Re : Le cas Pascal Rambert
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Je viens de voir "de mes propres mains" à la ménagerie de verre.
Pascal Rambert auteur et metteur en scène y propose une troisième version de son texte, après celle écrite pour Eric Doye et celle pour Charles Berling.
Une adaptation sur le suicide pour son actrice fétiche, muse et compagne, Kate Moran.
Un solo sur le corps. le corps de celle qu'il aime et désire. le corps de l'acteur, performeur. le corps intime, celui de l'autre. Du masculin féminin. C'est de genre qu'il est question ici, entre brutalité et douceur.
Kate Moran avant tout dans le noir total se déplace. C'est une voix qu'on entend, un accent américain se déplace. Un texte écrit pour un homme et dit par une femme se déplace. L'identité déjà glisse, se déplace.
Une petite diode s'allume et on découvre l'installation scénographique : un praticable samia (comme il en existe dans tous les théâtres) sera la scène du drame : le suicide du personnage. Le pratos est entouré de bras mécaniques comme des pattes d'araignées métalliques tirés d'un film de Cronenberg.
On distingue à peine la silouhette élancée de Kate Moran, sa nudité, la blancheur, la finesse de sa peau, le corps "retourné", à l'envers, sexe ouvert.
Chaque bras porte en son extrémité une petite "led" à la lumière bleuté (lampe habituellemnt utilisée par les techniciens et régisseurs pour voir dans le noir sans être vu).
C'est cela la première impression une tension entre la brutalité et la douceur. Entre la brutalité d'un univers technique et masculin et la douceur de la voix de l'actrice, de ses accents, de son corps de femme offert.
Elle parle l'air de rien, tête en bas, l'air de rien jambes écartées, le texte défile l'air de rien, l'air de rien elle se retourne, l'air de rien nous fait face, l'air de rien elle a une grosse bite. Oui une grosse bite et des couilles, et des seins, tout cela perceptible dans la douceur des lumières.
Pas de discours là dessus, c'est simplement une femme homme qui nous parle, il/elle est nue, il/elle parle de son corps et du suicide, il/elle n'en fait pas des caisses, pas de provoc, c'est tout en douceur et en évidence.
Il/elle se redresse, il/elle s'habille : pantalon noir, gilet. Il/elle joue un air de guitare.
Les actions physiques ne modifient en rien le débit léger d'un texte grave. Depuis le début les petites diodes se sont allumées en alternances tout autour d'il/elle créant de nouveaux reliefs sur ce corps transgenre. Tout se joue sur la difficulté de perception, on a du mal à identifier, normal ce que l'on a sous les yeux n'est pas identifiable.
Trois leds s'allument en même temps et le visage apparaît : de la barbe sur des traits fins, des cheveux noirs gominés et sur le sein droit un tatouage.
Trouble dans le genre, flou bleuté sur l'identité sexuelle. Le texte défile.
Il/elle enfile une veste et le/la voila vêtu(e) dans un trois pièce sombre signé Martin Margiela, à la coupe sobre et belle, à l'image de la performance.
Un XX boy devant nous, un transsexuel "female to male", sort un gun et se tue.
Et tout cela dans la pénombre, dans la douceur, sans cris. C'est simple et c'est beau.
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