protagonistes qu’il y a sur scène, c’est ce que l’on apprend au début. Il y a donc 4 retraités qui ont entre 70 et 80 ans, tous passionnés de modélisme. Il y a une comédienne. Professionnelle. C’est ce qu’elle nous dit au début du spectacle : « je suis née dans une ferme et je vis à Bâle où je suis comédienne professionnelle ». L’information est très importante : au moins, à défaut de s’en rendre compte, on nous l’a dit. Un technicien, ou un régisseur, ou un musicien est aussi présent, il ne se présente pas et on ne sait pas trop ce qu’il fait là…Il à l’air de trifouiller quelques boutons, on peut donc supposer qu’il est régisseur, mais il joue aussi très maladroitement de la basse…Il s’occupe peut-être du son…

Théâtre documentaire ou cours élémentaire ?

Nous devions donc assister à cette grande innovation, à savoir l’invention du théâtre documentaire. Finalement, tout ceci est extrêmement pauvre : on va entendre à maintes reprises que la superficie de la suisse est plus petite que celle de la France, que des films indiens sont tournés en Suisse ca en Inde, la suisse représente le paradis occidental, et qu’en suisse, il y a des vaches et qu’on vend le sperme des taureaux par le biais de petites annonces. Bien sûr, il y a quelques autres propos, mais ceux-ci sont noyés dans la répétition, du coup, on n’y prête guère attention. La trame est toujours la même : coup de sifflet « attention au dépaaaart », et une petite histoire comme ça…et une fois sur deux, c’est la superficie, Bollywood, ou les vaches qui reviennent sur le tapis..Ah oui, il y a aussi les jeux-concours dans lesquels nos aimables retraités gagnent des flashbacks : ils se retrouvent réduits au 1/87ème et naviguent dans la maquette grâce à la vidéo. Si ce procédé est plaisant une première fois, la seconde semble anodine et les deux ou trois suivantes sont saoulante…Quand même à la dernière, une pseudo surprise (effectivement, on pouvait s’y attendre un peu) la machine a un problème, et le petit vieux n’a pas le droit à son flashback, mais se trouve plongé dans l’avenir, une pièce blanche dans laquelle on installe deux arbres, parce que oui, si jamais on n’a pas compris, tout reste à construire…Bref, le documentaire attendu reste bien primaire….

Une réalisation décevante

Par réalisation, j’entends tout ce qui tend à créer ce spectacle. Alors, commençons par un esprit un peu cabot qui fait qu’il y a une tentative d’effort d’un spectacle en français (enfin en partie). On voit qu’un des retraités fait des efforts et se débrouille plutôt bien. Les autres parlent en allemand, et le spectacle est surtitré. La comédienne, quand à elle, lit son texte en français, mais visiblement, ne comprends pas tout ce qu’elle lit, le lit mal, et de ce fait, on ne comprend pas toujours. On pourrait avoir envie d’un simple surtitrage, sauf que ce dernier est très mal fait…Des décalages constants, jusqu’au moment ou le surtitrage ne démarre tout simplement pas…, alors quand on s’en rend compte, et bien on essaie de tout récupérer au vol… Problème technique ou incompétence des techniciens ? Je pencherai pour la seconde solution : tout ceci ne ressemblait absolument pas à des bugs informatiques (cela dit, je me trompe peut-être…) . Et en ce qui concerne les minis caméras sur les locomotives, bah là, la technique n’est pas au point, ça se brouille très régulièrement, c’est flou…Tout comme les montages vidéos qui sont loin d’être exemplaires… Ces idées techniques sont séduisantes, mais la réalisation n’est pas là, c’est extrêmement imparfait…

