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Vieux 03/03/2007, 19h09   #249
Vanille
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Re : celle qu'on attendait tant

Après tant de reproches sur la place accordée à Cannibales sur ce site et autant d'avis exprimés, je me demande en quelle mesure je peux poster sereinement. Je n'arrive pas à écrire sur Cannibales depuis le début parce que je n'arrive pas à prendre de recul. Vis-à-vis de la place particulière du spectacle sur le site autant que par mon expérience particulière.

Cannibales est, dans mon esprit, davantage associé à une journée qu'à une pièce. Fraîchement débarquée de Paris dans un contexte d'over-travail difficile à soutenir, j'étais soulagée de me retrouver dans l'atmosphère apaisante de Rouen, accompagnée d'un ami qui m'est cher et dont je tenais à ce qu'il voie Cannibales. Le soir, j'allais retrouver ma meilleure amie, ni vue ni entendue depuis trois ans à cause d'une dispute idiote sur son légume de petit copain, pour, après une nuit entière à discuter, enfin prendre le train à 7h du matin et y rencontrer un jeune homme fort sympathique qui s'avéra être un Choupinax en route pour Les Ephémères au Théâtre du Soleil.

Partant de là, bravo l'objectivité, Vanille! Pour Cannibales je ne peux que donner une suite d'impressions déconstruites sans pouvoir élaborer de critique, et j'espère qu'Arcadyan n'en sera pas déçu.

Il y avait dans Cannibales cette impression de se reconnaître complètement et puis en même temps cette naïveté qui gêne. « C'est naïf, et alors? » pourrait-on dire. Mais il y a une différence entre le réalisme mis en œuvre dans la tentative de coller à une génération et les clichés qui peuvent en découler. La compagnie Rictus navigue entre les deux, alternant passages très vrais (autant dans l'écriture que dans la mise en scène et le jeu) sur le trouble amoureux ou le couple et d'autres plus convenus sur la désillusion face à la politique.

Cannibales navigue, oui, c'est l'impression qui me reste. Cannibales navigue entre le rire potache et l'angoisse, entre l'attendrissement devant une déclaration d'amour et l'admiration devant la performance des circassiens sur leur barre ou un Braxel époustouflant débitant un texte tout en allitérations.
Une très belle utilisation des caméras, enfin, c'est rare, quand celles-ci se révèlent à l'occasion de l'ouverture d'un placard ou quand elles font corps avec l'acteur : je me souviens d’une très belle scène sous la couette où l'on détaille le corps d'une femme avec une mini-caméra.

Des mouvements répétés inlassablement jusqu'à la douleur, à la manière d'un François Verret, puisqu'on en parlait. Une très belle scène d'amour sans gestes explicites, juste deux acrobates qui se frôlent autour d'une perche. Une déclaration d'amour subtile et très émouvante à un jeune homme muet qui se prend pour un super-héros. Une fin qu'on aimerait ne jamais voir finir. Ce qui est très rare. Et puis des scènes un peu trop djeunes cool qui votent les verts en se demandant s'ils vont trouver du boulot.

Si l'écriture dramaturgique pensée en lien avec le plateau a son (très grand) intérêt, elle a aussi le travers, parfois, de ressembler un peu à du Bénabar : on cite des marques en parlant du quotidien, et bien sûr ça marche, parce qu'on s'adresse au public en créant des connivences. C'est la même chose avec le décor Habitat, finalement très malmené. Il y a quelque chose qui tient de la petite démagogie, ou en tout cas de la facilité. Bien sûr que le public va être conquis puisqu'on se pose en miroir par rapport à lui en insérant son univers quotidien (shampoing, Les Visiteurs, soirée du nouvel An...) : encore une fois Cannibales oscille entre connivence et complaisance, à tel point que j'ai eu cette impression que tout spectateur ne se reconnaissant pas exactement dans le propos se sentirait de fait exclu du spectacle. Pourquoi n'ai-je pas envie de recommander ce spectacle aux moins de 20 ans et aux plus de 40 ans ? J'ai senti cette exclusion à une scène précise : ne me reconnaissant absolument pas dans le texte, j'ai trouvé ce moment sans intérêt ni magie.
Là est la limite de Cannibales . C'est un spectacle singulier dans plusieurs sens du terme : extrêmement original, il ne s'adresse cependant qu'au(x) particulier(s).

A la fin, après les applaudissements, quand il ne restait plus qu'une quinzaine de personnes dans la salle, des larmes me sont montées. Et puis une amie commune à Arcadyan et moi, qui n'a pas aimé du tout le spectacle, m'a dit en se levant "putain elles sont cool tes pompes!". Elles sont redescendues direct' et depuis elles sont toujours là. A suivre à Fées...
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Sans retour de François Verret (c) Christophe Raynaud de Lage
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