Prodigieux

Il y a tout de même un prodige dans tout ça : réussir à passer à côté de toute forme d’humanité et d’émotion. Parce que quand meme, loin d’être un processus facile, mettre des retraités absolument amateurs dans le milieu de la comédie sur scène offre quand même un sacré matériau : des corps, de la présence, du vécu, de la mémoire, de la tendresse, de l’humanité… Ce n’est quand même pas rien ! On est quand même en droit d’attendre un peu d’émotion, rien qu’un petit peu… Et bien non, il ne se passe rien … Deux raisons principales : la première, les répétitions dont je parlais plus haut… En effet, le gentil grand père qui nous explique qu’il aimait sa femme qui est morte, une première fois, ça peut toucher, être attendrissant…mais trois ou quatre fois, c’est saoulant, et une fois de plus, ce qui nous reste en tête c’est « c’est bon, on a compris… »… Seconde cause, la soi-disant comédienne professionnelle, qui, loin d’accompagner ses collègues, les parasite complètement, est directive, à l’air de tout prendre en main sans réussir à le faire…Les rares moments de pseudojeu sont surjoués et très cabots…Les rares moments ou quelque chose s’approchant de la théâtralité pourraient advenir sont irrémédiablement et constamment gâchés…

À quand le théâtre culinaire ?

Finalement, tout ce qui reste de tout ceci c’est « cet objet a-t-il sa place dans le spectacle vivant ? » (allez-y, insultez-moi, je suis sectaire, obtus, il faut que je me pose des questions sur mon regard de spectateur, il existe de multiples formes de spectacle vivant, il faut que je m’y fasse, etc etc…) Il n’est plus question ici de forme, de pluridisciplinarité ou quoi que ce soit… Tout ce qu’on voit, c’est une maquette…Oui, c’est vrai, on a le droit à une histoire…mal ficelée et finalement, qui doit être l’histoire que chaque modéliste se fait en construisant sa maquette…Cela ne va pas plus loin que ça… Ce serait génial au salon de la maquette, c’est tout. Je pense que je n’aurai jamais de stand au salon de la maquette ou je jouerai un texte en essayant vaguement de construire un train électrique et en parlant essentiellement de théâtre…et c’est tout à fait normal, ça n’aurait aucun intérêt…Tout ceci n’est pas du spectacle et n’a pas sa place dans un théâtre (bon, là, j’exagère, je veux bien faire cette concession)… Mais bon, puisque visiblement il faut accepter ça, la bonne nouvelle (je rappelle que le contenu de ce site est sous copyright et que donc, on ne peut pas me piquer mon idée) , c’est que je serais un jour metteur en scène dans le in d’Avignon…Je vais effectivement rentrer en contact avec Joel Robuchon de manière à ce que sur scène, il nous fasse une chouette recette de crêpe au nuttela…J’invente le théâtre culinaire…En plus, il y aura un passage sur le gout du nutttela, gout unique dû à des noisettes qu’aucune autre pâte à tartiner ne peut avoir, Ferrero achetant toute la production de ce type de noisette pour la fabrication du nuttela…J’invente le théâtre culinaro documentaire…ce sera la révélation d’un futur festival d’Avignon…

Coup de gueule contre la saincro sainte puissance de la critique.

Ma critique est sévère… Certains la trouveront malhonnête…Mais elle sera placée dans un forum de discussion ouvert à tous, chacun pourra dire ce qu’il pense et je n’empêche personne d’adorer Mnemopark… Cette critique, c’est ce que j’éprouve, c’est tout…
Il est grand temps que les spectateurs se rendent compte du petit jeu qu’il existe en particulier à Avignon, festival dans lequel les critiques font la pluie et le beau temps, festival dans lequel il est de bon ton d’être consensuel, ou tout du moins, d’être d’accord avec la critique qui se fout totalement de la gueule du public… Mnemopark serait passé en 2005, on n’aurait pas parlé tant que ça d’After/Before, c’est Mnemopark qui se serait fait incendier…Mais non, c’est passé en 2006, et là, il fallait dire du bien du festival…N’en déplaise à ceux qui ont de bonnes critiques, mais cette manipulation et cette puissance de certains journalistes commence à me gaver sévère…
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Et la mort est pour nous la dernière créance.
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